Bellec | Exilium - Livre 1 : L'Internat (édition luxe) | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, Band 1, 440 Seiten

Reihe: Exilium

Bellec Exilium - Livre 1 : L'Internat (édition luxe)

Oubliez tout ! Réapprenez tout !
2. Auflage 2017
ISBN: 978-2-322-00283-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

Oubliez tout ! Réapprenez tout !

E-Book, Französisch, Band 1, 440 Seiten

Reihe: Exilium

ISBN: 978-2-322-00283-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



« Cette semaine-là, une tempête de neige exigea la fermeture du lycée où je travaillais comme 'pion', mais le maintien de l'internat permit l'hébergement des élèves bloqués sur place. Par ma proximité avec le lieu de travail, je fus le seul disponible pour assurer les nuitées. La semaine se présentait alors avec un calme insolent : encadrer sept adolescents occupés à compter les flocons au sein d'un établissement vidé de son âme. Sauf que nous n'étions pas seuls ! Au début, j'expliquais aux internes effrayés que le vent et le froid étaient responsables des bruits étranges. Jusqu'à ce que leur fréquence nous accule à l'évidence : quelque chose sans lien avec la météo avait infiltré le dortoir ! Après mon départ de la Côte d'Azur pour la petite ville de Saint-Amand-Montrond, je pensais avoir trouvé le calme dans la campagne du Centre France. Mais j'allais découvrir un énigmatique Berry, qu'au XIXe siècle Chateaubriand décrivit comme une contrée "où se passaient des choses étranges" ! »

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02 MARDI SOIR


APRÈS avoir transmis à la hiérarchie les effectifs d’internat pour la semaine, j’avais préféré boycotter le déjeuner au lycée pour réintégrer mon . Ce devait être sur le coup de treize heures. J’étais repassé par le même chemin que l’aller afin de limiter les appels à la méthode cigogne dont singer la démarche restait somme toute épuisant pour un être humain. Je m’étais avant cela assuré AUprès du cuisinier de service que le réfectoire était opérationnel. Il me promit qu’il profiterait du peu d’élèves présents pour leur préparer des petits plats qui sortiraient autant de l’ordinaire que du congélateur !

Enfin, avant de prendre congé des internes occupés à vider leurs valises, je les avais bien rassurés en insistant sur le fait qu’ils ne seraient jamais seuls en journée : le proviseur était dans son bureau et j’étais joignable par téléphone. Ils avaient tous pris bien soin de noter mon numéro — et pas sur des bouts de papier —, et je leur faisais suffisamment confiance pour en faire bon usage, vu les circonstances.

17 H 25.

Après être passé en coup de vent à la vie scolaire récupérer les clés, que je décidai de conserver sur moi pour la semaine, j’empruntai la direction du bâtiment d’internat. Nos traces de pas laissées le midi suffirent à baliser le chemin dans l’épaisse poudreuse, alors que la nuit était déjà tombée.

Même sans brouillard, le ciel était bas et le champ de vision réduit. Au-dessus du bâtiment, la Lune était à peine perceptible. Elle formait plutôt une boule diffuse, comme une ampoule allumée derrière un verre dépoli. Les seules lueurs utiles étaient celles du foyer et de l’étage des garçons, un palier plus haut, mais cela ne suffisait pas à vaincre une insolite sensation d’isolement, renforcée par un silence auquel un lycée n’est pas accoutumé. La voûte nuageuse ténébreuse amplifiait ce manque de luminosité et il faudrait encore s’attendre à quelques flocons dans la nuit.

Avant de monter au premier étage, je m’arrêtai un instant au foyer, carrefour de la décontraction que les murs d’un rouge violacé faisaient ressembler à un gigantesque .

Personne !

La petite salle de télévision et la salle de musique étaient inoccupées. Et les fauteuils mal rangés, comme d’habitude.

J’interprétai ce vide comme une bonne nouvelle : ils devaient tous être dans leurs chambres, à l’heure pour l’appel. Mon principal souci n’était pas tant de tous les retrouver, ce dont je ne doutais pas un instant, que de les voir s’occuper sans faire (trop) de bêtises. Et ça, ce n’était pas gagné, car je n’avais pas hérité que d’élèves dociles.

Je laissai éclairé le foyer en prévision de la soirée, puis montai à l’étage pour retrouver les sept pensionnaires de la semaine :

Guilhem, déjà vu en vie scolaire.

Kevin, son copain poliste malade. Un des internes les plus effacés. Il n’avait pas besoin d’une grippe pour le diminuer davantage. Brun, élégant, timide et réservé, il parlait peu, attitude qui incitait ses camarades les plus taquins à en faire leur bouc émissaire.

Étienne, le troisième poliste. Un garçon aussi discret que Kevin, sans histoire, mais il n’était pas rare que sa susceptibilité excessive entame sa bonne humeur dès le premier quart de tour, jusqu’à le conduire les mauvais jours à tutoyer la frontière de l’impertinence.

Sylvain : le cerveau du dortoir. Un élève calme et d’une grande vivacité d’esprit. Son avenir dans les activités à caractère scientifique était tout tracé. Il passait ses soirées silencieuses à travailler, jusque tard le soir, comme s’il composait ses devoirs trois fois de suite pour en garantir l’excellence. Mais ses notes étaient à la hauteur du travail fourni puisqu’il obtenait les plus élevées du lycée !

Puis venait le trio infernal, les plus jeunes des internes présents :

Jimmy : aussi vu en vie scolaire. Monté sur un ressort, il était le chef de la bande des trois. Gentil garçon, mais fervent adepte du mensonge pieux pour échapper aux conséquences de son indiscipline, il parvenait à surprendre tout le monde quand il se posait pour travailler, tout à fait capable du plus grand sérieux quand les circonstances l’exigeaient. Tout au plus pouvait-on en regretter leur rareté.

Samy : un jeune très drôle, redoutable danger pour la tristesse ! Il avait appris à compenser le non-handicap de sa petite taille par une intelligence et une finesse telles qu’il était aisé de comprendre pourquoi le système scolaire l’ennuyait. Une lassitude qui l’empêchait de rester en place et stimulait son adoration pour Jimmy qu’il voyait comme le gourou idéal pour les bêtises.

Quentin : jamais deux sans trois. Plutôt simple, gentil et poli, ce grand mouton devant l’Éternel n’existait que par la complicité qu’il entretenait avec ses deux compères. Quel dommage qu’il n’escortât pas les bonnes personnes, car sa capacité d’adaptation au pire des environnements forçait le respect !

Inutile de préciser que Jimmy, Samy et Quentin dormaient dans la même chambre !

L’internat garçons occupait toute la surface du premier étage. Depuis le palier, une porte coupe-feu donnait sur un sas éclairé par une large fenêtre. Puis une porte à deux battants à verrouillage magnétique constituait la dernière barrière avant l’accès au cœur du dortoir.

Les pièces du dortoir étaient aménagées des deux côtés de l’unique couloir qui traversait l’étage. La salle de douches individuelles à gauche et les toilettes à droite amorçaient la visite. Puis les six chambres étaient réparties de part et d’autre du couloir, trois de chaque côté, chacune plus ou moins de mêmes dimensions. Ces chambres sans porte de quatre ou six lits superposés, sans aucune isolation phonique, bénéficiaient pour seules commodités d’un un miroir et un évier communs, ainsi que d’une lampe de chevet près de chaque lit. Le manque d’intimité était compensé par une certaine idée de la décoration sur les façades extérieures des chambrées. Côté lits s’élevait un bardage à clin en bois massif. Côté éviers, des panneaux quart-de-cercle en verre dépoli montaient jusqu’à un mètre du faux plafond. Avec un peu d’imagination, l’ensemble donnait un petit cachet chalet suisse malgré un éclairage que d’aucuns jugeaient insuffisant.

La dernière chambre à droite était celle des assistants d’éducation. Chambre peu lumineuse et austère à l’excès qui serait donc la mienne trois nuits consécutives.

Je fus étonné de ne pas entendre un seul bruit dans le dortoir. Et pas un ne manifesta non plus sa présence malgré le grincement crispant de la porte d’entrée.

Avant de rejoindre ma chambre au bout du couloir, je passai en premier devant celle de Kevin. Sur la surface du plus surhaussé des deux lits superposés, les formes vallonnées d’un duvet trahissaient la présence de son propriétaire. Je m’approchai du malade à pas de loup puis tentai la communication.

— Kevin, c’est Frédéric, tu dors ?

— Pas en ce moment, répondit une petite voix.

Puis Kevin se retourna dans ma direction et, comme une tortue, parvint à extraire la tête de sa cachette mœlleuse. Je poursuivis la conversation qui n’allait de toute façon pas s’éterniser :

— Les médicaments te font effet ?

— Oui, ça me fait du bien, mais j’ai encore de la fièvre et je préfère rester au lit. Je suis HS.

— Pas de souci, reste au chaud, plus que quelques jours à tenir, après tu seras sur pied, le temps que le virus capitule. Je demanderai à Guilhem de t’apporter un plateau-repas et une bouteille d’eau fraîche...



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