Liebe Besucherinnen und Besucher,
aufgrund unseres Sommerfestes sind wir am 03. September 2026 bis 14 Uhr erreichbar. Am 04. September 2026 sind wir wieder wie gewohnt für Sie da. Vielen Dank für Ihr Verständnis.
Ihr Team von Sack Fachmedien
E-Book, Französisch, 204 Seiten
Allaire / Mon Autre Librairie Souvenirs d'un vieux précepteur
1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-491445-68-3
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
E-Book, Französisch, 204 Seiten
ISBN: 978-2-491445-68-3
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Étienne Allaire ; 11 octobre 1822, Livarot - 27 août 1896, Contrexeville. Professeur titulaire de seconde au collège Stanislas, à Paris ; professeur auprès des princes de la maison de France. La soeur de sa seconde épouse, Marguerite Botot de Saint-Sauveur, avait épousé le docteur François-Joseph Moreau, médecin-accoucheur de la reine Marie-Amélie de Bourbon-Siciles ainsi que de la duchesse d'Orléans, et médecin des enfants de France. Cette circonstance lui ouvrit la porte de la maison d'Orléans, qu'il servit pendant huit ans en tant que l'un des professeurs chargés de l'éducation des fils orphelins de Ferdinand-Philippe d'Orléans, Philippe comte de Paris et Robert duc de Chartres. À la majorité des princes il dut quitter ses fonctions, mais devait garder sa vie durant un profond attachement à la maison d'Orléans.
Autoren/Hrsg.
Weitere Infos & Material
Chapitre II – 1851-1852
Qu’est-ce qu’un Prince ? Caractère du comte de Paris et du duc de Chartres. L’exil et ses douleurs. 1er mai, fête du comte de Paris. Ouverture de la première grande Exposition internationale à Londres. Mon cours de l’histoire de la Géographie en tire grand profit. Théorie des progrès. Premiers essais de Fusion. Attitude de la duchesse d’Orléans. Approbation de ma conduite par S. A. R. Je vais en vacances ; ma mère m’encourage. Prudence et discrétion envers les amis trop curieux. Je reviens en Angleterre et j’aperçois les difficultés que la duchesse d’Orléans rencontrait partout, même à Torquay. Pendant l’automne nous travaillions tranquillement à Esher, quand nous fûmes troublés par le coup d’État de Louis-Napoléon en France et la confiscation des biens de la famille d’Orléans. Résignation de la Reine, indignation de la Duchesse. Plaisanterie de M. Thiers.
En travaillant à l’éducation du comte de Paris et du duc de Chartres, je faisais la mienne. D’abord, j’apprenais bien autant de choses que j’en enseignais. Ensuite je me débarrassais de quelques préjugés que j’avais apportés de France, notamment sur les nations étrangères, en particulier sur les Anglais. Enfin, je comprenais que les Princes diffèrent des autres hommes, non seulement par leur naissance, mais surtout par les grands devoirs qu’ils ont à remplir et les grands obstacles qu’ils ont à surmonter. C’est vers eux que dans les désastres publics le peuple tourne ses regards ; c’est chez les hommes de leur espèce qu’on espère trouver la science des affaires humaines, la sagesse de la vie politique, l’expérience, le dévouement, la force morale et l’autorité qui peuvent gouverner et sauver une nation en péril. Quelle perspective pour ces enfants dont l’éducation nous était confiée ! Je m’attachais à eux de cœur et d’esprit, non moins que par le sentiment du devoir.
C’était un vrai plaisir que de s’entretenir avec le comte de Paris des affaires les plus sérieuses : aucune ne le rebutait. Il était tellement rompu au travail que l’étude était pour lui une sorte de distraction. Il avait l’esprit tellement ouvert que sa curiosité s’appliquait aux connaissances les plus diverses. Je fus frappé de l’attention avec laquelle il suivait mon cours de géographie historique, ou plutôt l’histoire de la géographie depuis les premiers temps jusqu’à nos jours. Il est vrai que la duchesse d’Orléans y assistait et, par ses questions ou par ses réflexions judicieuses, ne laissait pas notre esprit s’endormir ; mais il n’était pas besoin de réveiller l’intelligence du comte de Paris : il comprenait tout et s’intéressait à tout.
Le duc de Chartres était plus jeune et sa santé délicate ne lui avait pas encore permis de prendre les habitudes d’un travail assidu ; mais sa bonne volonté nous permettait de reconnaître de sérieux progrès dans ses études comme dans son caractère. Peu à peu son penchant à la colère s’adoucissait ; son travail était plus tranquille et meilleur. Je commençais à comprendre la tendresse de la reine Marie-Amélie pour son petit chevalier.
Si je prenais gaiement ma part aux jeux et divertissements des jeunes Princes, je partageais aussi et sincèrement leurs peines et leurs chagrins. Ce qui les faisait le plus souffrir, c’était l’exil, supplice de tous les instants, dont ils ne pouvaient voir la fin. On avait espéré que les lois qui bannissaient de France tous les Princes de la maison de Bourbon allaient être abrogées. Le vote du 1er mars 1851 (rejet de la proposition Créton) avait dissipé cette illusion et ravivé la blessure que les exilés portaient au fond du cœur. J’avoue que j’éprouvai un profond sentiment de sympathie pour ces hommes illustres, comme le duc de Nemours, le prince de Joinville, le duc d’Aumale, qui avaient si vaillamment servi notre pays, et s’en voyaient exclus à tout jamais par un jugement sans appel. Leur désespoir offrait un spectacle extrêmement triste. La douleur muette des jeunes Princes n’était guère moins touchante : ils étaient condamnés à ne jamais rentrer dans leur patrie, qu’ils avaient à peine eu le temps de connaître. Mais ils étaient sacrés Princes par l’injustice même dont ils étaient victimes.
Un jour que j’étais dans la chambre du duc de Chartres à le voir faire une version latine dont je l’avais chargé, je ne pus m’empêcher d’arrêter mes regards et ma pensée sur ce pauvre enfant qui travaillait devant moi ; je me disais : voilà donc cet ennemi terrible que les Français ont chassé de France avec son frère ! Pourquoi ce cruel châtiment ? Que peut-on reprocher à ces jeunes gens ? Quel crime ont-ils commis ? On veut leur faire oublier leur pays natal ? C’est l’effet contraire que l’on obtiendra. Ils aimeront la France malgré tout et toujours. La version finie, je la corrigeai et je posai respectueusement un baiser sur cette jeune tête qui avait échappé à la fureur de l’émeute victorieuse. L’enfant surpris me regarda doucement et me demanda s’il pouvait dire à sa mère qu’il avait fait un bon devoir ? « Oui, mon petit Prince. »
Le 1er mai 1851, jour de la fête du comte de Paris, on ouvrit à Londres la première grande Exposition internationale. Rien ne pouvait être plus agréable aux deux jeunes Princes que d’assister à cette magnifique cérémonie. On a vu depuis de plus belles Expositions en divers pays ; aucune ne produisit un pareil effet. C’était la première fois qu’on réunissait dans un superbe palais des échantillons de tous les produits du monde et de l’industrie humaine. Nous allâmes souvent les considérer, les étudier, les comparer, les comprendre. Malgré l’immense quantité d’objets exposés, on n’y remarquait aucune confusion : dans cet amas de richesses tout était classé par nation, et en si bon ordre que les peuples qui parlaient différents idiomes s’entendaient pour l’admirer. Jamais on ne put imaginer une si belle leçon de géographie. Il m’était facile après cela d’expliquer comment tous ces pays avaient été découverts, comment tous ces hommes, si différents de races et de mœurs et longtemps inconnus les uns aux autres, avaient fini par se connaître ; comment des nations, autrefois séparées ou même ennemies, étaient parvenues à s’unir, sinon par l’amitié, du moins par les liens du commerce et de l’intérêt ; comment enfin la civilisation, à travers mille vicissitudes, s’était développée et se répandait sur le monde entier. C’était un vrai bonheur pour moi de recueillir toutes ces idées et d’en composer mon cours pour les deux Princes.
Le plus beau jour de l’Exposition fut celui où la France, qui était un peu en retard, hissa son drapeau et offrit aux yeux de l’univers assemblé les merveilles de son industrie. Il n’y eut qu’un cri dans le public, un cri d’admiration. Ce cri retentit bien doucement dans le cœur des exilés. La Reine même, malgré son deuil et son détachement des joies de ce monde, jouissait, avec un légitime orgueil pour la France, de la beauté de ce splendide spectacle. La duchesse d’Orléans n’y apportait pas moins de vivacité. Toute la famille royale y prit le plus grand plaisir ; les Princes et Princesses, leurs dames, leurs gentilshommes, leurs serviteurs de tout genre étaient eux-mêmes très intéressants à écouter, lorsqu’ils voulaient bien nous faire part de leurs impressions. Ils étaient fort au courant des plus nobles raffinements de la civilisation en Europe, en Asie et en Amérique, et ils faisaient de bien curieuses comparaisons avec la France des pays où ils étaient nés, où ils avaient vécu ou bien qu’ils avaient visités. Il n’y avait guère de grand État qu’ils ne connussent bien. On parlait toutes les langues des nations policées à Claremont et autour de la duchesse d’Orléans. La conversation des grands et des petits était extrêmement variée et instructive. Comment les jeunes Princes, curieux et attentifs, n’en auraient-ils pas profité ? Et qu’est-ce que nos leçons, surtout les miennes, auprès de celles que leur grand’mère, leur mère, leurs oncles et leurs tantes leur faisaient à chaque instant sans le vouloir, et même sans le savoir ?
Les étrangers nous amusaient, parce qu’ils nous faisaient continuellement voir du nouveau. Mais les Français, soit devant le bel étalage de leurs richesses, soit dans les visites qu’ils faisaient aux Princes et à la Reine Marie-Amélie, avaient le don de nous charmer en racontant comment ils avaient obtenu ces remarquables produits. On y mêlait aussi un peu de politique pour consoler les exilés. On nous honorait même quelquefois de confidences dont nous nous serions fort bien passés. En général, les plus graves questions étaient traitées en dehors de nous, entre les Princes et la duchesse d’Orléans. M. de Boismilon, ancien précepteur du duc d’Orléans et secrétaire de ses commandements, nous faisait part de ce qu’on voulait bien nous communiquer.
Mais nous n’étions ni sourds ni aveugles ; je vis là bien des hommes que je regardais avec étonnement, et j’entendis bien des choses que je ne suis pas chargé de rapporter. M. le comte de Morny fut présenté à Son Altesse Royale par le colonel de Montguyon, ancien aide de camp du duc d’Orléans, qui fut ensuite attaché à M. le comte de Paris. On sait ce que fit plus tard M. de Morny ; le colonel resta jusqu’à la mort fidèle à son prince. Je vis là des hommes d’État, des savants, des orateurs, des écrivains qui essayaient de faire leur cour à la duchesse d’Orléans en instruisant agréablement ses fils. Beaucoup y réussissaient mieux...




