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Etienne | Un Hommage à Edward Hopper | E-Book | www.sack.de
E-Book

E-Book, Französisch, 172 Seiten

Etienne Un Hommage à Edward Hopper

A Tribute to Edward Hopper
1. Auflage 2023
ISBN: 978-2-322-56215-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

A Tribute to Edward Hopper

E-Book, Französisch, 172 Seiten

ISBN: 978-2-322-56215-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Ce recueil de nouvelles est a tribute to Edward HOPPER (1882-1967). En français un hommage à ce peintre figuratif américain du XXème siècle qui débuta son oeuvre à Paris dans les années vingt. Ses tableaux sont très inspirants. Il s'en dégage une atmosphère particulière faite d'attente et de vains espoirs. Chaque image est un morceau d'histoire, un élément, une tranche de vie, de la plus émouvante à la plus singulière. Une exploration de ce qu'une peinture peut raconter à l'imagination. Et l'envers de l'image peut être paré de couleurs plus sombres, plus émouvantes de femmes ou d'hommes fragilisés par la vie. Il y a dans les toiles de Hopper une profondeur qui révèle toute sa lucidité et sa sensibilité. Car il peint une Amérique qui n'existe plus que dans les rêves des nostalgiques de cette époque révolue.

Il n'est pas ce qu'il écrit, fort heureusement mais il connait bien ces blessés de la vie pour en avoir été un, dans une certaine mesure. Son métier d'enseignant lui a fait côtoyer les grandes difficultés de l'existence. il en a conçu des armes pour s'échapper et dépasser cette existence. Aujourd'hui sa carrière est fini. Tel Candide, il cultive, entre Toulouse et Carcassonne, son jardin extérieur et intérieur, pour vous en faire profiter.
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Reclining nude, 1927

©Whitney Museum of American Art, New York

Reclining nude
(Nelly)


Je m’appelle Nelly et je vivais dans une famille très stricte, stricto-rigoriste même. « Dans la rigueur du châtiment » était une de leurs phrases préférées. Une famille réduite, le père, la mère et moi, pas de frère ou de sœur. Heureusement, leur sort n’aurait pas été enviable.

Plus on grandit, plus on s’en rend compte. L’école et la société sont, pour cela, une grande aide. Chez nous, par chance, il n’y avait pas d’école confessionnelle. Ou du moins trop loin ou trop chère, donc l’enseignement public m’a accueillie, joyeux mélange de tout et n’importe quoi, un endroit hors de la maison où je pouvais vivre normalement. Oui, normalement, sans reproches, sans surveillance continuelle, sans punitions que je trouvais injustifiées, sans repas tristes à entendre continuellement des leçons de morale, sans avoir de livres autres que des réécritures évangéliques. C’est sûrement à cause de cela que j’ai des personnalités multiples que je connais, que j’exploite, et dont je joue. Quelquefois.

J’ai rembobiné mes souvenirs familiaux. Je sais qu’il y a une période dans la petite enfance qui n’est pas imprimée dans la mémoire et qui pourtant nous modèle. D’aussi loin que j’aie pu remonter dans le temps, mes parents ne m’ont touchée que pour me soigner, m’habiller ou s’occuper matériellement de moi. Je ne connais pas le goût d’un baiser ni la sensation d’une caresse sur aucune partie de mon corps. Si on me prenait la main, c’était sur le chemin de tous les dangers de l’école. Le contact corporel et les étreintes étaient réservés aux punitions qui m’emmenaient dans ma chambre. Certes, les paroles d’amour ou d’affection étaient présentes entre les exhortations bénéfiques et maléfiques mais pas de gestes, pas d’attentions, pas de contacts autres que nécessaires. Pas de superflu non plus, de rares cadeaux pour ne pas susciter l’envie. Nous avions pourtant les moyens de ne pas vivre dans cette forme de dénuement. Les besoins fondamentaux étaient assurés, pas plus et pas de plus.

Une éducation stricte à en pleurer. La vie n’était pas facile dans cet environnement.

J’étais innocente. Je ne voulais qu’une chose, le plaisir d’être bien avec mon corps, en communion avec mon esprit. Quelle contradiction tout de même, ce corps tant nié, mais si surveillé, si espionné, source de tous les maux d’après mes parents. Des maux que je ne pouvais connaître. J’étais innocente. Dans la maison, les portes avaient été enlevées, il fallait voir que je ne me pervertis pas dans ma chambre ou dans la salle de bain. Ou ailleurs, le diable et la tentation sont partout. Une douche, on n’avait pas de baignoire, trop de risques de perversion. J’étais innocente. Je n’étais jamais seule et on attendait à côté de mon lit que je sois endormie. Quels étaient mon péché ou mes péchés ? J’entendais corps égale mal, je sentais corps égale bon. J’étais innocente.

Non coupable pour eux, mes géniteurs. Coupable d’essayer de me sentir, de désirer ressentir une main aimante juste sur mon bras. Je voulais que cette main soit la leur, je me l’imaginais, je me le figurais. Je fermais les yeux, je leur inventais un sourire avec le geste bienveillant qui l’accompagne. J’avais une position dans mon lit que j’affectionnais et qui était obligatoire parfois. Un fœtus pas complètement recroquevillé, une main sur et une autre sous l’oreiller, un coussin entre les jambes quand cela était possible. Position que je conserve encore, nue le plus souvent.

Parce que, quand ils pensaient, leur imagination dans ce domaine était grande, que je faisais le mal, ils me faisaient mal, pour mon bien. Contradiction incompréhensible pour une petite fille. La partie du corps châtiée était le dos qui se retrouvait avec des marques douloureuses qui m’obligeaient à prendre cette position latérale, de sécurité dirait-on aujourd’hui. Je reproduis ces contradictions en aimant me retrouver de cette manière dans mon lit, souffrance et apaisement. Après la punition, on me laissait tranquille, la violence n’avait plus besoin d’être puisque j’avais compris. Prostrée dans mon lit je cherchais à adoucir mon mal par des caresses. Seul moment où cela fût possible. J’ai découvert le plaisir en glissant ma main de mon oreiller vers mon torse d’abord puis plus tard vers mes cuisses et, quand un jour je suis devenue une jeune fille, vers mon sexe. Autre contradiction qui n’a pas aidé ma personnalité à être stable : injustice, châtiment, douleur, plaisir. Comment choisir ?

Il y a des gestes bizarres quelquefois, on ne sait pas trop pourquoi on les fait, ils ne sont pas prémédités mais ils se révèlent avoir une très grande utilité. Un jour, j’étais en dernière année de collège, j’ai pris et caché dans ma chambre un slip du père que j’avais pris dans la corbeille à linge sale. Je l’ai glissé entre le sommier et le matelas de mon lit du côté du mur. Je ne pouvais pas avoir de coiffeuse car les miroirs sont sales et favorisent l’orgueil, mais j’avais de quoi me coiffer, en particulier une brosse. Les parents n’en avaient pas supprimé le manche n’ayant pas eu l’idée perverse de son utilisation potentielle. Or, un soir, après une nouvelle punition, je me retrouve dans mon lit avec la brosse à ce moment propice où, pour retrouver ma sérénité et mes esprits, je suis seule avec moi-même. Je suis grande maintenant, j’explore différentes voies pour accéder au plaisir solitaire. L’appendice de cette brosse est parfait. Je sais faire sans bruit, sans mouvements perceptibles, sans éveiller aucun soupçon. Tout fonctionne normalement, le va-et-vient est parfaitement agréable. Et là, une idée me traverse l’esprit me coupant tous mes effets. Bien que mon plaisir ne soit pas complet, je suis satisfaite de la fulgurance de mon idée. Je retire la brosse de mon orifice, je tâtonne pour trouver le slip puis j’essuie avec ma brosse à l’intérieur, là où se place le sexe. Demain sera une journée intéressante.

De fait, comme d’habitude le père vient me chercher au collège, comme d’habitude je sors sans dire au revoir à personne, je ne dois pas être souillée, direction la maison. Comme d’habitude, nous y attendrons que la mère revienne de ses activités charitables. Une fois arrivés, j’attends d’entendre le crissement de la voiture de la mère sur les graviers de l’allée. Elle est là, claquement de portière. J’appelle le père, j’ai besoin de lui pour une explication concernant un devoir. Quand la mère entre, après avoir fermé la porte, elle appelle. Le père sort de ma chambre, désolé de ne pas l’avoir entendue. Quelques secondes après, je sors à mon tour. Je fais une drôle de tête et, ostensiblement, je finis de remonter mon pantalon puis le reboutonne. La mère a un air surpris, elle me questionne. Non, maman, tout va bien. Je retourne dans ma chambre, je m’allonge sur le lit dans ma position favorite, ils ne peuvent voir l’expression satisfaite qui orne mon visage. Je me questionne à mon tour, cela va-t-il fonctionner ?

Le lendemain entre deux cours je vais voir une responsable éducative. Je lui raconte en sanglotant que mon père a abusé de moi, qu’il m’a violée, que la loi divine l’interdit. Cela a été difficile à croire pour la mère, le père criait son innocence. Cependant, à ma façon de raconter la scène, j’étais très crédible. De plus, j’avais des preuves, je n’avais pas de copain, de petit ami, mais je n’étais plus vierge. Surtout, j’avais le sous-vêtement souillé au bon endroit et s’il n’y avait pas de semence dedans c’est qu’il n’avait pas eu le temps d’aller au bout du rapport. Imparable. Le procès fut une formalité. Le père n’avait pas les moyens d’avoir un bon avocat et ma prestation a fini de convaincre le jury. La mère était inexistante, sanglotante, mutique, elle ne put prendre position pour le père ou moi. Plus le traitement médiatique de l’affaire, il n’avait aucune chance. « Guilty1 » ! Moins un parent, il est en prison, il...



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