Charmes / Mon Autre Librairie | L'avenir de la Turquie | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 282 Seiten

Charmes / Mon Autre Librairie L'avenir de la Turquie

Le panislamisme
1. Auflage 2019
ISBN: 978-2-491445-07-2
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

Le panislamisme

E-Book, Französisch, 282 Seiten

ISBN: 978-2-491445-07-2
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
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Une étude fouillée des rouages de l'Empire Ottoman à la fin du XIXe siècle. Le géant disparate et mal intégré a été très affaibli par les conflits armés avec l'Europe ; il n'en a pas moins gardé ses rêves de grandeur. Mais le sultan est aussi calife, et les pouvoirs politique et religieux s'entremêlent, brouillant les domaines de compétence. L'absolutisme bloque toute tentative de réforme. Si l'on adhère à l'idée que le présent est le fruit du passé et la graine de l'avenir, cette étude brillante offre de nombreuses et importantes clés de compréhension à la géopolitique du XXIe siècle. (Édition annotée.)

Gabriel Charmes, Aurillac 1850 - Paris 1886. Journaliste au Journal des Débats et au Soir, il fut très tôt atteint de la tuberculose, qui devait l'emporter prématurément. C'est pour chercher des climats plus favorables à une éventuelle guérison qu'il passa les hivers de 1878 et 1879 en Égypte, et axa sa carrière sur l'exploration du Moyen-Orient, où il fit de nombreux voyages qui lui donnèrent matière à plusieurs livres très documentés.
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Une excursion à Athènes

Les effets de la crise hellénique

La Grèce traverse une crise qui exercera sur son avenir une influence décisive. À la suite des derniers événements d’Orient, ses espérances trompées, ses ambitions déçues ont éveillé en elle un sentiment de dépit qui s’est traduit d’abord par un vif découragement. Peu à peu néanmoins les choses ont paru changer de face. L’homme qui s’était joué avec le plus d’ironie des illusions de la Grèce, qui les avait provoquées avec le plus d’énergie pour les dissiper ensuite avec le plus de rapidité, lord Beaconsfield, est tombé du pouvoir, laissant la direction de la politique anglaise entre les mains d’un illustre philhellène, M. Gladstone. La conférence de Berlin n’a pas tardé à prouver que ce changement de personnes entraînerait un changement dans les dispositions de la diplomatie européenne envers la Grèce. C’est à peine si lord Beaconsfield consentait à céder quelques districts de la Turquie au royaume hellénique ; M. Gladstone a obtenu pour lui la cession, platonique il est vrai, de deux provinces. Le succès était grand, du moins en apparence. Faut-il s’étonner qu’il ait grisé les Grecs ? Une race aussi hardie, aussi prompte à la confiance, aussi convaincue de la grandeur de ses destinées, devait s’enflammer immédiatement à l’idée d’obtenir, de la main de l’Europe, un agrandissement de frontières qui réalisait, qui dépassait même toutes ses prétentions. En quelques semaines, la Grèce, dont l’armée n’était qu’un mythe, a réuni soixante mille hommes sous le drapeau de Saint-Georges ; en quelques semaines aussi, elle a doublé son budget. De 50 millions de drachmes, elle l’a élevé à plus de 100 millions ; seulement, comme il est beaucoup moins facile d’augmenter les recettes que les dépenses, c’est au moyen d’emprunts qu’elle a cherché à combler un déficit qui, pour deux années, se montait à 121.773.162 drachmes. Ayant ainsi engagé son avenir financier et militaire, s’étant acculée à la guerre ou à la révolution et à la banqueroute, elle s’est tournée vers les puissances pour leur demander le moyen de mettre à exécution les résolutions de la conférence de Berlin. Mais de nouveaux changements venaient de se produire en Europe : la malencontreuse expédition de Dulcigno avait usé l’entente internationale ; les affaires d’Irlande et du Transvaal absorbaient M. Gladstone ; la France rentrait dans son recueillement, l’Allemagne dans son égoïsme. Au lieu des secours effectifs qu’ils attendaient, les Grecs ont reçu des conseils de prudence et de modération qui arrivaient bien tard et qui ont paru bien cruels à un peuple fatigué de tout espérer et de ne rien obtenir.

J’étais à Athènes au moment où la triste vérité a commencé à luire aux yeux des Grecs. Le spectacle qu’offrait la ville était des plus curieux : partout on croisait des bataillons allant à l’exercice, des escadrons de cavalerie se rendant à la manœuvre ; des soldats, des officiers, des canons débouchaient de toutes les rues, obstruaient toutes les places. C’était un va-et-vient militaire continu. Le bruit des sonneries de clairons et des fanfares se faisait entendre dès l’aurore et se prolongeait jusqu’au coucher du soleil. Lorsqu’on se promenait dans les ruines de l’Acropole, des décharges incessantes de mousqueterie, partant de l’Agora, du Pnyx, de la colline des Muses, venaient troubler le silence des souvenirs antiques et ramener l’imagination, prête à s’égarer dans le siècle de Périclès ou de Démosthène, aux réalités les plus contemporaines. Je dois dire cependant que les fusils et les canons seuls traduisaient l’excitation publique de la Grèce. Rien de plus calme en apparence que cette ville d’Athènes où, d’après les récits des Grecs, soufflait un vent de colère, de révolution et de guerre ! Je dois dire encore qu’un très grand nombre de soldats qu’on y voyait appartenaient, non à la Grèce proprement dite, mais aux colonies grecques de la Turquie et de l’Europe. En Grèce, les réfractaires abondaient ; mais en revanche, des nuées de volontaires arrivaient chaque jour de tous les pays grecs restés sous la domination ottomane. On les recevait d’abord avec enthousiasme, puis avec une certaine inquiétude. Il est certain qu’ils constituent pour la Grèce un double danger. Si la guerre éclate, pourront-ils rester dans l’armée hellénique ? Non, sans doute ; car la Turquie s’empressera de déclarer que tous ceux de ses sujets qui seront pris dans les rangs de cette armée seront fusillés comme ayant passé à l’ennemi. Dès lors la Grèce s’expose à voir, au début des hostilités, une partie des forces qu’elle aura réunies à grands frais disparaître et fondre. Mais c’est là le moindre des périls que les volontaires grecs font courir au royaume hellénique. Ce sont eux qui le forceront peut-être à se battre, malgré les avertissements de l’Europe, malgré les conseils du bon sens. Est-il possible, en effet, de les renvoyer dans leurs foyers sans avoir mis leur courage à l’épreuve, sans avoir usé de leur dévouement ? Ils y rentreraient dégoûtés, persuadés qu’il n’y a plus aucun fond à faire sur la Grèce, résignés à se jeter dans les bras du premier peuple qui leur offrirait de les délivrer du joug ottoman. Les hommes d’État d’Athènes sont beaucoup trop fins pour se faire illusion sur les chances que leur offrirait une guerre avec la Turquie ; mais il leur semble que la défaite vaudrait mieux qu’une défaillance nationale où s’éteindraient pour toujours les espérances du monde hellénique.

Je n’ai pas le dessein d’étudier ici la situation de la Grèce, ni de rechercher la conduite qu’elle devrait tenir pour sortir de la crise actuelle sans compromettre ses destinées. Il m’a semblé seulement qu’à la veille d’événements décisifs pour l’avenir d’un pays auquel se rattachent tant de glorieux souvenirs, tant de généreuses illusions, tant de légendes et d’émotions poétiques, il y avait quelque intérêt à se demander ce qu’il a fait depuis sa délivrance, s’il s’est montré digne de l’indépendance, s’il a mérité les critiques qu’on lui a quelquefois adressées ou les louanges que des amis maladroits ont eu le tort de lui prodiguer. Pour traiter à fond un pareil sujet, il faudrait avoir visité la Grèce dans toutes ses parties, en avoir parcouru les provinces, avoir vu fonctionner de près ses institutions administratives, avoir fait en un mot une série d’observations que je n’ai point faites et dont je ne saurais me passer, à l’exemple de ces voyageurs qui tirent des conclusions de détails qu’ils ignorent et qu’ils supposent avec une déplorable légèreté. Mais la création d’une capitale est pour une nation la première condition d’existence. Le génie de chaque peuple se reflète plus ou moins dans la ville où se concentre sa vie politique, intellectuelle et morale. « Je ne suis Français, disait Montaigne, que par cette grande cité de Paris, la gloire de la France et l’un des plus nobles ornements du monde. » Presque tous les pays pourraient en dire autant de leur capitale. Les Grecs en particulier ne seront vraiment Grecs que par Athènes, s’ils parviennent à vaincre l’esprit de clocher, le patriotisme local et provincial qui a été leur perte dans l’antiquité et qui risque encore de causer un jour leur ruine. Plus que personne ils ont besoin d’une vigoureuse unité pour résister aux causes de dissolution dont ils sont environnés. Menacés d’être engloutis sous l’inondation slave, qui pressera toujours d’un poids énorme la digue fragile de leurs frontières, placés en face de races prêtes à les écraser par le nombre et par l’énergie militaire, ils ne peuvent se sauver qu’en réunissant leurs forces, qu’en les formant en faisceau, qu’en organisant à côté des grandes agglomérations voisines une individualité nationale bien distincte, douée d’une vie originale ayant un caractère très tranché, opposant aux qualités puissantes de ses rivales les qualités fines et brillantes dont ils retrouveront la tradition dans les souvenirs de leur incomparable passé. Sous ce rapport, le choix d’Athènes comme capitale a été une heureuse inspiration. C’est à elle que devait revenir la maîtrise de la Grèce moderne. Aujourd’hui, Sparte serait bientôt vaincue ; son génie brutal périrait dans des luttes inégales ; les masses slaves engloutiraient sans peine les petits bataillons d’élite avec lesquels elle chercherait à suspendre leur marche. Qui sait, au contraire, si l’esprit charmant d’Athènes ne parviendrait pas à les arrêter ? Quoi qu’en pensent les sceptiques, les forces morales jouent un grand rôle dans les choses de ce monde, et ceux qui sont dépourvus de forces matérielles peuvent encore y chercher sans témérité une espérance de salut.

I

La ville d’Athènes ne ressemble plus à celle que M. Edmond About a décrite : on se rappelle le tableau ; il était trop spirituel pour n’être pas resté dans toutes les mémoires. Était-il exact ? Je n’oserais l’affirmer. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a cessé de l’être. On ne dort plus en plein vent dans les rues d’Athènes ; la malpropreté n’y est plus repoussante ; je n’y ai rencontré qu’un petit nombre de corbeaux morts, de poules écrasées, de chiens en décomposition. La police ne permet plus aux propriétaires de creuser de grands trous à chaux devant leurs maisons. Les ruisseaux y sont toujours fort sales parce que l’eau, trop peu abondante, n’y court jamais ; mais ils ne produisent plus de cloaques. Les hôtels ressemblent à...



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