Bove | Le Piège | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 198 Seiten

Bove Le Piège


1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-322-20918-7
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 198 Seiten

ISBN: 978-2-322-20918-7
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
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Le pessimisme de Bove dont j'avais eu un aperçu avec l'excellent roman le pressentiment agit comme une chape d'enfermement ,le lecteur se trouvant lui aussi oppressé , pris au piège lui même de cette lecture angoissante , dont il ne percevra que quelques contours obscurs , mouvants , sans assise franche où chaque ...

Emmanuel Bove, né le 20 avril 1898 à Paris 14e où il est mort le 13 juillet 1945 dans le 17e, est un écrivain français, connu également sous les pseudonymes de Pierre Dugast et Emmanuel Valois.
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CHAPITRE 2


Le bureau de Paul Basson se trouvait dans une chambre de l’hôtel des Célestins aux deux fenêtres de laquelle pendaient des rideaux de mousseline blanche. Paul Basson était depuis un mois attaché à la Direction générale de la Police nationale. Quand Bridet entra, il se leva et vint serrer la main de son ancien camarade d’études et de journalisme.

Bridet éprouva alors cette impression de gêne que nous donne un homme avec lequel nous avons vécu dans la même dépendance, quand nous le retrouvons tout à coup actif et puissant. Il n’y avait aucun papier, aucun dossier sur le bureau, mais un bouquet d’œillets de serre dans un vase de cristal. Bridet s’assit dans un fauteuil. Jamais Basson n’avait embelli sa chambre de garçon et maintenant, dans son bureau de policier, des fleurs embaumaient l’air. Ce détail trahissait un inquiétant état d’esprit.

— Je suis venu te voir, dit Bridet, pour te demander un appui.

— C’est tout à fait normal. Qu’est-ce que tu deviens ?

— Pas grand-chose.

Basson jeta un coup d’œil par la fenêtre sur les pelouses et les arbres du parc. On n’eût jamais dit que l’armistice datait à peine de quatre mois. Comme un veuf courageux, il avait refait sa vie. La maison était encore neuve. On s’y sentait un peu comme dans une exposition, la veille de l’inauguration. C’était naturel après un si grand malheur.

— Voilà de quoi il s’agit, dit Bridet. Je veux servir mon pays. Je veux être utile. Le Maréchal a pris nos destinées en main. Nous n’avons plus le droit de nous demander si nous aimons ou si nous n’aimons pas celui qui nous gouverne. Il faut le prendre tel qu’il est. Quant à moi, je suis persuadé que Pétain nous sauvera tous.

À ce moment Basson eut une expression assez inattendue de mauvaise humeur. Il prononça deux ou trois mots sans suite, s’arrêta, puis dit enfin avec une grande froideur :

— Ne parle pas du Maréchal.

Bridet le regarda avec surprise.

— Pourquoi ?

— C’est une remarque que je me permets de te faire. Ne parle jamais du Maréchal. Ne dis jamais qu’il faut le suivre. On croira que tu es contre lui. Et cela me serait très désagréable.

Bridet comprit qu’il avait été maladroit. Du moment qu’il allait voir Basson, il était évident qu’il était pour le gouvernement. Toute explication était superflue et avait une odeur de justification.

Basson alla s’asseoir derrière son bureau.

— Qu’est-ce que tu attends de moi ? demanda-t-il comme si rien ne s’était passé.

— Je ne sais plus comment te parler… Je ne pensais pas mal faire…

— Je t’en prie, laissons cela. Qu’est-ce que tu attends de moi ?

— Je t’ai dit que je voulais servir mon pays. Et j’ai pensé que je pouvais par exemple être envoyé au Maroc, travailler à resserrer les liens, comme on dit, entre la Métropole et l’Empire.

— Pourquoi : « comme on dit » ?

— Je ne sais pas. Resserrer les liens est une expression banale. « Comme on dit » te choque ?

— Et pourquoi particulièrement au Maroc ?

— Au Maroc ou ailleurs. Cela m’est égal.

— Tu veux t’en aller ?

— Non. J’ai simplement l’impression que je ne suis ici d’aucune utilité.

— Tu te trompes. Tu peux être très utile. Nous avons une tâche immense à accomplir. Nous ne serons jamais trop nombreux pour reconstruire la France.

— Je suis de ton avis.

— Toi ! de mon avis !

— Oui.

Basson regarda son ami comme un prêtre regarderait un acteur de café-concert.

— Je ne savais pas que tu étais si préoccupé de l’avenir de la patrie, continua Basson.

— Je ne l’étais pas, mais il s’est passé des événements qui m’ont changé.

— Alors, tu veux reconstruire la France !

— Je veux faire ce que je peux.

— Au fond, tu ne sais pas très bien ce que tu veux faire.

— Tu as peut-être raison…

— Mais il y a une chose que tu sais, c’est que tu veux quitter la France.

— Non.

— Tu viens de le dire toi-même.

— Je viens de dire que je voulais servir mon pays.

Basson tenait un porte-mine entre ses doigts. Il dessinait des majuscules sur une enveloppe. Et tout en parlant, il paraissait profondément absorbé par cette occupation.

— Tu veux vraiment servir ton pays ?

— Naturellement. Si je ne le voulais pas, je ne serais pas venu te trouver. J’aurais été tranquillement vivre dans le Berry, chez ma mère.

Basson parut frappé par cet argument.

— Alors, tu veux partir ! dit-il.

— Je crois qu’il est de l’intérêt du gouvernement d’envoyer des gens sûrs aux colonies.

Basson dessinait toujours.

— Et Yolande ?

— Elle est à Lyon. Nous sommes tous les deux à Lyon. Je te l’ai déjà dit.

— Elle te suivrait ?

— Oh, je ne le crois pas. Tu sais qu’elle a un magasin. Elle veut rentrer à Paris.

— Et toi, tu ne veux pas ?

Bridet se rendit compte qu’il devait mentir à nouveau.

— C’est ce que je ferai peut-être si je m’ennuie chez ma mère et si je ne pars pas.

— Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi tu ne collabores pas aux journaux. Ils sont justement tous à Lyon.

En prononçant ces mots, Basson ferma les yeux à plusieurs reprises, comme s’ils lui faisaient mal.

— Ça me dégoûte un peu, dit Bridet. Tous ces journaux jouent un double jeu.

Basson releva la tête pour la première fois.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda-t-il.

Bridet n’osa pas parler du Maréchal.

— Ils ne sont pas sincères, répondit-il.

— Tu veux dire qu’ils font semblant d’être avec nous et qu’ils ne le sont pas.

— C’est ça.

— Et ça te dégoûte ?

— Naturellement. Je ne serais pas dans ton bureau sans cela.

— Ça te dégoûte vraiment ?

— Je viens de te le dire.

— Oui, je sais, on peut le dire.

Bridet éprouva un malaise. Il regarda autour de lui. Pourrait-il sortir tout à l’heure ? Ce bureau n’était-il pas celui d’un des chefs de la police ? Basson était-il vraiment un ami ?

— Alors c’est au Maroc que tu veux aller ? demanda ce dernier.

— Oui, je veux aller au Maroc, répondit Bridet, sans penser à ce qu’il disait.

N’aurait-il pas dû dire plus nettement, tout à l’heure, qu’il était pour Pétain ? La remarque de Basson l’avait arrêté. Il sentait qu’ici les paroles n’avaient aucune valeur. C’était un peu comme dans un tribunal. Il fallait pourtant mettre les choses au point.

— Tu m’as dit tout à l’heure, continua Bridet, que cela t’était désagréable que je parle de Pétain. Mais tu oublies qu’il y a longtemps que nous nous sommes vus. Tu ne sais pas ce que je pense. Et je veux que tu le saches.

Basson sourit.

— Je constate que tu es nerveux.

— Il y a de quoi. Tu as l’air de douter de moi.

— Moi ? Douter de toi ? Tu te l’es imaginé. Tu penses bien que si j’avais le moindre soupçon sur ta sincérité, tu ne serais pas ici dans mon bureau.

Bridet sentit une contraction au creux de l’estomac. Par réaction instinctive il sourit à son tour.

— Tu as raison. Je suis nerveux. J’ai eu tellement d’ennuis…

— Oui, et quels ennuis ! Je sais ce que c’est.

Basson se leva. Comme s’il s’apprêtait à sortir, il mit ses cigarettes et son briquet dans sa poche. Puis il se rassit. Bridet se leva à son tour.

— Ne t’en va pas déjà, dit Basson. J’ai quelque chose d’important à te dire.

Bridet se rassit ! Il regarda son ami avec une légère inquiétude.

— Quelque chose de très important, continua Basson.

— Quelle chose ? demanda Bridet.

— Je veux te donner un conseil, un conseil d’ami.

— Tu veux me donner un conseil ?

— Oui. Et ce conseil, c’est : fais attention.

Bridet sentit sa salive devenir amère.

— Pourquoi ? demanda-t-il en feignant un profond étonnement.

— Je te le répète : fais attention.

— Mais pourquoi ?

— Fais attention et ne fais pas l’imbécile.

— Il y a un danger ?

— Il va t’arriver une histoire.

— À moi ?

— Oui, à toi.

— Quelle histoire ? Pourquoi ?

— Tu es assez intelligent pour me comprendre. Maintenant parlons d’autre chose. Est-ce que Yolande ne va pas venir te rejoindre ici ?

— Quelle histoire ? Il faut que tu me dises de quoi il s’agit.

— Non, non, parlons de Yolande.

À ce moment, la petite sonnerie sourde du téléphone intérieur retentit. Basson parla quelques instants et comme si Bridet l’interrompait, il lui fit signe à plusieurs reprises qu’il ne fallait pas insister, qu’il ne lui dirait rien.

— Faites entrer, dit-il enfin avant de raccrocher.

Puis s’adressant à Bridet il continua :

— J’ai quelqu’un à recevoir. Veux-tu sortir et attendre un instant au salon. Je te ferai appeler dès que je serai libre.

— Tu m’expliqueras ce que tu as voulu dire.

— Non, non, je te l’ai déjà dit, nous parlerons de Yolande, de nos amis, de tout, mais pas de politique.

— C’est à cause de la politique ?

— Ne me pose pas de questions, je ne veux pas te répondre.

* * *

Bridet...



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