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Etienne | Louise, Fanny, Sophie et toi | E-Book | www.sack.de
E-Book

E-Book, Französisch, 166 Seiten

Etienne Louise, Fanny, Sophie et toi


1. Auflage 2024
ISBN: 978-2-322-53343-5
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 166 Seiten

ISBN: 978-2-322-53343-5
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Voici des histoires vraies, de mes amies, de mes proches ou inspirées de faits réels. Elles illustrent la vie, l'expérience de femmes de tous les jours. Elles décrivent une réalité dans laquelle vous pourriez vous retrouver. Cette vie peut être difficile, amère, douce rarement, mais elle est là, racontée tel un monologue à plusieurs voix. Elles ont la parole et elles la prennent. Écoutez-les, elles ont quelque chose à dire.

Créateur dans l'âme, après une période photo/court-métrage, il se met à l'écriture. On sent la vie dans ses récits. Raconte-t-il son vécu ou celui d'autres personnes entendus par ailleurs ? On ne sait, mais il va au plus profond de l'âme humaine.
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AMANDINE


Le séminaire commençait déjà à être long, un peu trop long. Cette journée paraissait interminable. Les intervenants abscons étaient à côté de la plaque et de nos réalités professionnelles. Ils ressemblaient à tant d’autres. L’organisation, elle, était parfaite. L’eau fraîche, le café, le thé, les biscuits animaient les pauses. Ce sont ces moments qui font vraiment la cohésion des équipes. Plus que les jeux de rôles à la noix qui nous étaient proposés par le community manager.

Deuxième jour sur trois puis retour à la maison pour le week-end, et au boulot. Fin de la pause du matin, on rentre dans la salle, juste un petit manque d’attention et une des portes battantes, se referme sur moi. Je mets la main, je m’écarte et bouscule involontairement un collègue. On se sourit, on s’excuse, on se gêne, derrière ça pousse, on avance et nous reprenons tous notre siège.

Où est-il ? Qui est-il, ce bousculeur, ce bousculé ? Pour moi tous les hommes sont un peu invisibles, gage d’une certaine tranquillité, plus encore entre collègues. De ma place, je fais le tour de la salle. J’essaie d’être discrète, on est là pour travailler. Nous ne sommes pas si nombreux que ça, le tour est vite fait. Je le vois. Nos regards se croisent. Nous nous sourions une nouvelle fois. Puis, comme un jeu anodin, nos regards oscillent entre les animateurs, le tableau, les autres et nous. De fait, notre attention a quitté momentanément la formation.

Midi, nous laissons nos affaires dans la salle. Ensemble, comme une équipe soudée, nous allons déjeuner, cohésion oblige, il faut la jouer corporate. Nous avons (lui ou moi je ne sais pas) fait bien attention de nous retrouver de concert dans la porte, suite du jeu de touché d’épaule. Le repas se passe à parler boutique, objectifs, statistiques, boulot. Il est assis derrière moi, par deux fois sa chaise a légèrement heurté la mienne. Une méthode pour s’approcher et murmurer des excuses. Petite pause digestive avant la reprise. Le café serré est une nécessité absolue avec ce qui nous attend. J’espère que l’intervenant sera performant et qu’il saura nous éviter les micro-sommeils intempestifs. Le bousculeur-bousculé a dû voir mes bâillements, il m’offre une deuxième tasse, sans sucre, merci, sourire.

Le groupe est un peu plus dispersé qu’à l’aller, les ventres plus rebondis, les cravates plus défaites. Il est un des rares minces dans ce lot bedonnant. Nos pas sont presque réglés. Lentement, la porte s’approche. Épaule contre épaule nous tentons de rentrer. De justesse, il se glisse derrière moi pour me céder le passage, « après vous, je vous en prie. » Voix douce, il a prononcé plus de deux mots, il n’est pas de ces gens qui monopolisent l’attention.

La digestion est laborieuse. Le jeu continue avec un plus qui me fait sourire. Tout le monde, semble-t-il, est absorbé par le sujet abordé, sauf nous. Il en profite pour imiter les pauses des participants, leur gestuelle, leurs mimiques. C’est discret, c’est fin, c’est drôle. Pause libératrice. Cette porte est définitivement un lieu de rencontre de moins en moins fortuite. Vite, les toilettes. Mince, séchoir en panne, je sors les mains trempées. Il devait le savoir, il me tend une serviette en papier salvatrice. Nous échangeons quelques mots, ceux-ci nous donnent rendez-vous à l'entrée de la salle mais surtout nous invitent à en dire d’autres à la fin de cette journée. Ses mots demandent d’accord ? Les miens répondent avec plaisir.

Les repas du soir sont pris par petits groupes d’affinités, petite liberté. Ce n’est pas dit mais notre rendez-vous doit rester secret-discret. Au sein d’une institution ou une entreprise, les ragots vont bon train, nous n’avons pas envie de faire partie des wagons. Mon dîner est vite expédié, je mange léger le soir. Retour à la chambre, je croise deux, trois séminaristes. Bonsoir ou bonne nuit de circonstances. Je me prépare pour une rencontre nocturne. Il y a bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Le radiateur de la salle de bain est en route. Quelques habits un peu plus élégants sont posés sur le lit. J’ai envie de passer une bonne soirée, je dois au moins soigner mon aspect, à défaut de cacher les apparences. Il m’a déjà vue, on se connaît professionnellement mais ce soir j’aimerais plaire un peu plus. Sur le couvre-lit ne se trouve pas exactement ce qu’il me faut mais, par précaution, une femme a toujours une valise plus grosse que celle d’un homme, donc, cela devrait aller. Robe rouge, manteau, chapeau, une trilogie qui peut faire son effet, j’espère. Eau tiède, savon, rinçage, essuyage. La buée recouvre le miroir, la serviette l’efface. Maquillage, je veux me voir sourire. Mon corps peut être aimé, j’essaie de le mettre en valeur. Je passe mes vêtements, rectifie le teint et finis par un soupçon de parfum. Je suis parfaite.

Le rendez-vous est prévu dans un bar non loin de l’hôtel. Un peu de marche, même en escarpin, me détendra. J’arrive la première, je n’aime pas être en retard. Peu de monde se trouve là, le barman et une personne à une table, on dirait qu’il va fermer. La lumière est crue. Je me dirige vers le comptoir et m’installe au bout. En me tournant discrètement je peux guetter son arrivée. J’ai hâte. Je regrette mon défaut de timing qui maintenant me fait trépigner d’impatience. Je fais tout pour ne pas le montrer. Le barman, tout en essuyant un verre, s’approche. Que vais-je prendre ? Une bière ? J’aurais trop besoin d’uriner. Un whisky ? Trop alcoolisé, je tiens à rester sereine même si mon fond veut le contraire. Ce sera un "Martini s’il vous plaît". À peine ai-je le verre à la main que je sens mon épaule doucement heurtée, quelques gouttes ont failli tacher ma robe. Je me tourne presque en colère pour invectiver ce malotru, mais je reste muette, c’est lui !

Mon impatience se change immédiatement en légère excitation. On s’est vus toute la journée mais le cadre est différent. On doit se saluer, on se serre la main comme des collègues de travail ? on se fait la bise ? À son initiative ce sera un frôlement de joue, une seule. Je sens qu’il s’est rasé. Quand il recule pour prendre un siège je vois qu’il s’est apprêté, chemise propre, costume, veste, chapeau. Old school, beau. Je souris, nous sommes plutôt raccord, de bon augure, je pense. Nous restons au bar, le serveur après avoir posé un verre de whisky sec, sans glace, s’éloigne et s’active à l’autre bout du comptoir. Nous pouvons nous livrer, nous raconter. Galant, il me laisse parler. Le tour de ma vie passée est rapidement fait et l’actuelle, de nouveau célibataire, avec le retour chez mes parents est plus rapide encore. Je sens qu’il a envie-besoin de parler, de dire sa femme (je savais déjà qu’il était marié) merveilleuse, ses enfants merveilleux, le foyer merveilleux aussi. Les anecdotes familiales sont drôles. On y sent la bienveillance, l’amour. La partie de colin-maillard dans le jardin du pavillon de banlieue (pas de soucis la piscine est clôturée) que de fous rires. Le Cluedo sur la table basse du salon, le feu qui crépite dans la cheminée. Le gâteau fumant du dimanche après-midi fait à quatre, six, ou huit mains. Sans oublier les offices chantant de quelques dimanche matin chacun revêtu des habits de circonstance. C’est charmant.

Mais le sourire du début du récit fait peu à peu place à un visage neutre, comme une lecture sans ton, automatique, mécanique, sans lien avec l’histoire. La stature droite, fière, face à moi se courbe, un coude se pose sur le bar. Garçon, la même chose. Deuxième verre. Il en profite, chez lui il n’y en a pas, sa femme le lui interdit. Il sait que c’est pour son bien, ligue de tempérance oblige, ça lui va. « Et puis un seul salaire même de cadre pour une famille qui veut bien paraître, c’est court. La comptabilité doit être tenue sévèrement. Pas de jeu, pas d’extra, pas de folie. Donc des heures sup qui me font arriver bien après le retour de l’école des enfants. Grand bien me fait, je n’ai pas à écouter leurs jérémiades post cour de récréation. Il m’a tiré les cheveux, il m’a fait tomber, la maîtresse a rien...



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