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Abbadie | L'Art de se connaître soi-même | E-Book | www.sack.de
E-Book

E-Book, Französisch, 280 Seiten

Abbadie L'Art de se connaître soi-même


1. Auflage 2019
ISBN: 978-2-322-22572-9
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 0 - No protection

E-Book, Französisch, 280 Seiten

ISBN: 978-2-322-22572-9
Verlag: BoD - Books on Demand
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La maxime inscrite au fronton du temple de Delphes : Connais-toi toi-même, reprise par Socrate et Platon, suscite toujours une espèce de respect et d'approbation universelle, qui vient de ce que chacun sent qu'elle doit être sage, sans la comprendre vraiment. Comment se connaître soi-même ? Ne nous étant pas faits nous-mêmes, notre essence nous reste à jamais impénétrable ; d'ailleurs n'y aurait-il pas quelque déception à savoir ce que nous sommes vraiment ? C'est oublier que dans l'esprit de ceux qui avaient placé en exergue ce conseil, de se connaître soi-même, il venait des dieux. Or le vrai Dieu, le Dieu de la Bible, nous donne le même : une grande partie des Écritures sert à exposer la nature de l'homme, obligatoirement dépendante de celle du Dieu qui l'a créé à son image. Jacques Abbadie a été un des plus grands théologiens protestants du dix-septième siècle. Cette réédition a pour but de faire connaître aux évangéliques modernes, une oeuvre puissante et originale, qui jette un jour merveilleux sur la connaissance de soi.

Jacques Abbadie (1656-1727) est un célèbre apologiste protestant, né près de Pau, qui sous le siècle de Louis XIV, a passé la plus grande partie de sa vie en exil. Ses ouvrages étaient pourtant fort appréciés à la cour de Versailles, notamment par Madame de Sévigné. Son traité La Vérité de la religion chrétienne eut un grand succès dans toute l'Europe, et fut constamment réédité, jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle.
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NOTICE THÉOTEX


Chacun se rappelle le début de l’ de Calvin : Toute la somme de notre sagesse, consiste à connaître Dieu et nous-mêmes, ces deux connaissances étant conjointes, bien qu’il ne soit pas facile de déterminer laquelle vient la première et produit l’autre. Se connaître soi-même fait donc partie du programme de l’honnête homme chrétien, comme les philosophes de l’antiquité en avaient déjà senti confusément le besoin. Cet ouvrage du théologien protestant Jacques ABBADIE, salué il y a trois siècles dans toute l’Europe pour sa qualité remarquable, éclaire de lueurs révélatrices l’intérieur de notre nature. Si est inconnu aujourd’hui du public évangélique, cela s’explique, non par la difficulté de sa langue, puisqu’il est écrit dans le français le plus pur de l’époque de Racine, mais premièrement par le servilisme actuel à l’égard de la littérature religieuse anglo-saxonne, qui fait que l’on édite quasiment plus que des traductions; deuxièmement, parce qu’il est toujours pénible d’avoir à réfléchir sérieusement à la réalité de notre corruption. Le chrétien évangélique trouve fort orthodoxe qu’on lui prêche en chaire la dépravation totale de l’homme, il applaudit la dénonciation hebdomadaire de ce cœur humain, tortueux, incapable du moindre bon mouvement; mais il n’aime pas qu’on entreprenne de vouloir lui détailler son péché, surtout au niveau des intentions. Rongé de jalousies fraternelles, altéré de visibilité mondaine, aiguillonné d’ambitions académiques, il n’a pas ni le temps ni le goût de s’étudier lui-même, d’analyser les mécanismes secrets de ses motivations, de ses paroles, de ses actions ; il pense d’ailleurs que tout cela a déjà été traité à la Croix; et qu’il n’est pas nécessaire d’y revenir. . .

Le XVIIe siècle, à l’inverse, a vu se développer la réflexion de nombreux moralistes, qui cherchent à sonder les replis de l’homme intérieur, pour en exposer les ressorts : La Rochefoucauld, La Bruyère, Domat, Corneille, Fénelon, Nicole, Descartes, Pascal. . . ce qu’ils y ont découvert aurait suffi à les rendre cyniques, ou désespérés, sans le secours de la Religion. C’est là, dans la solution à ce problème atavique de la corruption du cœur, qu’Abbadie apporte des idées extraordinaires ; non pas qu’elles soient nouvelles, car rien ne peut être complètement inédit dans ce domaine, mais il les dispose d’une façon lumineuse et enthousiasmante.

Élève de Jean LA PLACETTE, pasteur réformé qui a écrit plusieurs gros ouvrages de morale, Abbadie croit avoir trouvé la clé de l’énigme du péché dans la distinction qu’il faut mettre entre l’, et l’. Tout d’abord il établit que l’amour de soi-même est un don de Dieu, sublime et indispensable, dont le Créateur se sert sous diverses formes, pour atteindre ses buts : l’amour du plaisir pour la conservation et la propagation du corps humain, l’amour de l’estime pour la constitution et l’harmonie de la société, l’amour de l’infini enfin qui montre que dans l’âme humaine amour de soi-même et amour de Dieu sont inséparables. Si le Créateur nous a soumis, pour un temps, à la dépendance de la matière, c’est pour nous apprendre à le connaître par la foi, et parce qu’abandonnée à ses propres richesses et à sa propre créativité, notre âme aurait sans doute été en danger de se prendre elle-même pour Dieu.

Dans la première partie du livre, Abbadie traite de la nature de l’homme ; il affirme sa valeur infinie et éternelle, dont nous faisons trop peu de cas. Loin du ton des mièvreries évangéliques américaines : etc. . . il le fait de façon argumentée et pertinente. Il démolit notamment le matérialisme, qui prétend réduire les sentiments de l’âme aux causes physiques, qui n’en sont que l’occasion; la véritable beauté de l’Univers, n’appartient nullement à la matière, c’est nous qui la lui donnons, parce que nous sommes faits à l’image de Dieu.

Dans la deuxième partie, Abbadie détaille la corruption de l’amour de soi-même, qui devient par là amour-propre (ou égoïsme) ; il étudie les différentes formes et manifestations de l’orgueil, racine de tous les autres maux. On ne peut que convenir de la supériorité de son analyse, comparée à l’affirmation pure et simple du dogme calviniste de la totale dépravation de l’homme, qui, une fois qu’on l’a admis, n’apporte rien, n’explique rien. Par contre, considérer que l’amour-propre est un amour de soi-même malade, mal mesuré, mal placé, laisse entrevoir la possibilité d’une guérison. Le remède se trouve dans la conscience permanente et volontaire de l’immortalité de notre âme, immortalité que Jésus-Christ a mise en évidence, par sa Résurrection.

Ainsi la lecture de , bien qu’il s’agisse d’un classique français appartenant à la fois à la philosophie et à la littérature chrétienne; bien qu’il ait reçu les louanges de grands personnages de son temps (en particulier de Madame de Sévigné), et celles de plusieurs autres générations après la mort de l’auteur; bien qu’il ait été traduit en diverses langues et réédité même en France jusqu’au XIXe siècle par le protestantisme fidèle; sa lecture, disons-nous, pourra être bénéfique à la sanctification des prédicateurs évangéliques modernes, habitués à n’accorder de crédit qu’aux livres traduits de l’américain, et à les renouveler dans leur inspiration apologétique.

*

Né dans le Béarn, à quelques kilomètres de Pau, Abbadie a passé la plus grande partie de sa vie en exil. Avant même la révocation de l’édit de Nantes, il était parti dans le Brandebourg où il était pasteur au service des réfugiés français, de plus en plus nombreux. L’évidence de ses dons intellectuels et oratoires lui a ouvert largement les portes des cours de la noblesse, malgré sa pauvreté pécuniaire. On connaît par conséquent assez bien la succession de ses divers voyages et séjours en Irlande, en Angleterre, en Hollande. On ne possède par contre que très peu d’informations sur sa vie personnelle. Rapportons deux anecdotes qui permettront au lecteur d’imaginer un peu le personnage.

Une grande partie de sa pensée était absorbée par ses livres, c’est pour en organiser l’impression qu’il s’est rendu plusieurs fois en Hollande. Doué d’une mémoire exceptionnelle, il avait inventé, bien avant notre moderne POD (), le MOD, , c’est-à-dire qu’il composait tout dans tête, et n’écrivait qu’au moment où il fallait imprimer. Cette méthode n’avait cependant pas que des avantages, puisqu’après sa mort, on chercha en vain dans ses papiers deux ouvrages, qu’il avait annoncés, et qui auraient dû sortir bientôt. . .

L’histoire suivante se trouve rapportée dans une notice biographique au début d’un volume de sermons parue en 1760 :

Passant par , en quittant le Brandebourg, pour s’en aller en Angleterre joindre Monsieur le Maréchal de , M. Abbadie fut faire la révérence à Madame la Duchesse. Cette princesse qui avait beaucoup d’esprit et de lecture, et qui aimait assez à parler de religion, fit tomber la conversation sur la divinité de Jésus-Christ, apparemment à l’occasion du traité de M. Abbadie sur cette matière, et soutint la négative. La conversation s’étant animée dégénéra insensiblement en dispute, et peut-être en dispute un peu vive, d’autant plus que Madame la Duchesse était soupçonnée d’avoir des...



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