E-Book, Französisch, 538 Seiten
Flammarion / Mon Autre Librairie La mort et son mystère
1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-491445-15-7
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Après la mort
E-Book, Französisch, 538 Seiten
ISBN: 978-2-491445-15-7
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Camille Flammarion, 1842-1925. Astronome, fondateur de l'observatoire de Juvisy et de la Société astronomique de France. En marge de ses travaux officiels, il s'intéressa aux aspects inexpliqués de la réalité, et fit un remarquable travail de vulgarisateur. affirmant qu'il n'y avait là aucun mystère mais uniquement de l'ignorance, il s'efforça, en les étudiant à la lumière de la méthode scientifique, d'ouvrir un chemin vers un nouveau champ d'étude que la science, à son avis, ne pouvait éviter.
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II – Morts qui sont revenus à la suite de serments réciproques, de promesses, d’engagements, de déclarations antérieures
Je vois sans peur la tombe aux ombres éternelles ;
Car je sais que le corps y trouve une prison,
Mais que l’âme y trouve des ailes !
Victor Hugo.
Nous avons déjà remarqué des manifestations de cet ordre au tome II de cet ouvrage, notamment dans la relation si précise de Melles Ximénès de Bustamante [Autour ch. XII], et nous nous sommes demandé si la jeune fille venant si soudainement annoncer sa mort à son amie était déjà décédée, ou bien encore de ce côté-ci de la barrière. Nous avons vu également [Autour ch. IV] l’apparition faite à Saint-Pétersbourg, à la comtesse Kapnist, d’un ami qui avait fait ce serment et qui apparut avant même d’être mort. Nous consacrerons ici un chapitre spécial à ces manifestations après promesses, affirmant ainsi la survivance de l’âme et de la mémoire. Le chapitre que l’on vient de lire inaugure ces réalisations posthumes par l’exemple de l’ami du Dr Caltagirone, de Palerme, frappant, selon sa promesse, sur le lustre de la salle à manger. Ces témoignages sont nombreux, et nous n’avons que l’embarras du choix pour les examiner.
L’une des apparitions les plus remarquables de la collection que j’ai depuis longtemps coordonnée est celle de l’ami de Lord Brougham, rapportée par cet éminent personnage lui-même.
Les hommes de ma génération ont vu ce beau vieillard, soit à Paris, soit à Cannes, où il est mort en 1868 (il était né à Édimbourg en 1778). Lord Brougham a écrit son autobiographie et en a publié l’extrait que voici le 16 octobre 1862. On n’a jamais émis aucun doute sur l’exactitude de ce souvenir,10 qui remonte au mois de décembre 1799 : le futur politicien et célèbre historien anglais n’avait donc que vingt et un ans, et faisait alors un voyage en Suède.
« Le temps était froid, écrit-il. Arrivant à Göteborg, dans une auberge de bonne apparence, je demandai un bain d’eau chaude, et là je fus l’objet d’une aventure si curieuse que je veux la raconter en la prenant dès le début.
« J’avais eu comme ami de collège, à la High School, un nommé G., que j’aimais et estimais particulièrement. Nous causions parfois ensemble du grand sujet de l’immortalité de l’âme. Un jour, nous eûmes la folie de rédiger un contrat, écrit de notre sang, affirmant que, quel que fût celui d’entre nous deux qui mourrait le premier, il reviendrait se manifester à l’autre pour dissiper le doute que nous aurions pu garder sur la continuation de la vie après la mort. G. partit pour les Indes, et j’oubliai à peu près son existence.
« J’étais donc, ainsi que je viens de le dire, plongé dans mon bain, jouissant délicieusement de la bonne chaleur qui réchauffait mes membres engourdis, lorsque, me disposant à me lever, je jetai les yeux sur la chaise où j’avais déposé mes vêtements, et quelle ne fut pas ma stupeur en y voyant assis mon ami G., qui me regardait tranquillement ! Comment je sortis du bain, je ne puis le dire, car, en recouvrant mes sens, je me vis étendu sur le plancher. Cette apparition, ou quel que fût le phénomène qui représentait mon ami, n’était plus là. Je fus si fortement impressionné que je voulus sans tarder en écrire tous les détails, avec la date, qui était celle du 19 décembre. »
Lord Brougham ajoute qu’à son retour à Édimbourg il trouva une lettre des Indes, lui annonçant la mort de son ami, arrivée le 19 décembre.
Dans sa relation, le savant écrivain expose qu’il a éprouvé là un rêve qui, malgré sa précision si caractéristique, peut n’avoir été qu’une coïncidence fortuite avec le décès de son ami. Mais en le rapportant, Myers fait remarquer,11 avec juste raison, que la description du bain et de l’observation ne s’accorde pas avec cette hypothèse. Nous pourrions imaginer une illusion produite par l’arrangement des vêtements jetés sur une chaise ; mais le regard ? Hallucination ? Non : lord Brougham déclare qu’il n’en a jamais eu une seule pendant toute sa longue existence. Nous sommes conduits à admettre ici l’action de l’âme du mort sur l’esprit de son ami, se traduisant par une image.
Dans notre connaissance actuelle des phénomènes psychiques, la question que nous pouvons nous poser est de savoir si l’apparition a eu lieu au moment de la mort ou après. L’observation a été faite le 19 décembre, vers deux heures du matin (ou peut-être le 20). L’ami est décédé aux Indes, le 19. À quelle heure ? On ne le sait pas ; mais on sait que l’heure avance à mesure que l’on est plus à l’est. La probabilité est en faveur d’un intervalle plus ou moins long après le décès. On comprend fort bien que lord Brougham n’ose pas prendre parti et se réfugie dans l’hypothèse du rêve, pourtant si peu probable. Nous pensons, normalement, que si nous n’avions sous les yeux qu’une seule observation de ce genre, le doute nous resterait aussi. Mais il y en a tant ! Et à toutes les époques !
Nous n’avons qu’à feuilleter les ouvrages psychiques anciens pour en rencontrer d’analogues à celle de lord Brougham.
Ouvrons, par exemple, le livre de Dom Calmet,12 publié en 1746, « Dissertations sur les apparitions des anges, des démons et des esprits et sur les revenants », au chapitre XLVI de la seconde partie (p. 375), nous y trouverons sous le titre : « Personnes qui se sont promis de se donner après leur mort des nouvelles de l’autre monde », les lignes que voici :
« L’histoire du marquis de Rambouillet, qui apparut après la mort du marquis de Précy, est fameuse. Ces deux seigneurs s’entretenant des choses de l’autre vie, comme gens qui n’étaient pas fort persuadés de tout ce qu’on en dit, se promirent l’un à l’autre que le premier des deux qui mourrait en viendrait dire des nouvelles à l’autre. Le marquis de Rambouillet partit pour la Flandre, où la guerre était alors, et le marquis de Précy demeura à Paris, arrêté par une grosse fièvre. Six semaines après, il entendit tirer les rideaux de son lit, et se tournant pour voir qui c’était, il aperçut le marquis de Rambouillet en buffle et en bottes. Il sortit de son lit pour l’embrasser, mais Rambouillet recula de quelques pas, lui dit qu’il était venu pour s’acquitter de sa parole ; que tout ce qu’on disait de l’autre vie était certain ; qu’il devait changer de conduite ; que bientôt, il perdrait la vie. Précy fit de nouveaux efforts pour embrasser son ami, mais il n’embrassa que du vent ; alors Rambouillet, voyant qu’il était incrédule à ce qu’il lui disait, lui montra l’endroit où il avait reçu le coup dans les reins, d’où le sang paraissait encore couler.
« Précy reçut bientôt après, par la poste, la confirmation de la mort du marquis de Rambouillet, et lui-même s’étant trouvé dans les guerres civiles à la bataille du Faubourg Saint-Antoine, y fut tué. »
Il est probable que cette histoire a été plus ou moins arrangée, notamment en ce qui concerne les paroles du fantôme. Mais il est probable aussi qu’elle n’a pas été inventée de toutes pièces. On la retrouve dans un ouvrage de Collin de Plancy écrit pour combattre la crédulité et la superstition.13 Après l’avoir rapportée, avec plus de détails même, il ajoute :
« En admettant la vérité de toutes les circonstances de ce fait, on n’en peut néanmoins tirer aucune conséquence en faveur des revenants. Il n’est pas difficile de comprendre que l’imagination du marquis de Précy, échauffée par la fièvre et troublée par le souvenir de la promesse que Rambouillet et lui s’étaient faite, lui ait représenté le fantôme de son ami qu’il savait à l’armée et à tout moment en danger d’être tué ; peut-être même était-il informé qu’on devait, ce jour-là, avoir une affaire avec l’ennemi. Les circonstances de la blessure du marquis de Rambouillet, et la prédiction de la mort de Précy qui se trouva accomplie, ont quelque chose de plus grave ; cependant, ceux qui ont éprouvé quelle est la force des pressentiments n’auront pas de peine à concevoir que le marquis de Précy, dont l’esprit, agité par l’ardeur de la maladie, suivait son ami dans tous les hasards de la guerre et s’attendait toujours à se voir annoncer par son fantôme ce qui lui devait arriver à lui-même, ait prévu que le marquis de Rambouillet avait été tué d’un coup de mousquet dans les reins, et que l’ardeur qu’il se sentait lui-même de se battre le ferait périr dans la première occasion. Avant d’ajouter foi à des faits qui passent le cours ordinaire des choses, il en faut avoir la preuve certaine ; et on n’a ici ni témoins, ni monuments, ni historiens, qui méritent une pleine confiance. »
Ce raisonnement est très sage, et c’est dans cette juste appréciation des choses que nous appliquons aujourd’hui, dans nos recherches, les exigences de la méthode expérimentale et que les enquêtes vérifient les faits rapportés. Mais ne rejetons pas tous les récits par une fin de non recevoir, quoique le premier soin de chacun soit de n’admettre ces faits que sous bénéfice d’inventaire. Voilà pourquoi il est important pour notre instruction personnelle de comparer toutes les observations sans aucune idée préconçue.
Remarquons que l’on cherche toutes les excuses pour se dérober : lord Brougham par une « hallucination » ; Collin de Plancy par un « pressentiment ». Restons libres !
Peut-être est-ce...




