Aimard | Le Grand Chef des Aucas | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 401 Seiten

Aimard Le Grand Chef des Aucas

Tome I
1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-322-19261-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

Tome I

E-Book, Französisch, 401 Seiten

ISBN: 978-2-322-19261-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
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Ce roman est paru la même année que Les trappeurs de l'Arkansas. Après avoir esquissé quelques-unes des aventures qu'il a vécues dans les prairies pendant les vingt années qu'il a passées parmi les tribus indiennes, Gustave Aimard se laisse emporter par le flot puissant de ses souvenirs. Nous faisons connaissance avec Valentin Guillois, héros récurrent que nous retrouverons dans les trois volumes qui suivent Le grand chef des Aucas.

Gustave Aimard est le pseudonyme de Olivier Gloux, romancier français né le 13 septembre 1818 à Paris où il est mort le 20 juin 1883.
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I. LE CHAPARRAL.


Pendant mon dernier séjour en Amérique, le hasard, ou plutôt ma bonne étoile, me fit lier connaissance avec un de ces chasseurs, ou coureurs des bois, dont le type a été immortalisé par Cooper, dans son poétique personnage de Bas de cuir.

Voici dans quelle étrange circonstance, Dieu nous plaça en face l’un de l’autre :

Vers la fin de juillet 1855, j’avais quitté Galveston, dont je redoutais les fièvres, mortelles pour les Européens, avec le projet de visiter la partie N.-O. du Texas, que je ne connaissais pas encore.

Un proverbe espagnol dit quelque part : mas vale andar solo que mal acompanado, mieux vaut aller seul que mal accompagné.

Comme tous les proverbes, celui-ci possède un certain fond de vérité, surtout en Amérique, où l’on est exposé à chaque instant à rencontrer des coquins de toutes les couleurs qui, grâce à leurs dehors séduisants, vous charment, captent votre confiance, et en profitent sans remords à la première occasion, pour vous détrousser et vous assassiner.

J’avais fait mon profit du proverbe, et, en vieux routier des prairies, comme je ne voyais autour de moi personne qui m’inspirât assez de sympathie pour en faire mon compagnon de voyage, je m’étais bravement mis en route seul, revêtu du pittoresque costume des habitants du pays, armé jusqu’aux dents, et monté sur un excellent cheval demi sauvage, qui m’avait coûté vingt-cinq piastres ; prix énorme pour ces contrées, où les chevaux sont presque à rien.

Je m’en allais donc insoucieusement, vivant de la vie du nomade, si pleine d’attraits ; tantôt m’arrêtant dans une tolderia, tantôt campant dans le désert, chassant les fauves, et m’enfonçant de plus en plus dans des régions inconnues.

J’avais, de cette façon, traversé sans encombre, Fredericksburg, le Llano Braunfels, et je venais de quitter Castroville, pour me rendre à Quihi.

De même que tous les villages hispano-américains, Castroville est une misérable agglomération de cabanes ruinées, coupée à angles droits par des rues obstruées de mauvaises herbes qui y poussent en liberté, et cachent des multitudes de fourmis, de reptiles, et même de lapins d’une fort petite espèce, qui partent sous les pieds des rares passants.

Le pueblo est borné à l’O. par la Médina, mince filet d’eau presque à sec dans les grandes chaleurs, et à l’E. par des collines boisées, dont le vert sombre tranche agréablement à l’horizon sur le bleu pâle du ciel.

Je m’étais chargé à Galveston d’une lettre pour un habitant de Castroville.

Le digne homme, dans ce village, vivait comme le rat de La Fontaine, au fond de son fromage de Hollande. Charmé de l’arrivée d’un étranger, qui lui apprendrait sans doute des nouvelles, dont, depuis si longtemps, il était sevré, il m’avait reçu de la manière la plus cordiale, ne sachant qu’imaginer pour me retenir.

Malheureusement, le peu que j’avais vu de Castroville avait suffi pour m’en dégoûter complètement, et je n’aspirais qu’à partir au plus vite.

Mon hôte, désespéré de voir toutes ses avances repoussées, consentit enfin à me laisser continuer ma route.

– Adieu donc ! puisque vous le voulez, me dit-il, en me serrant la main avec un soupir de regret ; Dieu vous aide ! vous avez tort de partir si tard ; le chemin que vous devez suivre est dangereux, les Indios Bravos sont levés, ils assassinent sans pitié les blancs qui tombent entre leurs mains ; prenez garde !

Je souris à cet avertissement, que je pris pour un dernier effort tenté par le brave homme.

– Bah ! lui répondis-je gaiement, les Indiens et moi sommes de trop vieilles connaissances, pour que j’aie rien à redouter de leur part.

Mon hôte secoua tristement la tête et rentra dans sa hutte, en me faisant un dernier signe d’adieu.

Je partis.

Il était effectivement assez tard. Je pressai mon cheval afin de passer, avant la nuit, un chaparral ou taillis, de plus de deux kilomètres de longueur, dont mon hôte m’avait surtout averti de me méfier.

Cet endroit, mal famé, avait un aspect sinistre. Le mezquite, l’acacia et le cactus, formaient sa seule végétation. Ça et là, des os blanchis et des croix plantées en terre marquaient les places où des meurtres avaient été commis.

Au-delà, s’étendait une vaste plaine, nommée la Léona – la Lionne – peuplée d’animaux de toutes sortes. Cette prairie, couverte d’une herbe d’au moins deux pieds de haut, était semée par intervalles de bouquets d’arbres, sur lesquels gazouillaient des milliers d’étourneaux à la gorge dorée, des cardinaux et des oiseaux bleus.

J’avais hâte d’être dans la Léona, que j’entrevoyais au loin ; mais il me fallait d’abord traverser le chaparral.

Après avoir visité mes armes avec soin, jeté un regard défiant autour de moi, comme je n’aperçus rien de positivement suspect aux environs, je piquai résolument mon cheval, déterminé, le cas échéant, à vendre ma vie le plus cher possible.

Cependant le soleil déclinait rapidement à l’horizon ; les feux rougeâtres du couchant teignaient de reflets changeants la cime des collines boisées ; une fraîche brise qui se levait agitait les branches des arbres avec de mystérieux murmures.

Dans ce pays, où il n’y a pas de crépuscule, la nuit ne tarderait pas à m’envelopper de ses épaisses ténèbres.

Je me trouvais à peu près aux deux tiers du chaparral.

Déjà j’espérais atteindre sain et sauf la Léona, lorsque, tout à coup, mon cheval fit un brusque bond de côté, en dressant les oreilles et en renâclant avec force.

La secousse subite que je reçus faillit me désarçonner. Ce ne fut qu’à grand’peine que je parvins à me rendre enfin maître de ma monture, qui donnait des marques du plus grand effroi.

Comme cela arrive toujours en pareil cas, je cherchai instinctivement autour de moi la cause de cette panique.

Bientôt, la vérité me fut révélée.

Une sueur froide inonda mon visage, et un frisson de terreur parcourut tous mes membres au spectacle effroyable qui s’offrit à mes regards.

Cinq cadavres étaient étendus à dix pas de moi, sous les arbres.

Dans le nombre, se trouvaient ceux d’une femme et d’une jeune fille de quatorze ans.

Ces cinq personnes appartenaient à la race blanche. Elles paraissaient avoir longtemps et opiniâtrement combattu avant de succomber ; leurs corps étaient littéralement couverts de blessures ; de longues flèches à cannelures ondulées, peintes en rouge, leur traversaient la poitrine de part en part.

Les victimes avaient été scalpées.

De la poitrine de la jeune fille, ouverte en croix, le cœur était enlevé, arraché.

Les Indiens avaient passé là, avec leur rage sanguinaire, et leur haine invétérée pour les blancs.

La forme et la couleur des flèches dénonçaient les Apachès, les plus cruels pillards du désert.

Autour des morts, je remarquai des débris informes de charrettes et de meubles.

Les malheureux, assassinés avec ces raffinements affreux de barbarie, étaient sans doute de pauvres émigrants qui se rendaient à Castroville.

À l’aspect de ce spectacle navrant, rien ne peut rendre la pitié et la douleur qui envahirent mon âme !

Au plus haut des airs, des urubus et des vautours, attirés par l’odeur du sang, tournoyaient lentement au-dessus des cadavres, en poussant de lugubres cris de joie, et, dans les profondeurs du chaparral, les loups et les jaguars commençaient à gronder sourdement.

Je jetai un regard triste autour de moi.

Tout était calme.

Les Apachès avaient, selon toute probabilité, surpris les émigrants pendant une halte. Des ballots effondrés étaient encore rangés dans une certaine symétrie, et un feu, auprès duquel se trouvait un amas de bois sec, achevait de brûler.

– Non, me dis-je, quoi qu’il arrive, je ne laisserai pas des chrétiens sans sépulture devenir, dans ce désert, la proie des bêtes fauves !

Ma résolution prise, je l’exécutai immédiatement.

Sautant à terre, j’entravai mon cheval à l’amble. Je lui donnai la provende et je jetai quelques brassées de bois dans le feu qui bientôt pétilla et lança vers le ciel une colonne de flammes.

Parmi les objets que les Indiens avaient dédaignés, comme n’ayant pour eux aucune valeur, se trouvaient des bêches, des pioches et autres instruments de labourage.

Je saisis une bêche, et, après avoir exploré avec soin les environs de mon campement, pour m’assurer qu’aucun danger immédiat ne me menaçait, je me mis en devoir de creuser une fosse.

La nuit était venue ; une de ces nuits américaines, claire, silencieuse, pleine d’enivrantes senteurs et de mystérieuses mélodies, chantées par le désert à la louange de Dieu.

Chose extraordinaire ! toutes mes craintes s’étaient évanouies comme par...



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