Bourget | Une Laborantine | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 150 Seiten

Bourget Une Laborantine


1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-322-20912-5
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 150 Seiten

ISBN: 978-2-322-20912-5
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Le jeune Marcel Breschet, professeur de lettres au lycée de Nevers, est un garçon brillant qui, tout en donnant ses cours, travaille à sa thèse sur le Dieu Janus. Mais des événements vont venir bouleverser sa vie. À peine rentré chez lui, son père, ancien trésorier payeur général à la retraite, se dépêche de l'entretenir d'affaires de famille. Le grand-père paternel de Marcel lui demande de l'argent «pour affaire d'honneur». De quoi peut-il bien s'agir? Le père de Marcel est un fonctionnaire de sens rassis, contrairement à son père l'agent de change, qui n'hésite pas devant les dangers de la spéculation et de l'industrie. C'est ainsi que le grand-père du jeune Marcel a déjà eu plusieurs fois recours à sa famille, qui cette fois se cabre. Le jeune homme, sous couvert de recherches pour sa thèse, est donc envoyé dans la capitale afin d'éclaircir cette sombre affaire. Ce sera l'occasion pour lui de découvrir la vie. Et le secret de son grand-père. Paule Gauthier, la «Laborantine» est-elle une pure jeune fille ou une noire manipulatrice? Et quel est exactement le rôle de son frère, que le vieux Breschet protège? Un roman, un brin moraliste, que certains préfèreront lire au second degré.

Paul Bourget, né le 2 septembre 1852 à Amiens et mort le 25 décembre 1935 à Paris, est un écrivain et essayiste français, membre de l'Académie française. Ayant donné le signal d'une réaction contre le naturalisme en littérature, Bourget est d'abord tenté par le roman d'analyse expérimental.
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II


Au lendemain de cette conversation angoissante, Marcel Breschet, sur les huit heures du matin, descendait à Paris du train de Nevers, fidèle à la promesse faite à son père. Il avait voulu prendre le rapide de nuit, par un scrupule, où ce père aurait retrouvé ce sens du métier qu’il aimait à transmettre à son fils. Le professeur avait un reliquat de copies à corriger. Il avait tenu à les finir, pour les laisser annotées au maître d’études qui devait le remplacer. Cette besogne achevée, parmi les préparatifs de son départ, avait un peu trompé son anxiété qui le reprit plus forte dans le train. Quel homme allait-il trouver dans ce grand-père, demeuré pour lui une énigme ? Il comptait à peine douze ans lors de la rupture entre Antoine et Marcelin Breschet, dont le nom n’avait plus jamais été prononcé dans la maison. Les tragédies de famille silencieuses sont les plus torturantes pour les jeunes sensibilités, chez lesquelles les faits, qu’elles ignorent et dont elles subissent le poids, servent de prétexte à des imaginations invérifiables et d’autant plus vives. Quoique les fonctions exercées par son père en province, d’abord de receveur, puis de trésorier-payeur général n’eussent jamais permis un contact direct avec l’industriel toujours occupé à Paris, celui-ci restait dans le souvenir de son petit-fils comme un homme très affectueux, d’une conversation fascinante, et qui, dans ses trop rares passages, le gâtait beaucoup. Il savait également, par ses visites à Vertaizon, – il le rappelait à son père dans leur entretien, – quelle saute de milieu avait assuré aux siens l’énergie et l’esprit d’entreprise de l’homme d’affaires. Sans lui et ses audaces, les Breschet restaient de gros paysans. Ils ne devenaient pas les bourgeois cultivés qu’ils étaient devenus. Marcel comprenait maintenant que les quémandages d’argent dont se plaignait son père n’étaient pas l’unique cause d’une brouille qui touchait à l’ingratitude. Il se rendait bien compte que l’influence de sa mère, dont il pressentait maintenant les raisons, avait aggravé les sévérités du fils contre son père, dépensier et peu délicat. Quel incident nouveau allait lui révéler dans cet ordre l’enquête qu’il avait accepté d’entreprendre et dont les difficultés lui apparaissaient, au terme de ce voyage insomniaque, comme insolubles ? En touchant du pied le seuil du quai de la gare de Lyon, il fut tenté de reprendre aussitôt le train de retour. Et puis l’implorante phrase de son père, ce « tu m’es bien secourable » lui revenant :

« Ce serait une lâcheté, » se dit-il et il héla un taxi pour lui donner l’adresse du paisible hôtel de la rue des Écoles où il avait retenu son logement par dépêche et qui, tout voisin de la vieille Sorbonne, portait le nom du collège fondé par Mazarin : « Les Quatre-Nations. »

« L’Université me poursuit, » se disait-il encore quand la voiture s’arrêta devant la porte de la modeste maison où il avait séjourné lors de ses examens d’agrégation.

« J’avais tant d’espérance alors, » songeait-il et le souvenir de l’attrait intellectuel que lui avait représenté son métier de professeur s’accompagnait d’un renouveau de la répulsion commune à Chardon et à lui, contre la monotonie de cette carrière, et contre la sécheresse forcée de ses études actuelles. Cependant il ouvrait sa valise. Il rangeait ses petits bibelots et les papiers relatifs à son Janus, dans cette chambre située, par hasard, porte à porte, à côté de la pièce où il préparait autrefois son agrégation. Le sentiment de sa détresse actuelle fut si fort qu’il demanda aussitôt l’annuaire du téléphone, pour y chercher le numéro de l’appartement où logeait son grand-père au boulevard Suchet. Puis quand descendu au bureau de l’hôtel il eut disposé les lettres sur l’automatique, il raccrocha soudain le récepteur :

« Je ne suis pas assez maître de moi », se dit-il. « J’irai cet après-midi. Le plus sage est de commencer mes recherches sur cette laborantine. Si Cortet se trouve à Paris, c’est lui qui pourra le mieux me renseigner. Mais travaille-t-il toujours à Laënnec ? »

C’était le nom d’un de ses camarades d’enfance, interne dans un des hôpitaux de Paris. Les deux jeunes gens s’étaient toujours montré une chaude affection et restaient en correspondance l’un avec l’autre, assez irrégulièrement mais très amicalement. L’annuaire permit à Marcel d’entrer aussitôt en communication avec l’hôpital. Cinq minutes plus tard il entendait la voix de son camarade d’Auxerre lui répondre avec le plus joyeux accent :

– Toi, à Paris ! Nous déjeunons ensemble. Viens à Laënnec à midi. Vite je te quitte, car je cours aider mon patron qui va faire une opération passionnante.

« Passionnante ! Une opération ! » se répétait le pauvre professeur en s’acheminant à l’heure dite vers l’hôpital de la rue de Sèvres. « Faut-il qu’il l’aime, lui, son métier ! »

– Cette opération passionnante, quelle était-elle ? demanda-t-il d’abord à Cortet qui l’attendait à la salle de garde, encore vêtu de sa blouse d’interne.

– Une craniectomie pour tumeur du cervelet, répondit Cortet. Je voudrais que tu voies ce trépan, c’est un prodige d’intelligence actionné par une machine électrique. Il est bloqué dès qu’il ne rencontre plus de résistance. Il s’arrêtera juste à la dure-mère, sans l’entamer. Quelle merveille !

Marcel Breschet, malgré la fatigue du voyage et l’énervement de l’insomnie, retrouvait, à constater l’enthousiasme de Cortet ce vif intérêt que lui donnaient toujours les choses intellectuelles.

– Comme je t’envie ! dit-il à Cortet. Moi qui suis à Paris pour m’occuper de ma thèse sur le culte de Janus dans le monde romain !

– Et moi, répondit Cortet en riant, je bénis Janus qui me fait retrouver mon vieux copain. Tu es libre pour déjeuner ? – Et sur un signe de son ami : – Attends quelques instants, le temps d’enlever ma blouse et de me faire remplacer pour deux heures à la salle de garde.

Vingt minutes plus tard, ils s’asseyaient l’un à côté de l’autre, à la terrasse d’un restaurant du boulevard Montparnasse dont l’enseigne annonçait qu’il pratiquait la spécialité des mets régionaux.

– Nous sommes jeudi, fit l’interne en consultant la carte, justement le jour de notre pays. Nous allons voir si les plats morvandiaux d’aujourd’hui valent ceux de notre jeunesse. Tu te rappelles, ce jambon à la crème qui faisait nos délices à Auxerre ? Il faut que je t’organise un peu de plaisir à Paris pour te reposer le soir de ton Olympien. Malheureusement mon service d’hôpital ne me laisse pas beaucoup de temps.

– Mais celui qu’il te prend est si bien employé, à en juger par la séance de ce matin, répondit Marcel.

Le visage du carabin, bien régional lui-même, avec ses cheveux noirs plantés bas, ses yeux marrons et ses joues colorées, s’amertuma d’un mauvais sourire :

– Toutes les opérations ne se ressemblent pas, dit-il, et puis, ce n’est pas ça, la carrière. La carrière, c’est les concours à passer, d’abord l’adjuvat, le professorat, le bureau central, huit à dix ans de travail forcené. Et puis les camarades. Des concurrents souvent envieux – tu connais le proverbe : Indivia medicorum, – mauvais coucheurs, rosses ! Plus tard, il y a les clients et la bataille des honoraires, et, quand il s’agit des hauts postes, la tyrannie des facultaires officiels qui n’admettent pas le talent libre. Jusqu’ici, je n’ai pas eu à me plaindre. Le petit Morvandiau fait son petit bonhomme de chemin sans trop d’à-coups. Mais quand je songe aux angoisses qui me sont réservées !

– Où n’y en a-t-il pas ? dit Marcel.

– Mais dans ta profession à toi, répondit Cortet. Tu as passé ton agrégation. Tu passeras ta thèse. Tu ne dépends pas de l’aléa des concours et de l’humeur des malades. Tu dépends de tes idées.

– Si les choses sont comme tu le dis, objecta Marcel, qui apercevait le moyen d’amorcer l’enquête désirée par son père : comment se fait-il que nous voyions tant de femmes entrer aujourd’hui dans les carrières médicales ou paramédicales ? Précisément, continua-t-il, je suis chargé, durant ces quelques jours que je vais passer à Paris, d’une enquête sur une jeune fille, employée à l’Assistance publique et qui travaille dans un hôpital à titre de laborantine.

– Un métier nouveau, fit Cortet, toujours avec son mauvais sourire : une carrière féminine de plus, la manie de notre temps, le progrès ! Comme si une femme avait d’autre carrière raisonnable que de tenir son ménage et de faire des enfants. Si ta laborantine est dans un hôpital, elle est chimiste ou bactériologiste, c’est-à-dire spécialisée dans les microbes et les examens des inoculations au microscope. Ces filles gagnent de sept cents à mille francs par mois, pour vivre parmi les bacilles et ensemencer des milieux de culture. Il leur faut avoir passé leur bachot et fait trois ans d’études. Le progrès ! le progrès !… répéta-t-il. Mais d’abord, comment s’appelle ta laborantine ?

– Paule Gauthier, répondit Marcel.

– Et que veux-tu savoir...



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