E-Book, Französisch, 170 Seiten
Bove Le Meurtre de Suzy Pommier
1. Auflage 2019
ISBN: 978-3-96661-977-6
Verlag: Librorium Editions
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
E-Book, Französisch, 170 Seiten
ISBN: 978-3-96661-977-6
Verlag: Librorium Editions
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Emmanuel Bovey, né Emmanuel Bobovnikoff le 20 avril 1898 à Paris d'un père russe et d'une mère luxembourgeoise, est un écrivain français.À 14 ans, il décide de devenir romancier. Il suit sa scolarité à l'Ecole Alsacienne jusqu'en 1910. Il poursuit ensuite ses études au lycée Calvin de Genève. À cette période son père vit, sans avoir quitté sa mère, avec une anglaise Emily Overweg qui sera une rencontre déterminante pour son écriture. En 1915, il est envoyé en pension en Angleterre où il finit sa scolarité. En 1916, il revient à Paris où, il y vit dans une situation précaire.En 1921, il épouse Suzanne Vallois et s'installe dans la banlieue de Vienne. C'est en Autriche qui qu'il commence ses premiers livres, beaucoup de romans populaires publiés sous le pseudonyme de Jean Vallois. En 1922, il revient à Paris et vit seul.En 1923, sa femme le rejoint à Paris. La même année, il fait ses débuts dans le journalisme. En 1923, Colette remarque une de ses nouvelles et lui propose de le publier, il lui apporte alors Mes Amis dont la publication en 1924 sera un succès. En 1928, il rencontre Louise Ottensooser qui l'introduit dans les milieux artistiques. La même année il gagne le Prix Figuière.Durant la période qui suivit, il publie régulièrement jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. De mars 1940 à juillet, il est mobilisé comme travailleur. Souhaitant rejoindre Londres, il refuse la toute publication durant la période d'occupation. En 1942, il parvient à rejoindre Alger où il écrira ses trois derniers romans : le Piège, Départ dans la nuit et Non-lieu. Ces dernières uvres décrivent le milieu trouble de la collaboration et les incertitudes de l'époque. Il en publia deux : le Piège et Départ dans la nuit en 1945.De santé fragile, très affaibli par une maladie infectieuse contractée durant son exil algérien, Emmanuel Bove meurt le 13 juillet 1945 à l'âge de 47 ans de cachexie et défaillance cardiaque.
Autoren/Hrsg.
Weitere Infos & Material
II
HECTOR MANCELLE.
— Allô, allô… la police judiciaire ?
— Elle-même ! répondit Hector Mancelle, un jeune inspecteur, dont la principale occupation était de passer quotidiennement dans les hôtels du dix-septième arrondissement pour relever les noms des nouveaux locataires.
— Allô, allô !… venez vite. Suzy Pommier vient d’être assassinée.
Cette nouvelle ne parut surprendre en rien le jeune inspecteur.
— Qui est à l’appareil ? demanda-t-il avec le plus grand calme.
— Élisa, la femme de chambre.
— Je ne demande pas mieux que de venir, mais encore faudrait-il me donner l’adresse.
— 17, rue de l’Université.
— Bien.
Hector Mancelle raccrocha. Tranquillement, il alluma une cigarette, prit son chapeau qu’il avait posé sur son bureau, à côté de l’appareil téléphonique et, d’un pas alerte, sortit. Il suivit un long couloir en sifflotant, s’arrêta devant une porte vitrée et frappa. Personne ne répondit. Après avoir frappé une seconde fois, il poussa la porte et pénétra dans une pièce meublée d’une manière confortable. C’était le bureau du commissaire Piget. Après avoir jeté un regard circulaire, Mancelle ressortit et continua de suivre le long couloir. Lorsqu’il eut parcouru une dizaine de mètres, il s’arrêta devant une autre porte vitrée. Il frappa. On ne lui répondit pas davantage. Cette fois, il n’insista pas.
— Je vais y aller, murmura-t-il, puisque ni Piget ni Demartre ne sont là.
Il descendit un autre escalier et pénétra dans une sorte de pièce qu’on eût pu assimiler à une salle de garde. Deux hommes y jouaient aux caftes.
— André, suis-moi, dit-il, et ne m’interroge pas.
— Pourquoi ? demanda le plus jeune.
— Un crime a été commis. Une artiste lyrique vient d’être assassinée, précise Hector Mancelle avec emphase.
— As-tu prévenu Piget ?
— Il est absent.
— Et le service de l’identité judiciaire ?
— Il est absent. Pardon, je vais le faire tout de suite, devant toi.
Prenant un appareil téléphonique qui se trouvait à portée de sa main, il s’acquitta de cette nécessité.
— Eh bien, maintenant, il faut y aller. Sans quoi ils vont arriver avant nous et nous ne pourrons plus faire nos constatations.
Le policier qui répondait au prénom d’André jeta ses cartes avec mauvaise humeur et, à regret, suivit le jeune inspecteur.
Un quart d’heure plus tard, un taxi s’arrêtait devant l’immeuble portant le numéro 17 de la rue de l’Université. Hector Mancelle et André Tabouret en descendirent et se frayèrent un passage à travers l’attroupement qui s’était déjà formé.
— Mazette ! dit Mancelle en apercevant tout ce monde ainsi que la somptueuse maison où le crime avait été commis.
Car Hector Mancelle, bien qu’il suivit avec intérêt le mouvement artistique et littéraire de son pays, n’avait jamais entendu parler de Suzy Pommier. Dans son esprit, comme dans celui de son collègue, il s’agissait du meurtre banal d’une fille se disant, par besoin de considération, artiste. Aussi, avait-il eu soudain le pressentiment qu’il s’agissait d’une affaire autrement importante.
— Est-ce que tu connais ce nom-là, toi, Suzy Pommier ? demanda-t-il.
— Je ne l’ai jamais entendu. Pourtant, je suis un amateur de théâtre. Je connais Sarah Bernhardt, Réjane, Simone, mais je puis assurer que je n’ai jamais entendu parler de Suzy Pommier.
— Je suis en train de me demander si on ne ferait pas mieux de prévenir Piget, continua Hector Mancelle, inquiet. Qu’est-ce qu’on va prendre ! Il va croire qu’on a voulu lui souffler cette affaire.
Mais le jeune inspecteur n’en eut pas le temps. Le groupe de curieux, de voisins, venait de s’écarter respectueusement, comme lorsqu’un grand homme va mourir, devant les médecins venant en consultation.
— Il faut y aller, murmura Mancelle à son collaborateur qui, afin de ne pas passer le premier, faisait semblant de regarder le trottoir comme s’il avait perdu quelque objet.
À ce moment un vieil homme échevelé, mis modestement, ayant toutes les apparences d’un petit fonctionnaire, se précipita au-devant d’eux.
— Les inspecteurs, les inspecteurs ? interrogea-t-il d’une voix anxieuse.
— Eux-mêmes, répondit Hector Mancelle.
— Venez vite, je vous en supplie. Si vous saviez quelle chose affreuse. Mon Dieu, quelle horreur !
— Qui êtes-vous ? demanda froidement Mancelle tout en marchant.
— Le père, monsieur, le père de Suzy Pommier.
*
* *
La porte de l’appartement de l’artiste se trouvait à gauche, dans le grand hall de l’immeuble, si bien qu’on pouvait entrer et sortir de chez elle sans avoir besoin de passer devant la loge des concierges.
Des locataires de la maison, des fournisseurs, parlaient avec animation de ce crime étrange. Devant la porte de l’appartement, deux sergents de ville montaient la garde. Hector Mancelle leur fit un signe. Tout de suite, ils s’écartèrent.
— Quelqu’un est-il entré dans l’appartement, à part la femme de chambre qui, en prenant son service, a découvert le corps de sa maîtresse ? demanda Hector Mancelle en examinant la serrure de la porte.
— Moi, monsieur ? répondit un homme qui avait l’aspect d’un lad vieilli.
— Pour quelles raisons ?
— Je suis le concierge, monsieur. Lorsque la femme de chambre, affolée, est venue me trouver, je me suis rendu avec elle sur le lieu du crime pour m’assurer que Mlle Pommier était bien morte.
— Comment vous appelez-vous ?
— Antoine, monsieur.
— Il faut me dire votre nom de famille, précisa Hector Mancelle tout en continuant d’examiner la porte d’entrée.
— Jaubert.
— C’est bien. Ne vous éloignez pas. J’aurai certainement besoin de vous. Eh bien, maintenant, André, allons-y.
La clef était sur la serrure. L’inspecteur la tourna, et ils pénétrèrent dans l’appartement. Mais, tout de suite, ils s’arrêtèrent.
— Vous êtes la femme de chambre de Mlle Pommier ? demanda Hector Mancelle à une petite brunette en tablier blanc qui se trouvait près de lui.
— Oui, monsieur.
— Est-ce que vous couchez dans l’appartement ?
— Non, monsieur. Ma chambre est au sixième…
— Est-ce vous qui avez allumé ce lustre ?
La femme de chambre hésita une seconde, puis répondit :
— Non, monsieur. Il était allumé ce matin quand je suis descendue.
— Vous ne vous êtes pas dit que votre maîtresse avait oublié de l’éteindre ?
— Si, monsieur.
— Comment se fait-il, dans ce cas, que vous ne l’ayez pas éteint ?
— Je ne sais pas, répondit la domestique en se troublant.
— Vous aviez sans doute l’intention de mettre de l’ordre dans cette entrée ?
— Oui, monsieur.
— Veuillez me conduire dans votre cuisine.
Tremblante de peur, la domestique obéit.
— Ceci est la porte de l’escalier de service, n’est-ce pas ? demanda l’inspecteur.
— Oui, monsieur.
Hector Mancelle semblait se soucier fort peu de la jeune fille. Il regardait les murs autour de lui, paraissant chercher quelque chose.
— J’ai l’impression, dit-il, que Mlle Pommier était une excellente maîtresse de maison. Ne vous avait-elle pas fait un emploi de votre temps ?
— Si, monsieur. Il est dans l’office !
L’inspecteur le parcourut, puis se tourna vers la femme de chambre.
— Aujourd’hui mercredi, il n’est pas question de l’antichambre. Vous deviez, en descendant, faire la salle à manger.
Sans attendre de réponse, il revint sur ses pas. Après avoir encore longuement examiné l’entrée, il entra dans le salon. Les volets étaient fermés. Pourtant il y faisait très clair. Sans s’attarder, il pénétra dans la chambre à coucher. Un désordre qui, à première vue, n’avait rien d’extraordinaire, régnait dans la pièce. Le lit était défait. Des vêtements jonchaient le sol.
Il s’avança ensuite vers la salle de bains dont on apercevait un lavabo par la porte entr’ouverte. Un spectacle horrible s’offrit alors à ses yeux. Suzy Pommier gisait, morte, dans sa baignoire. La tête à demi cachée sous l’eau, les genoux relevés comme ceux d’un enfant qui vient de naître, les traits déformés par la douleur, les bras tordus, absolument nue, on ne pouvait la regarder sans frémir.
— C’est pénible, murmura l’inspecteur en allumant une cigarette et en secouant à trois ou quatre reprises l’allumette pour l’éteindre.
Il appela la femme de chambre.
— Est-ce que votre maîtresse avait l’habitude de prendre un bain le soir avant de se coucher ?
— Oui, monsieur.
— Est-ce vous qui avez préparé ce bain ?
— Non, monsieur. Madame m’avait donné deux places pour la présentation de son film, et, supposant que je ne serais pas seule, elle m’avait dispensée de revenir.
— Avez-vous été à cette...




