E-Book, Französisch, 166 Seiten
Ferrand Le temps des cerises
1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-322-24978-7
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 0 - No protection
E-Book, Französisch, 166 Seiten
ISBN: 978-2-322-24978-7
Verlag: BoD - Books on Demand
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L'auteur de ce roman a voulu mettre sa région à l'honneur, Le temps des cerises retrace la vie de son village en 1930. Thierry Ferrand est l'auteur de dix romans, actuellement à la retraite il est père de 3 enfants.
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Chapitre 2
Le mariage de Georges et Judith
10 heures 20 avaient sonné. Par une belle journée de septembre, Judith et Georges avaient prié les Dieux pour que la pluie ne s’invite pas à leur noce, car, deux jours auparavant, il pleuvait des cordes. L’agitation était à son comble dans la ferme Robin, Berthe maquillait Judith qui était assise sur son lit, son regard se portait sur les murs et les meubles de la chambre, comme si elle devait les enfouir dans ses souvenirs, car ce soir elle quitterait le cocon familial avec ce curieux sentiment de désir et d’inconnu de vivre une nouvelle vie qui prenait peu à peu naissance. Berthe eut un sourire, car elle aussi avait connu ce sentiment curieux que procurait un mariage, elle tenta de rassurer Judith.
— Allez, Judith, tout va bien se passer, Georges n’est pas un méchant garçon, il te rendra heureuse.
— Je te crois, mais tu sais, il n’y a pas que lui.
— Qu’est-ce que tu veux dire par là?
— Eh bien, sa mère Clarice et la grand-mère Marthe n’ont pas l’air de me porter dans leur cœur et j’ai l’impression d’avoir plutôt arrangé leur affaire qu’autre chose.
— Oui, peut-être, je suis bien placée pour le savoir. Jean-Marie n’était pas mon choix, mais bon, il me fout la paix et j’en fais ce que je veux. Il n’est pas le bellâtre attendu, tant pis pour le prince charmant. Mais ne t’inquiète pas, avec le temps tout s’arrange, elles te foutront la paix.
Les deux sœurs se mirent à rire, les fées ne s’étaient pas penchées sur le berceau de Jean-Marie, mais il était de toutes les attentions pour Berthe et il ne lui refusait rien. Et puis, le caractère bien trempé de Berthe avait remis les pendules à l’heure avec sa belle-famille.
— Mais Judith, tu as de la chance, Georges est beau garçon et vous êtes amoureux l’un de l’autre, moi je n’ai pas eu la chance que Cupidon m’ait lancé une flèche.
— Oui, tu as sans doute raison, Berthe.
La joie de Berthe s’éclipsa un bref instant, elle aurait bien voulu connaître le bonheur sans oser se l’avouer, mais voyant le bonheur de sa sœur, elle reprit son sourire. Leur mère Julie entra dans la chambre les yeux larmoyants, elle était issue d’une famille de taiseux et les larmes ne devaient pas être montrées aux autres. L’oiseau quittait son nid et la ferme allait être bien vide sans ses deux filles. Julie, dernière ses airs d’ours mal léché, avait un cœur d’or. Julie posa une boîte en carton sur le lit de Judith, elle contenait la robe de mariée achetée deux mois auparavant. Judith revêtit sa robe de mariée avec maintes et maintes précautions, aidée par Berthe, puis elle ferma les yeux pour les rouvrir de nouveau devant la glace biseautée de sa penderie ; Julie et Berthe se tenaient derrière. Judith était comme métamorphosée, sa robe longue de dentelle blanche faisait rayonner son bonheur. Ses yeux pétillants et son rouge à lèvres la rendaient belle, comme si de chenille elle était devenue papillon.
— Eh bien, dis donc, tu devrais te marier plus souvent! Tu es rayonnante.
— Berthe, tu es trop bonne.
Berthe, pour être dans l’air du temps, avait revêtu un tailleur beige ; un chignon piqué d’épingles lui donnait l’élégance d’une dame de la ville, mais une tristesse qu’elle dissimulait mal se cachait au fond de ses yeux. Son époux Jean-Marie était bien aux petits soins pour elle, amoureux qu’il était, mais la réciproque n’était pas là, elle aussi aurait voulu connaître une belle histoire d’amour avec Georges, comme dans les films.
Comme il était de tradition, le jour de son mariage, le marié, la dernière heure avant le mariage, devait voir la mariée. Georges arriva en calèche prêtée par un voisin et qui ne servait que dans ces circonstances, calèche qui jadis arpentait les rues de Lyon et qui pour l’occasion était recouverte de fleurs, le tout tiré par sa jument Ponette. Georges, pour cette grande occasion, avait emprunté un costume de son cousin qui travaillait comme maître d’hôtel dans un hôtel de luxe à Lyon. Avant de rentrer dans la ferme de la famille Robin, il ajusta son nœud papillon et poussa la porte. Marius et Julie eurent un recul en voyant Georges, non habitués de le voir habillé de la sorte en costume avec queue de pie. Julie conduisit Georges en le prenant par la main jusqu’à la chambre de sa future femme. Il fut ébloui en la voyant, la beauté de son âme l’avait transcendé.
— Je ne pensais pas avoir une femme aussi belle.
Ces simples paroles avaient mis le cœur de Judith en émoi, ce qui illumina un peu plus encore son regard. Mais le temps pressait, le rendez-vous à la mairie était pour 11 h 30. Le couple prit place dans la calèche, suivi de la famille Robin qui elle suivait à pied. Et comme sur le parcours il y avait la ferme de Georges, Clarice et Marthe leur emboîtèrent le pas, parcourant aussi le long chemin des Jomins à la mairie. Clarice ce jour-là était en beauté, dans un tailleur blanc qui lui collait au corps et un décolleté plongeant, ce qui contrastait avec la robe marron et évasive de Julie. Sur la place du village, les villageois étaient présents, curieux de voir la robe de la mariée. Les propos de haine ordinaire ne manquèrent pas.
— Ha, tiens, les voilà. Eh bien, le père Marius a cassé sa tirelire pour la robe de sa fille.
— Il a bien fallu au moins vendre deux vaches et puis la Judith ne vient pas les mains vides, toutes les terres d’Encollonnas sont à lui.
— Je ne savais pas. Je me disais aussi, un si joli garçon avec une fille si moche…
Le discours traditionnel du maire qui, prétextant un autre rendez-vous, fut bref et bâclé. La raison en était tout autre, un désaccord entre Marius Robin et le maire concernant le cadastre de terrains. En ce qui concerne l’église, le curé fut un vrai moulin à paroles, par le fait qu’il avait fait un arrêt prolongé au café de la place. Il ne manqua pas de rendre un hommage appuyé au héros que fut le père de Georges lors de la guerre de 14-18.
Le repas de mariage se fit dans la grande cour de la ferme Robin, bien à l’abri de grands chênes centenaires. Sur des grandes tables disposées en U, des nappes blanches avaient été mises, des corbeilles en osier remplies de fleurs étaient disposées de part et d’autre. Les mariages campagnards suivaient un rituel de la région, celui du chevreuil mariné au vin vieux deux jours auparavant. Pour l’occasion, un groupe folklorique bressan était présent, la vielle et la clarinette rythmaient la journée, dentelles noires et chapeaux aux vents. Deux femmes du village avaient été conviées aux cuisines, les sœurs Chanus réputées pour être toutes deux de fins cordons-bleus, mais à l’hygiène douteuse et aux propos non avares de mots méprisants.
— Eh ben, le père Robin il a cassé sa tirelire, la robe de mariée de Judith a coûté le prix de deux vaches, enfin je l’ai entendu.
— La robe de la Clarice, la mère du marié, a coûté moins cher.
— Pourquoi ?
— Eh bien, vu le décolleté plongeant de sa robe, il n’y a pas trop de tissu!
— Ben, en tout cas, pour Judith, c’est ben une jolie robe pour une fille si vilaine.
— Un sac à charbon aurait aussi bien fait l’affaire.
Pour que la cuisson puisse se faire, une deuxième cuisinière à bois avait été nécessaire. Un cornet de poêle avait été installé non sans mal dans la grange. Le tout tournait à son plein régime. Sur les cuisinières, des marmites où mitonnait le chevreuil, et dans les fours les plats de gratins dauphinois cuisaient. Puis, comme il est de tradition en Bresse, à la nuit tombée, le couple de jeunes mariés devait se soustraire aux invités pour rejoindre un endroit inconnu, le but étant qu’au petit matin les invités devaient partir à leur recherche. Les mariés avaient regagné la ferme, pensant que l’endroit était si évident qu’ils ne seraient pas dérangés. La chambre de Georges, devenue la chambre nuptiale, pour l’occasion fut retapissée et une armoire bressane avait été ajoutée à celle existante. Bien que Judith ne fût pas attirée par les toilettes, Julie, sa mère, l’avait submergée de draps, torchons et de sous-vêtements. Georges, empreint d’un soudain romantisme,...




