Bove | L'impossible Amour | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 226 Seiten

Bove L'impossible Amour


1. Auflage 2019
ISBN: 978-3-96610-722-8
Verlag: Librorium Editions
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 226 Seiten

ISBN: 978-3-96610-722-8
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Florent a choisi la peinture en dépit de sa mère qui rêvait pour lui dune carrière dans la diplomatie. Devant la Femme au Gant, au Musée du Luxembourg, il rencontre Danièle qui le laisse ébloui. Il nen dort pas de la nuit. Mais Danièle, qui ne tarde pas à laimer, est lhéritière fortunée dune famille respectable et promise à un comte bien plus âgé quelle. Et Florent, bien quon lui prédise une carrière prometteuse, ne connaît pas son père, ni vraiment la position sociale de sa mère dont on peut soupçonner les ' écarts '

Emmanuel Bovey, né Emmanuel Bobovnikoff le 20 avril 1898 à Paris d'un père russe et d'une mère luxembourgeoise, est un écrivain français.À 14 ans, il décide de devenir romancier. Il suit sa scolarité à l'Ecole Alsacienne jusqu'en 1910. Il poursuit ensuite ses études au lycée Calvin de Genève. À cette période son père vit, sans avoir quitté sa mère, avec une anglaise Emily Overweg qui sera une rencontre déterminante pour son écriture. En 1915, il est envoyé en pension en Angleterre où il finit sa scolarité. En 1916, il revient à Paris où, il y vit dans une situation précaire.En 1921, il épouse Suzanne Vallois et s'installe dans la banlieue de Vienne. C'est en Autriche qui qu'il commence ses premiers livres, beaucoup de romans populaires publiés sous le pseudonyme de Jean Vallois. En 1922, il revient à Paris et vit seul.En 1923, sa femme le rejoint à Paris. La même année, il fait ses débuts dans le journalisme. En 1923, Colette remarque une de ses nouvelles et lui propose de le publier, il lui apporte alors Mes Amis dont la publication en 1924 sera un succès. En 1928, il rencontre Louise Ottensooser qui l'introduit dans les milieux artistiques. La même année il gagne le Prix Figuière.Durant la période qui suivit, il publie régulièrement jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. De mars 1940 à juillet, il est mobilisé comme travailleur. Souhaitant rejoindre Londres, il refuse la toute publication durant la période d'occupation. En 1942, il parvient à rejoindre Alger où il écrira ses trois derniers romans : le Piège, Départ dans la nuit et Non-lieu. Ces dernières uvres décrivent le milieu trouble de la collaboration et les incertitudes de l'époque. Il en publia deux : le Piège et Départ dans la nuit en 1945.De santé fragile, très affaibli par une maladie infectieuse contractée durant son exil algérien, Emmanuel Bove meurt le 13 juillet 1945 à l'âge de 47 ans de cachexie et défaillance cardiaque.
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II

LA CROIX-ROSE


Florent Maugas avait eu une enfance malheureuse. Aussi loin qu’il remontait dans le passé, il ne trouvait aucune de ces périodes dont on aime à se souvenir. Élevé par une mère qu’encore aujourd’hui il ne parvenait à situer socialement, mais dont il soupçonnait les écarts, il avait passé toute son enfance livré pour ainsi dire à lui-même. Dès l’âge de douze ans, il avait déjà couvert des carnets entiers de dessins. À seize ans, il eut comme la révélation qu’il était destiné à devenir un grand peintre.

À partir de ce jour, il ne vécut plus qu’avec cette idée, au grand mécontentement de sa mère, à qui de nombreuses aventures sentimentales dans les milieux les plus divers avaient donné, on ne sait trop pourquoi, un profond respect pour la diplomatie, et qui rêvait de voir un jour son fils attaché d’ambassade. Puis, un beau jour, elle avait disparu. Florent était alors entré à l’École des Beaux-Arts. Il y était resté peu de temps, contraint qu’il avait été de gagner sa vie en même temps. Finalement, sa persévérance avait été récompensée. Il avait exposé trois années de suite aux Artistes Français, ce qui lui avait attiré de petites commandes.

Au lendemain du fameux après-midi où il avait attendu en vain la jeune fille qu’il avait rencontrée devant la Femme au gant, une profonde lassitude s’empara de lui. La déception avait été trop grande. Et ce jour, et ceux qui suivirent, il retourna au jardin du Luxembourg avec l’espoir de retrouver celle dont le souvenir ne le quittait pas. Une semaine douloureuse s’écoula ainsi. Puis il fallut songer à travailler. Le portrait d’Irène Papin attendait d’être terminé. Un matin, il se décida à se rendre chez le père de son modèle. Contre son attente, il fut reçu avec beaucoup de cordialité. M. Papin lui offrit un verre d’un cognac qui lui venait de son frère.

Le lendemain, Irène revint poser. Lorsqu’il eut terminé ce portrait, il feignit de le trouver manqué de manière à le conserver, en refit un autre sans conviction qu’il donna à Irène pour la remercier d’avoir si aimablement posé pour lui. Quand l’été vint, il partit avec un camarade, un certain Piat, pour la Bretagne où durant deux mois, vêtu d’un bourgeron et chaussé de sandales, il ne fit que du paysage. Septembre arriva, avec ses soirées fraîches. Il rentra à Paris. Six mois s’étaient écoulés depuis qu’il avait rencontré l’inconnue et il ne s’était pas encore passé de journée qu’il n’eût songé à elle. C’était le soir, de préférence, quand il était certain de ne plus être dérangé, que par un effort de mémoire et de volonté il la faisait revivre devant lui. Il la revoyait alors aussi distinctement que ce fameux après-midi, au musée. Puis leurs regards se croisaient. Il lui semblait qu’elle allait lui parler, lui dire pourquoi elle n’était pas venue, lui avouer, dans un souffle, qu’elle l’aimait et que c’était parce qu’elle avait peur d’elle-même qu’elle l’avait fui. Il retenait sa respiration, mais l’image s’évanouissait et il demeurait plus seul que jamais. Il lui fallait alors pleurer pour détendre ses nerfs et ce n’était que tard dans la nuit qu’il parvenait à s’endormir.

*

Il y avait une quinzaine de jours que Florent était rentré à Paris, lorsqu’un matin sombre et pluvieux, il fut pris d’un tel désespoir qu’il décida d’aller voir son camarade Piat pour tout lui raconter. Mais, en cours de route, il changea d’avis. N’eût-ce pas été ternir son amour que de le révéler à un étranger, à un ami même ? Sa souffrance, seul au monde il pouvait la comprendre. La dévoiler, c’était aller au-devant de consolations qui ne pourraient être que superficielles et qui, pour cette raison, ne feraient qu’accroître son désarroi. Un instant, il songea à retourner cité Seurat. Mais il n’en eut pas le courage. La perspective de se retrouver dans cet atelier auquel le sort avait donné le numéro 7, seul avec lui-même, entre six ateliers le précédant et quatre le suivant, était trop triste.

La pensée lui vint alors de faire un tour à l’École des Beaux-Arts. Il reverrait peut-être d’anciens camarades. En revivant le passé, il oublierait le présent. Ce fut ainsi qu’il apprit qu’une certaine Mme Gaston Lacour-Dupuy organisait une grande vente de charité, dans son hôtel de l’avenue Kléber, au profit de la Croix-Rose, œuvre qu’elle avait fondée pour les nourrissons des troisième, douzième, treizième, dix-neuvième et vingtième arrondissements.

Elle demandait à tous les artistes sans distinction d’Écoles de contribuer au succès de cette vente en permettant qu’une ou plusieurs de leurs œuvres fussent vendues aux enchères américaines, en échange de quoi leur serait remise une carte de membre bienfaiteur. Florent songea au portrait qu’il avait fait d’Irène Papin, qui était, comme il disait, « sa chose la plus réussie ». Il l’avait terminé sur le coup d’une si grand déception ! Et il y avait mis tout son cœur. Puisqu’il n’avait plus l’espoir de revoir jamais celle qui l’avait inspiré, ne valait-il pas mieux qu’il se séparât de tout ce qui la lui rappelait ? En remettant ce portrait à une bonne œuvre, comme un homme riche l’eût fait de sa fortune, tout en parvenant à ses fins, il ne reniait rien.

*

Mme Gaston Lacour-Dupuy qui, en même temps qu’elle avait demandé aux artistes de l’aider dans la lutte qu’elle livrait à l’égoïsme du monde, s’était adressée également à diverses corporations d’artisans, le temps où la charité n’était pratiquée que par certaines classes privilégiées étant selon elle révolu, remerciait personnellement tous ceux qui lui faisaient parvenir un don. Au reçu du portrait de Mlle I. P. elle avait écrit la lettre suivante à Florent Maugas :

« Monsieur, au nom de la Croix-Rose et en mon nom personnel, je tiens à vous remercier vivement de contribuer au succès de la vente que j’organise le quinze octobre, comme vous le savez, en mon hôtel. Mon rôle est ingrat. Il consiste à solliciter sans cesse. Vous me pardonnerez donc, j’en suis certaine, de ne pas me montrer entièrement satisfaite. Oh ! ne croyez pas que je trouve insuffisant le don que vous avez eu l’extrême générosité de nous faire parvenir. Au contraire. Et c’est justement pour cela que je me permets de vous demander d’assister à notre fête, votre présence ne pouvant qu’augmenter la valeur du portrait de Madame I. P. (…) »

Florent Maugas était très susceptible. Aussi fut-il un peu froissé par cette lettre. Mais quand on souffre, ne trouve-t-on pas souvent un apaisement à être méconnu et mal compris ?

Le 15 octobre, comme le lui avait demandé Mme Gaston Lacour-Dupuy, Florent se rendit à la vente de charité. Il était loin d’éprouver cette petite satisfaction que trouve d’habitude un artiste à être associé au succès de son œuvre. Il ne cessait de songer à cette jeune fille inconnue qui avait bouleversé son existence, simplement en la traversant un instant. Quoiqu’il fît, son image le poursuivait. « Je suis quand même ridicule, se disait-il parfois. Il a suffi de quelques instants pour que je perde la tête au point que six mois plus tard je suis encore incapable de penser à autre chose. Cela n’est pas naturel. Eût-elle été dix, cent fois plus belle qu’elle ne l’est, que… » Il s’efforçait de penser à autre chose, en vain. Les yeux bleu-ciel de l’inconnue se multipliaient. Il portait les mains à son front. Comme pris d’un vertige, il lui semblait qu’il titubait, qu’il allait tomber. Il tombait. On le relevait. Il croyait entendre que des passants compatissants disaient qu’elle seule pourrait le sauver, qu’il fallait la chercher, la conduire à son chevet, cela par humanité. Une seconde s’était écoulée. Tout cela n’était qu’un rêve, affreux parce que la réalité paraissait si terne après !

Il traversa un grand hall où se pressait une foule élégante. Partout, des comptoirs étaient dressés. On y vendait les produits les plus divers, jusqu’à de l’épicerie. Des banderoles de couleur flottaient doucement au plafond. On y lisait, en lettres gothiques, comme une procession en l’honneur de Jeanne d’Arc, la Croix-Rose. Sur la troisième ou quatrième marche d’un escalier que gardaient deux lions de marbre, beaucoup plus petits que nature, de la taille d’un chien, mais d’un abandon remarquable, Mme Gaston Lacour-Dupuy essayait d’obtenir le silence. Quant aux vendeuses, on les reconnaissait toutes à leur uniforme : robe blanche, semblable à celle des infirmières, n’eussent été un charmant décolleté en rond et la croix rose brodée sur le cœur, légère comme une libellule.

Florent était étourdi. Il ne connaissait personne dans cette foule. À un valet de pied, il demanda s’il n’y avait pas une salle où avaient été réunies les peintures. Peu après, il pénétrait dans un boudoir où plusieurs tableaux, chacun porteur d’un numéro, avaient été posés provisoirement sur les fauteuils et sur les consoles. Masqué en partie par une toile plus petite, il reconnut dans un coin le portrait de Mlle I. P. À ce moment, une dame à cheveux blancs, portant à son corsage la rosette de la Légion d’honneur, s’avança vers lui.

— Vous êtes sans doute, monsieur,...



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