Alexandre / Mon Autre Librairie | Madame de Lamartine | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 428 Seiten

Alexandre / Mon Autre Librairie Madame de Lamartine


1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-491445-90-4
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 428 Seiten

ISBN: 978-2-491445-90-4
Verlag: Mon Autre Librairie
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Pendant vingt ans l'auteur a été le secrétaire particulier de Lamartine ; il a donc vécu dans l'intimité du poète et de son épouse, qui prenait elle-même une part active à la relecture des oeuvres de l'écrivain, auxquelles elle mettait même souvent la dernière main. Il nous livre ici le portrait émouvant d'une femme dans le sacrifice total de son être à celui qu'elle aime et admire sans mesure.

Charles-Émile Alexandre, Morlaix, 23 août 1821 - Mâcon, 1er septembre 1890. Écrivain, poète, homme de lettres en général, député de Saône-et-Loire de 1871 à 1875, il est surtout connu pour avoir été le secrétaire particulier d'Alphonse de Lamartine. La rencontre s'était faite lors des heures sombres de la révolution de 1848. Quelques mois plus tard, en 1849, Lamartine lui proposait de remplacer son secrétaire d'alors, Paul de Saint-Victor, en route vers une carrière journalistique. Il devait exercer cette fonction jusqu'à la mort du grand poète.
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PREMIÈRE ÉPOQUE

Les années heureuses (1819-1832)

Ce qui n’est plus pour l’homme a-t-il jamais été ?

La rencontre – 1819

Il y a près de Chambéry, à Pugnet, un château caché dans un nid d’arbres, au milieu d’un grand jardin. Il se dresse sur le piédestal d’une belle terrasse ; c’est le château de Caramagne. Il rappelle les villas italiennes. Le paysage est magnifique ; on domine la ville de Chambéry, le château des ducs de Savoie, la promenade, la vallée, la rivière descendant au lac du Bourget, les premières eaux du lac. Puis la vue monte avec les montagnes et s’arrête sur le flanc d’une colline, à la modeste maison des Charmettes. C’est un horizon de poésie.

Dans l’été de 1819 était venue là, d’Angleterre, Mlle Marianne-Élisa Birch, avec sa mère. Selon la mode de son pays, la jeune Anglaise aimait les voyages et visitait tous les beaux lieux de l’Europe. Quoique attaché à son home, le peuple anglais a la passion de courir le monde ; son grand poète, lord Byron, est un poète voyageur. Fidèle au génie de sa race, Mlle Birch avait les goûts de vie poétique ; comme Diana Vernon, elle aimait la vie à cheval par les libres chemins.

Le 4 septembre, à Milly, dans son journal, la mère du poète parle de sa fille future avec ce sentiment religieux toujours présent dans toutes les émotions de sa vie : « Je murmurais, je me désespérais de voir mon fils, sans occupation et sans but, errer d’un pays à l’autre pour user son temps et son feu en vaines inutilités ou en rêveries malsaines, et voilà que la Providence nous présente tout à coup par la main une étrangère qu’on dit accomplie et qui peut fixer son âme dans une vie honnête et faire son bonheur ; quant au mien, je n’en parle pas, il y a bien longtemps que mon bonheur est dans le sien et dans celui de mes filles.

« Voici ce qu’on me mande de Chambéry sur cette jeune Anglaise, très connue de Césarine (Césarine était la sœur du poète, la plus belle par sa beauté italienne). Sans être une beauté, don souvent plus dangereux qu’utile à celle qui la possède, elle a de l’agrément, de la grâce, une taille admirable, des cheveux superbes, une éducation remarquable, beaucoup de talents et un esprit supérieur ; elle est d’une bonne famille d’Angleterre, très bien apparentée ; sans être riche, sa mère, qui est veuve, a une fortune aisée ; elle est fille unique ; son père était colonel des milices en Angleterre pendant les menaces d’invasion par Bonaparte. On recevait très bien les émigrés français dans cette maison, à Londres ; on y accueillit particulièrement bien une grande dame émigrée de Savoie, nommée la marquise de la Pierre, qu’on m’a fait remarquer chez le gouverneur de Savoie, au mariage de Césarine. C’est une personne qui a dû être extrêmement belle. Elle a passé tout le temps de l’exil des rois de Sardaigne en Angleterre jusqu’en 1818 ; elle a plusieurs filles nées ou élevées à Londres ; ces jeunes personnes ont vécu, depuis leur enfance, comme des sœurs, avec la jeune Anglaise, leur amie. À leur retour en Savoie, elles l’ont engagée à venir avec elles recevoir à son tour l’hospitalité ; elles étaient naturellement fières de lui montrer leur patrie, leur château, leur considération dans leur province et dans leur domaine qu’on leur a, en partie, restitué. C’est le rendez-vous de la société distinguée et lettrée de cette jolie ville. On y dessine, on y peint, on y fait de la musique, on y monte à cheval ; c’est un petit canton d’Angleterre en Savoie. Césarine y va quelquefois, et son beau-frère, Louis de Vignet, ami d’Alphonse, très souvent ; il fait des vers et on les lit à ces demoiselles ; il leur a lu aussi quelques-uns des vers d’Alphonse qui ont paru bien à cette société ; on l’a interrogé sur son ami dont il a fait un éloge exagéré en le comparant à un jeune poète anglais, dont je ne sais pas bien le nom, mais qui écrit des poèmes fantastiques et mystérieux, d’une grande vogue en ce moment. » Elle voulait parler de lord Byron. M. de Vignet avait raison de juger son ami, le lord Byron français.

Puis cette mère, avec sa simplicité charmante, disait : « Il leur a promis de leur faire voir son ami, quand il passerait à Chambéry, en revenant de Suisse, où Alphonse était alors, vivant seul, dans une cabane de pécheur sur le bord d’un lac. »

L’imagination de la jeune Anglaise s’enflammait d’avance à ce poétique inconnu. Elle avait eu un grand-oncle, Birch, poète distingué, et dont le nom a eu l’honneur d’être gravé sur les murs de l’abbaye de Wetsminster, à côté du monument de Shakespeare, au milieu des noms glorieux de l’Angleterre. Elle tenait de race. Elle avait eu une instruction d’élite, elle savait l’anglais, le français, l’italien ; elle pratiquait la peinture, la sculpture et la musique ; elle aimait les belles-lettres et les beaux-arts.

La musique ! c’est l’art enchanteur par excellence, il attire la jeune fille entre tous, par sa langue mystérieuse comme son cœur. Elle confie ses secrets au piano, son ami, elle peut tout lui dire, tout lui demander. La jeune Anglaise, entre tous les génies, préférait la musique de Beethoven. Sa passion profonde, ses adagios attendris, ses divins mystères répondaient si bien à son âme, à ses rêves, à son idéal. Ce mâle et intime génie était frère de sa nature passionnée et religieuse. Elle me disait plus tard, à ces souvenirs de sa jeunesse : « J’ai connu cette langue, j’ai éprouvé ces émotions, j’ai lu et accompagné un grand nombre de partitions de Beethoven. Ma jeunesse était à cette école par goût. Elle me revient au cœur... » Cette musique sévère et douce était sœur de son âme.

Ses voyages lui faisaient aimer la peinture et la sculpture. C’est un art moins naturel que la musique. Il naît de la contemplation des musées, art de réflexion. Avant de peindre et de sculpter, la femme entend la musique, cet écho de son cœur.

Elle unissait en elle deux races qui se sont toujours aimées. Née en France, dans une des stations de son père et de sa mère, au midi, elle était de sang écossais. Elle me disait que son arrière-grand-père, Écossais, avait été témoin au dix-huitième siècle, vers 1750, des persécutions religieuses, de la disparition de nombreuses familles d’Édimbourg, devenues pauvres, tombées dans la misère, victimes de l’intolérance sectaire. Par la filiation mystérieuse du sang et de l’âme, elle avait sucé avec le lait la pitié.

Jeune fille, elle voyageait sans cesse, et sa vie errante en France lui ouvrait les horizons de la nature et de la pensée. Sa sève vivace, souffreteuse en son enfance, en était trempée. Son esprit précoce avait creusé de bonne heure les questions religieuses. Protestante, elle avait tourné contre le protestantisme son arme, le libre examen. Elle n’avait pas improvisé sa foi catholique, sa conversion. « J’ai lu, me disait-elle, de gros livres anglais, des apologistes, je n’ai pas agi à la légère. Les querelles des protestants m’ont décidée au catholicisme. J’ai examiné comme une pauvre jeune fille que j’étais. » Saint Vincent de Paul avait touché son cœur, Fénelon avait persuadé son âme, et saint Augustin l’avait pénétrée de la Grâce.

Aussi l’enchanteur religieux allait-il achever facilement la conversion par sa poésie.

Cette conversion révèle dans cette âme de jeune fille une virile précocité, un caractère. Une conversion est d’ordinaire une œuvre de l’âge mûr, des leçons et des épreuves de la vie, un fruit d’automne. Il faut être libre de la famille pour l’oser. Mais il est rare de voir une jeune fille, à l’âge de l’obéissance, s’affranchir de l’autorité de la famille, de l’enseignement, des leçons, de la foi bue avec le lait sur les genoux de la mère, rompre le charme austère de la lecture de la Bible, le soir, la légende des persécutions, des guerres religieuses, résister aux prières maternelles. Certes, il dut lui en coûter, elle dut verser en secret bien des larmes ; mais elle eut la force de sacrifier toute cette paix, cette poésie de la famille à sa conscience, et comme Jeanne d’Arc, elle écouta ses voix.

Quelle était la figure de la jeune convertie ? La mère du poète a fait un portrait vrai de la jeune fille. J’ai un médaillon donné, après sa mort, par sa nièce, Mme Valentine, qui semble en accord avec ce portrait écrit, daté du moment. Sa figure ovale est encadrée dans ses beaux cheveux bruns bouclés et couronnée d’un triple nœud de cheveux, selon la mode de la Restauration. Les yeux pleins d’intelligence semblent regarder le jeune et beau poète dont les poésies l’ont ravie. Le front large, bien ouvert. Le nez long et fin descend vers une bouche fermée et discrète. Toute la physionomie écoute plus qu’elle ne parle. Le cou a l’encolure du cygne, les épaules découvertes s’abaissent avec grâce ; quoique arrêtée à mi-corps, la taille laisse deviner une courbe élégante. La robe blanche fait bouffer des plis à la naissance du bras. Une sorte de draperie de tartan écossais entoure sa taille. Toute sa personne exhale un parfum de chasteté ; elle a le charme de la distinction, de la dignité, de la noblesse. Elle inspire la sympathie et le respect ; on voit, en ses regards purs, une jeune âme supérieure, une lumière et non la flamme qui allume la passion. Elle ne se livre pas, elle attend.1

Enfin le poète désiré arriva dans ce salon de femmes avides de le connaître et de l’entendre. Au milieu de ses quatre...



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