E-Book, Französisch, 518 Seiten
Flammarion / Mon Autre Librairie La mort et son mystère
1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-491445-13-3
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Autour de la mort
E-Book, Französisch, 518 Seiten
ISBN: 978-2-491445-13-3
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Camille Flammarion, 1842-1925. Astronome, fondateur de l'observatoire de Juvisy et de la Société astronomique de France. En marge de ses travaux officiels, il s'intéressa aux aspects inexpliqués de la réalité, et fit un remarquable travail de vulgarisateur. Affirmant qu'il n'y avait là aucun mystère mais uniquement de l'ignorance, il s'efforça, en les étudiant à la lumière de la méthode scientifique, d'ouvrir un chemin vers un nouveau champ d'étude que la science, à son avis, ne pouvait éviter.
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I – Les faits exposés au premier volume prouvent-ils irréfutablement l’existence de l’âme ?
Ayons des yeux pour voir,
Un esprit pour juger.
Les exigences de la méthode expérimentale sont sa force. Plus nous serons sévères dans l’admission et dans l’interprétation des faits, et plus solidement notre démonstration sera établie. Avant d’aller plus loin, ne laissons aucune incertitude derrière nous, et demandons-nous s’il est absolument certain que les quatre cents pages qui précèdent prouvent l’existence de l’âme comme entité indépendante du corps, et que les facultés supranormales dont nous avons signalé les manifestations (pressentiments, vue de l’avenir, volonté agissant sans la parole et sans aucun signe, télépathie, vue à distance, action de l’esprit en dehors des sens physiques), ne pourraient, à la rigueur, être attribuées à des propriétés inconnues de notre organisme vital. L’Homme se connaît-il lui-même entièrement ? Son évolution est-elle arrivée à son terme ? Ces facultés psychiques transcendantes ne pourraient-elles appartenir au cerveau ?
Nous devons tout étudier en libre examen, en entière liberté de conscience, sans aucune idée préconçue, sans entrave d’aucun système.
Les faits qui vont suivre prouveront surabondamment la vérité de notre thèse par les manifestations observées autour de la mort et après la mort. Mais il semble utile de répondre sans retard à quelques objections possibles.
D’abord à la première, à celle de la valeur contestable du témoignage humain. Nous avons plus d’une fois signalé la faiblesse scientifique de ces témoignages, et nous savons que nous devons perpétuellement nous en défier. Ils sont incertains, varient avec le temps, et ne s’accordent même pas sur des événements actuels où il semble que l’unanimité devrait être habituelle. On voit mal. Chacun voit avec ses yeux et avec son esprit (même dans les observations astronomiques si précises : c’est ce qu’on appelle l’équation personnelle). Les relations des témoins d’un même fait diffèrent entre elles, et, d’autre part, les souvenirs se modifient facilement, tout en admettant une bonne foi parfaite et une sincérité absolue, ce qui n’existe pas toujours. Reconnaissons aussi que dans notre singulière espèce humaine, on rencontre des inconscients et des farceurs dépourvus de tout scrupule, de tout sentiment d’honneur, ou même de simple honnêteté. Nous devons donc nous tenir constamment en une extrême circonspection. Mais de là à tout refuser, à tout nier, il y a un abîme que les dénégateurs intransigeants ne paraissent pas mesurer.
Malgré l’incertitude reconnue des témoignages historiques, il semble assez difficile de douter que le roi Henri IV ait été poignardé à Paris, le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, par un nommé Ravaillac ; que le roi Louis XIV ait révoqué l’édit de Nantes, en appauvrissant la France d’excellents citoyens ; que le corps de Napoléon repose aujourd’hui dans un sarcophage de marbre sous le dôme des Invalides, et que certaines armées se soient entrechoquées dans nos régions de l’Est, du 3 août 1914 au 11 novembre 1918. Nous pouvons tous convenir, semble-t-il, sans trop nous compromettre, que Louis XVI est mort guillotiné.
Certains hommes ne peuvent pas avoir d’opinion franche ! Ils auraient même peur de se compromettre en affirmant que l’huile de ricin est purgative.
Il y a des limites au scepticisme et à l’incrédulité. Les arguties et les sophismes de la dialectique la plus subtile n’empêchent pas les faits d’exister.
D’autre part, on objecte, parfois, que les relations extraordinaires dont nous discutons ici la valeur et la portée soient plutôt signalées par des gens du vulgaire que par des savants accoutumés aux rigueurs de la méthode expérimentale. Qu’y a-t-il de surprenant là ? Est-ce que l’immense majorité de l’espèce humaine n’est pas composée de vulgaires ignorants ? Peut-on compter un esprit scientifique sur mille ? Il y en aurait 40 000 en France et l 600 000 pour l’ensemble du globe. Admettons-le. Il y a peu de penseurs dans notre humanité ; il y a surtout des commerçants !... Eh bien, cette proportion n’est-elle pas comparable à celle des constatations psychiques ?
Malheureusement, en général, les personnes appartenant aux classes supérieures de la société, les savants, les érudits, les artistes, les écrivains, les magistrats, les prêtres, les médecins, etc., se tiennent dans une réserve discrète, comme s’ils avaient peur de parler. Ils sont moins libres, ont des intérêts à sauvegarder, et se taisent, tandis que les autres parlent. Cette couardise, cette lâcheté est absolument méprisable. De quoi a-t-on peur ? Nier les faits par ignorance, c’est excusable. Mais ne pas oser avouer ce que l’on a vu : quelle misère !
Il y a d’autres criminels que ceux qui sont dans les prisons : ce sont les hommes cultivés qui connaissent des vérités qu’ils n’osent révéler, par crainte du ridicule ou par intérêt personnel. Au cours de ma carrière, j’ai rencontré plus d’un de ces « hommes de science », fort intelligents, très instruits, qui ont été témoins ou ont eu connaissance de faits métapsychiques irrécusables, qui ne doutent pas de l’existence indéniable de ces phénomènes et n’osent rien dire, par un sentiment de mesquinerie impardonnable chez des esprits de réelle valeur, ou qui chuchotent très mystérieusement, avec la peur d’être entendus, leurs témoignages qui seraient d’un poids si considérable pour le triomphe de la vérité.
De tels hommes sont indignes du nom de savants. Plusieurs d’entre eux appartiennent à ce qu’on appelle « la haute société », et croiraient se discréditer en paraissant crédules, quoiqu’ils croient, d’autre part, à des dogmes très discutables. Je pourrais écrire ici le nom d’un membre de l’Institut, d’une valeur scientifique réelle, qui pourrait servir de témoin compétent sur les phénomènes métapsychiques étudiés dans cet ouvrage, mais qui ne veut et n’ose rien avouer, parce qu’il est catholique pratiquant, et que son directeur de conscience lui a déclaré que l’on doit laisser à l’autorité de l’Église le domaine de ces questions.
Une partie du clergé est hostile à ce genre d’études et pense que l’Église doit en conserver le monopole. Cette opinion date des temps bibliques. L’évocation des morts était formellement interdite aux Hébreux, et Saül a enfreint ses propres décrets en allant consulter la pythonisse d’Endor et appeler l’ombre du prophète Samuel. Peut-être n’avait-on pas tort de faire cette défense au vulgaire incompétent, qui peut si facilement glisser sur la pente des pires sottises. Mais empêcher, de nos jours, les hommes instruits, pondérés, réfléchis, d’étudier ces problèmes, leur enseigner que Dieu ne leur a pas donné la raison pour s’en servir, qu’ils doivent humilier cette raison devant les affirmations d’une Révélation divine contestable, prétendre que la question de la nature de l’âme et de sa survivance, qui intéresse si personnellement chacun de nous, est réservée à une caste de casuistes s’adjugeant le droit de juger et de décider entre le vrai et le faux, entre Dieu et le diable, représente véritablement un étrange raisonnement et un anachronisme nous reportant au moyen âge. Que de crimes l’Inquisition n’a-t-elle pas commis dans ses innombrables procès de sorcellerie ! Il y a là, dans les idées actuelles dominant encore une certaine classe d’hommes et de femmes, une erreur formidable, extrêmement nuisible à la recherche de la vérité.
Erreur d’autant plus inexplicable que les phénomènes dont nous nous occupons appuient les récits des « Livres saints », entre autres les apparitions de Jésus, inconnues ou niées par les neuf dixièmes du genre humain.
Cette aberration inexcusable rappelle aux astronomes l’interdiction faite, au dix-huitième siècle (le 21 janvier 1759), par le directeur de l’Observatoire de la Marine, Delisle, à son astronome adjoint, Messier, de révéler la découverte qu’il venait de faire du retour de la comète de Halley. Ce scandale scientifique empêchait de constater la réalité de l’attraction newtonienne.
Défendre de faire connaître des faits utiles au progrès des connaissances humaines ! N’est-ce pas là un véritable crime ?
Il est pourtant incontestable qu’un certain nombre de témoins des phénomènes dont nous nous occupons ici restent obstinément muets sur leurs expériences personnelles. Les uns obéissent à un mot d’ordre, les autres craignent l’ironie des voisins, d’autres s’imaginent que leur dignité serait compromise, beaucoup par simple lâcheté ou par une blâmable indifférence.
Sans doute, nous pouvons reconnaître que les personnages en places officielles ne sont généralement pas indépendants, soit que, pour conquérir ces situations, ils aient dû être doués de caractères particulièrement souples envers leurs supérieurs, timorés de la moindre alerte, et assez égoïstes pour ne jamais perdre de vue leurs petits intérêts personnels, mettant ces intérêts au-dessus de tout ; soit qu’ayant conquis ces places ils tiennent à ne les exposer à aucun péril par le moindre accroc aux idées régnantes, en sacrifiant tout à ces intérêts, même parfois leurs propres convictions ; soit, enfin, que la comédie humaine célébrée par Balzac et l’hypocrisie fustigée par Molière règnent sur...




