E-Book, Französisch, 380 Seiten
Edersheim La société juive à l'époque de Jésus-Christ
1. Auflage 2023
ISBN: 978-2-322-49050-9
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
E-Book, Französisch, 380 Seiten
ISBN: 978-2-322-49050-9
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Alfred Edersheim (1825-1889) est né à Vienne, dans une famille juive qui parlait couramment l'anglais, et qui lui fit apprendre l'hébreu dans la Torah et le Talmud. Converti au christianisme à vingt ans, il devint pasteur de l'Église libre d'Écosse, dans la Vieille Aberdeen, après une année de missionnariat auprès des Juifs roumains. D'une santé fragile il dut ensuite se déplacer, vers le sud : à Torquay, puis à Oxford, où il donnait des cours sur la Septante ; il est mort en France, à Menton. On retient de lui plusieurs ouvrages, dans lesquels il éclaire les textes bibliques par sa connaissance de première main de la culture et de la littérature juives : Histoire de la Bible en sept volumes, Le Temple, ses ministres, son culte au temps de Jésus-Christ, Histoire de la Nation Juive, La Vie et les Temps de Jésus le Messie, etc. L'un deux, que nous rééditons ici, Sketches of Jewish Social Life, fut traduit en français par le pasteur Gustave Roux, et parut en 1896. Il ne fait pas double emploi avec le célèbre livre d'Edmond Stapfer, La Palestine au temps de Jésus-Christ, en ce que s'il est moins méthodique que ce dernier, il nous immerge plus profondément, et avec plus d'empathie, dans l'atmosphère terrestre et spirituelle respirée par le Sauveur, lors de sa première venue. Cette numérisation ThéoTeX reproduit le texte de 1896.
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LA PALESTINE IL Y A DIX-HUIT SIÈCLES.
Palestine. — Situation actuelle. — Ce qu’elle était à l’époque de Jésus-Christ. — Sentiments des Rabbins Jonathan et Meir. — Climat. — Végétaux et animaux. — Enthousiasme qu’elle a excité. — Amour des Rabbins pour ce pays. — Les écoles de Babylone. — Idées superstitieuses. — Sentiment des Israélites contemporains. — Nulles reliques des âges passés. — Etendue de la Palestine à l’aube de l’ère, évangélique. — Ses habitants. — Idées que l’on se formait des dix tribus. — Son gouvernement. — Testament d’Hérode le Grand. — Disputes d’Archelaüs et d’Hérode Antipas. — Revenus d’Archelaüs, d’Hérode le Grand et d’Agrippa II. — Monnaies de Palestine. — Division du sol. — Idées que les Juifs se formaient de la Samarie.
Il y a dix-huit siècles et demi, la Palestine offrait à l’œil du voyageur un aspect bien différent du spectacle désolé qu’elle présente, de nos jours, à ses regards. Aujourd’hui ses collines grisâtres dominent des vallées presque incultes ; ses forêts sont tombées sous la hache ; ses terrasses d’oliviers et de vignes s’en vont en ruines ; ses villages remplis de souillures et habités par un peuple misérable, ses routes désertes et sans sécurité, sa population originelle presque éteinte nous disent que son industrie, sa richesse et sa puissance ont été anéanties dans une catastrophe irréparable. Mais alors le pays présentait un spectacle ravissant. Partout l’abondance, le mouvement et une activité sans exemple dans le monde connu. Les Rabbins ne tarissent jamais sur la louange de la patrie de leurs ancêtres lorsqu’ils vous parlent des privilèges que Jéhovah avait accordés à la Palestine soit dans le domaine matériel, soit dans la sphère morale.
« Il arriva, nous dit un des plus anciens commentaires des Hébreux 1, que le Rabbin Jonathan était assis sous un figuier et entouré d’étudiants. Tout-à-coup, il fit remarquer à ses auditeurs que le fruit mûri faisait plier jusqu’à terre les branches de l’arbre, sous le poids de ses richesses et distillait sur le sol ses sucs dorés, tandis qu’à une petite distance la mamelle gonflée d’une chèvre semblait impuissante à contenir plus longtemps le lait dont elle était remplie. « Regardez, s’écria le Rabbin, ne voyez-vous pas que les deux ruisseaux confondent leurs ondes ? Ne distinguez-vous pas ici l’accomplissement littéral de l’antique promesse d’une contrée découlant de lait et de miel ? — Le pays d’Israël ne manque d’aucun des biens de la terre, disait le Rabbin Meir, comme il est écrit : « C’est un pays de cours d’eau, de sources et de lacs qui jaillissent dans les vallées et dans les montagnes, pays de froment, d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, pays d’oliviers et de miel, pays où tu n’auras pas une nourriture mesquine, où tu ne manqueras de rien, pays dont les pierres sont du fer, et des montagnes duquel tu extrairas l’airain. » (Deut.8.7-9) (Yoma 91 b.)
Ces déclarations n’avaient rien d’exagéré, car la Terre Sainte réunissait toutes les variétés de climat, depuis les neiges de l’Hermon et les fraîches vallées du Liban, jusqu’à l’air doux et fécond du lac de Galilée, jusqu’à la chaleur tropicale de la vallée du Jourdain. Aussi y recueillait-on, non seulement les fruits des arbres, les grains et les produits des jardins de nos latitudes plus froides, avec ceux des climats plus doux, mais on y trouvait encore les épices rares et les parfums des zones les plus chaudes. Les historiens nous disent que toutes les espèces de poissons abondaient dans les eaux de ses rivières et de ses lacs, tandis que les oiseaux au plumage le plus riche remplissaient les airs de leur chant 2.
Dans l’étroit espace qu’il occupe, le pays offrait un charme et une variété d’aspects sans exemple. A l’Est du Jourdain c’étaient de vastes plaines ; des vallées découpaient les hauts plateaux, des forêts luxuriantes et des terres immenses couvertes de moissons et de pâturages s’étendaient devant les regards. A l’Ouest, des collines s’élevaient en terrasses pittoresques couvertes de vignes et d’oliviers. Ici on rencontrait des vallons délicieux, dans lesquels on entendait le murmure des sources, et où les points de vue les plus enchanteurs et la vie la plus active — autour du lac de Tibériade, par exemple — s’offraient aux yeux ravis des voyageurs.
Dans le lointain, c’était la vaste mer étendant, sous le ciel de l’orient, ses flots d’azur, sur lesquels se découpaient les voiles de navires innombrables. Devant nous, la richesse des anciennes possessions d’Issachar, de Manassé et d’Ephraïm. Là bas, par delà les plaines et les vallées, le spectacle des hautes montagnes de Juda, s’inclinant à travers les régions du Sud vers le désert immense, plein de mystère et d’effroi. Et par-dessus tout, tant que la bénédiction de Dieu s’étendit sur cette terre de la promesse, partout la paix et l’abondance. Aussi loin que le regard pouvait parvenir, les troupeaux broutaient sur des milliers de montagnes, les collines se ceignaient d’allégresse, les pâturages « étaient revêtus de brebis, les vallées couvertes de froment et le pays enrichi par la rivière de Dieu » semblait pousser des cris de joie (Psa.65). Un sol si riche, accordé par le ciel à un peuple, et gardé par une main divine, pouvait bien exciter l’enthousiasme le plus profond dans l’âme de ses habitants.
« Nous trouvons, dans un des commentateurs rabbiniques les plus instruits, R. Becchai, qui appuie chacune de ses assertions sur un témoignage de l’Écriture, que « treize choses sont la propriété exclusive du Saint ; béni soit son nom! Ces biens sont les suivants : L’argent, l’or, la sacrificature, Israël, le premier-né, l’autel, les premiers fruits, l’huile de l’onction, le Tabernacle d’assignation, la postérité de la maison de David, les sacrifices, le pays d’Israël, et l’assemblée des anciens. » L’union de la richesse et des plus hautes bénédictions spirituelles donnait à cette terre sacrée une valeur suprême. « Ce n’est qu’en Palestine que se manifeste la Schechinah » enseignaient les Rabbins. Une telle révélation n’est pas possible au-delà de ses saintes limites. Ici, les prophètes ravis ont eu leurs visions ; ici les psalmistes ont recueilli les accords de leurs hymnes célestes. Elle avait Jérusalem pour capitale, et, sur la colline qui dominait la ville, resplendissait dans sa blancheur, pure comme celle de la neige, et tout étincelant de l’éclat de l’or dont il était revêtu, le Temple de marbre, le sanctuaire autour duquel venaient se grouper tous ces précieux souvenirs, ces pensées saintes, ces espérances glorieuses et infinies.
Il n’existe pas, en effet, de religion aussi intimement unie que celle d’Israël aux lieux où elle était professée. Le paganisme adorait, il est vrai, des divinités nationales, et le judaïsme Jéhovah, le Dieu des cieux et de la terre. Mais les dieux nationaux des païens pouvaient être transportés dans d’autres pays, et leurs rites modifiés pour les adapter aux coutumes étrangères. Il en était tout autrement en Israël. Tandis que le Christianisme avait dès sa naissance, dans ses traits particuliers et dans le but divin qu’il révélait à la pensée, un caractère universel, les institutions religieuses et le culte du Pentateuque, même les perspectives ouvertes par les prophètes étaient, en tant que visant Israël, limités à la Palestine, et destinés à cette terre sacrée. Ces institutions ne pouvaient se perpétuer avec la perte du pays. Un judaïsme hors de Palestine, sans sacrificature, sans autels, sans Temple, sans sacrifices, sans dîmes, sans prémices, sans années sabbatiques et de Jubilé, devait d’entrée mettre de côté le Pentateuque. On ne pouvait échapper à cette conclusion, à moins qu’on ne considérât, ainsi que le fait le Christianisme, toutes ces institutions vénérées pendant de longs siècles,...




