Barbier / Mon Autre Librairie | Contes du soir | E-Book | www.sack.de
E-Book

E-Book, Französisch, 201 Seiten

Barbier / Mon Autre Librairie Contes du soir


1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-491445-27-0
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 201 Seiten

ISBN: 978-2-491445-27-0
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Le XIXe siècle adorait les contes antiquisants et romantiques à souhait, et le talent d'Auguste Barbier s'inscrivait parfaitement dans cette veine. Il nous offre ici trois histoires passionnées, où l'imaginaire se tisse de réalité. Nous partons au château de Chaiges, pour un sombre mystère orientalisant ; au palais des Salimbeni à Sienne, découvrir une haletante histoire d'amour contrarié, de basse vengeance et de justice triomphante, et enfin, visiter les petits villages bucoliques de Greenwich et Bayswater, dans la banlieue de Londres, tâter de la morale rigide de la bonne société victorienne. Trois contes en ombres et lumières, délicieusement dépaysants.

Auguste Barbier (Paris, 1805 - Nice, 1885) Propulsé à 25 ans brusquement au faîte de la gloire par quelques poèmes républicains, violents et engagés, à la suite des Trois Glorieuses, Auguste Barbier s'installera peu à peu dans le rôle de l'écrivain "sérieux" et un peu moralisateur. Sa renommée n'en souffre pas. Élu en 1869 membre de l'Académie française, il est entre autres l'auteur du livret de Benvenuto Cellini.
Barbier / Mon Autre Librairie Contes du soir jetzt bestellen!

Weitere Infos & Material


ANSELMO ET ANGÉLICA

Histoire italienne du quinzième siècle

Alla Signorina EUGENIA RUFINI

Dolce ricordo delle sue grazie.

Il est difficile, lorsqu’on est en Italie et qu’on a vu Florence, de ne pas visiter Sienne, une des plus anciennes et des plus illustres cités de la Toscane. Un vieux proverbe du pays dit : « Sienne, ville pleine de montagnes, de cloches et de jolies filles. » Et il est dans la vérité. Cette ville, effectivement, se trouve bâtie sur une hauteur, elle contient beaucoup d’églises, et les femmes y sont charmantes. L’air, en outre, passe pour y être très salubre et c’est le lieu, dit-on, où se parle avec le plus de pureté d’accent le meilleur italien. Comme cette ville, grâce à sa situation géographique, est demeurée en dehors du mouvement de la civilisation moderne et des commotions politiques, elle a conservé ses monuments et gardé, plus que toute autre, la physionomie et le caractère des cités du Moyen-âge. La place del Campo, c’est-à-dire de l’ancienne seigneurie, en forme de coquille, et la maison de ville surmontée d’un haut campanile, peuvent rivaliser de hardiesse et d’élégance avec la célèbre place et le Palais Vieux des grands-ducs à Florence. Ses rues, encore presque toutes intactes et garnies de palais à grands écussons et de tours à créneaux, donnent bien l’idée des mœurs âpres et fières de leurs habitants aux treizième et quatorzième siècles. Quant à sa cathédrale à la voûte d’azur, semée d’étoiles et toute en marbre blanc, c’est un chef-d’œuvre d’architecture fine et légère et le plus beau spécimen de l’art gothique en Italie. Je ne parle pas des nombreuses peintures qui décorent ses églises, et qui constituent dans le grand art italien une école à part fort originale, appelée l’école de Sienne, école dont la fleur est le tendre, le noble et le pieux Sodoma. Toutes ces curiosités sont bien faites pour attirer et retenir l’étranger dans les murs tranquilles de cette vieille cité, où les arts ont laissé tant de marques et où ils jouirent d’une si grande faveur que pendant quelques années, ce furent des peintres qui gouvernèrent l’État.

Un jour que j’étais allé voir, rue de l’Oie, la petite maison où prit naissance la grande patronne du pays, sainte Catherine, cette grâce mystique du catholicisme, et que dans sa jeunesse on nommait Euphrosine, maison devenue un oratoire orné de peintures, je passai par une rue où s’étalaient, sur la devanture d’un bouquiniste, beaucoup de vieux livres italiens.

Je m’arrêtai pour les examiner, et, dans le nombre, je distinguai un exemplaire des Nouvelles de messer Matteo Bandello di Castel Nuovo. Je le feuilletai et je l’achetai. Ce vieux conteur milanais du seizième siècle a fourni bien des sujets de romans et de drames aux écrivains des âges suivants, et parmi eux on peut compter le grand Shakespeare. Je pris le volume et l’emportai. Le matin avant mes promenades ou le soir après mon repas, je m’amusais à le lire. Son œuvre renferme des récits de tous les pays et de tous les temps. Comme je me trouvais à Sienne, une aventure qui s’y passait à l’époque de la République m’intéressa particulièrement. Elle rappelait les luttes des partis de la noblesse et du peuple et les terribles haines des familles entre elles. Il en ressortait surtout un magnifique exemple de générosité et de reconnaissance. Je la traduisis pour ce motif, et aussi pour mieux conserver un souvenir de mon séjour dans la vieille cité. Aujourd’hui il me plaît de l’extraire de mon livre de notes et de la présenter au public français. Je n’ai rien retranché du récit de l’auteur, je le donne tel qu’il est, avec ses finesses d’analyse et toutes ses fleurs de style. Puisse-t-il intéresser les lecteurs autant que je l’ai été moi-même et susciter ou soutenir dans les âmes l’amour des beaux sentiments et des nobles actions.

Il y avait à Sienne, vieille et illustre cité de la Toscane, deux nobles familles dont l’ancienneté et la richesse méritaient grande estime et grande considération ; c’étaient celles des Montanini et des Salimbeni. Toutes les deux avaient produit des hommes excellents en toutes sortes de vertus. Un jour il se fit aux environs de la ville une grande chasse aux cerfs et aux sangliers. Beaucoup de jeunes gens de l’une et l’autre maison, bien équipés et à cheval, y prirent part. Il advint qu’un féroce sanglier ayant été abattu par les chiens, on se mit à parler de la valeur de ces animaux. Chacun tenant pour les siens et soutenant qu’ils avaient été les premiers à assaillir et mordre courageusement la bête, faute d’accord, plusieurs chasseurs passèrent des paroles aux actes et, l’arme en main, menèrent les choses au point qu’un des Montanini tua un des Salimbeni. De là naquit une terrible inimitié entre les deux familles, si forte qu’il y eut beaucoup de morts des deux côtés et qu’à la fin, en fait d’hommes et de richesses, les Montanini se trouvèrent réduits à rien.

Le temps fit oublier les injures, et les cœurs de ceux qui restèrent à Sienne perdirent avec lui de leur ancienne dureté. À cette époque, de toute la famille des Montanini il n’y avait plus qu’un jeune homme appelé Carlo di Messer Thomaso et une jeune fille, sa sœur, nommée Angélica. Ils possédaient pour tout bien le vieux palais de leurs ancêtres à Sienne et, dans le val de Strove, une propriété de la valeur de mille ducats dont le faible revenu les faisait vivre très sobrement. C’était tout ce qu’ils avaient conservé comme patrimoine de la grande fortune de leurs aïeux. Le reste avait été dissipé en partie dans le mouvement des querelles, et en partie absorbé par le fisc. Carlo se soutenait du mieux qu’il pouvait, et quoiqu’il lui fût difficile de faire montre d’habits, d’équipages et de train magnifique comme cela convenait à un gentilhomme, on n’en voyait pas moins briller dans son aspect, ses paroles et ses actes, l’antique majesté de la grandeur de ses pères.

De même à l’égard de sa sœur. Angélica avait la réputation d’être la jeune personne la plus belle et la mieux mise de Sienne. Le nom qu’elle portait était tout à fait conforme à sa céleste figure, on eût dit un ange descendu des cieux. Elle habitait avec son frère le palais de sa famille, qui était voisin de celui d’un jeune homme fort estimé pour sa fortune et sa noblesse et qu’on appelait Anselmo Salimbene. Souvent Angélica passait devant cette habitation et le jeune possesseur du palais, frappé de sa beauté, la contemplait avec plus de plaisir et d’avidité qu’il ne fallait. Il en devint si amoureux que, pour lui, vivre un jour sans la voir était une peine extrême, un vrai tourment d’enfer. Ce qui l’affligeait le plus et le désespérait quasiment, c’était, à raison de la vieille inimitié de sa maison et de celle d’Angélica, de n’oser confier sa flamme à personne et de penser que de son amour fervent il ne pourrait jamais cueillir ni fleurs ni fruits. Il était persuadé qu’Angélica ne le payerait jamais de retour.

Tandis qu’Anselmo nourrissait en secret son sentiment passionné et se contentait du plaisir de voir sa bien-aimée qui, ne s’apercevant pas de son amour, n’en avait aucun souci, voilà qu’un citoyen de Sienne, participant au gouvernement populaire de la puissante cité, eut envie d’acheter le bien de campagne de Carlo. Se trouvant à côté de cette terre, elle lui donnait l’occasion de s’agrandir. Il fit donc dire au jeune homme que s’il voulait vendre sa propriété, il lui en donnerait mille ducats de la main à la main. Carlo, qui de toute la fortune patrimoniale n’avait conservé, avec le palais de Sienne, que ce bien de campagne qui les faisait vivre modestement sa sœur et lui, ne sachant pas, d’ailleurs, comment il en pourrait acquérir un autre, fit répondre qu’il ne voulait pas le vendre.

Ce citoyen, homme méchant et avide du bien d’autrui, conçut alors une haine si violente contre Carlo qu’il résolut de le ruiner, et même de le faire périr.

À cette époque, la plus grande partie des nobles de Sienne avait été expulsée de la cité et ceux qui avaient en mains le gouvernement étaient gens sortis des classes populaires. Dans leur profonde inimitié contre les nobles ils firent une loi par laquelle toute personne ayant des relations avec les exilés et tâchant de les faire rentrer dans leur patrie devait être condamnée à payer mille florins, et faute de payement, à avoir la tête tranchée. Or le méchant homme, voyant qu’il ne pouvait obtenir ce qu’il désirait, ourdit un complot et y impliqua le pauvre Carlo. Au moyen de faux témoins et de preuves inventées, il fit accuser le jeune homme devant le tribunal de la seigneurie comme ayant des intelligences avec les exilés et enfreignant ainsi les lois de l’État. Carlo fut immédiatement saisi par les sergents et conduit à la prison publique. Toutefois le misérable, qui ne s’était pas avoué en face l’ennemi du Montanino, mais qui, naviguant sous l’eau, faisait semblant d’être son ami, travailla en sa faveur et obtint un délai de quinze jours pour le payement des mille florins. Le pauvre garçon, qui avait le désir de vivre comme tous les autres hommes, jugea qu’il fallait absolument vendre son bien et payer sur les mille ducats qu’il valait le montant de sa condamnation, sauf à employer le surplus à d’autres besoins. Ce parti arrêté dans son esprit, il fit offrir par l’entremise d’un tiers audit citoyen la possession de sa terre pour le prix qu’autrefois il avait voulu lui en donner. Le courtier s’acquitta fort bien de la commission, mais l’avide...



Ihre Fragen, Wünsche oder Anmerkungen
Vorname*
Nachname*
Ihre E-Mail-Adresse*
Kundennr.
Ihre Nachricht*
Lediglich mit * gekennzeichnete Felder sind Pflichtfelder.
Wenn Sie die im Kontaktformular eingegebenen Daten durch Klick auf den nachfolgenden Button übersenden, erklären Sie sich damit einverstanden, dass wir Ihr Angaben für die Beantwortung Ihrer Anfrage verwenden. Selbstverständlich werden Ihre Daten vertraulich behandelt und nicht an Dritte weitergegeben. Sie können der Verwendung Ihrer Daten jederzeit widersprechen. Das Datenhandling bei Sack Fachmedien erklären wir Ihnen in unserer Datenschutzerklärung.