E-Book, Französisch, 570 Seiten
Flammarion / Mon Autre Librairie Les maisons hantées
1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-491445-17-1
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
En marge de La mort et son mystère
E-Book, Französisch, 570 Seiten
ISBN: 978-2-491445-17-1
Verlag: Mon Autre Librairie
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Camille Flammarion, 1842-1925 Astronome, fondateur de l'observatoire de Juvisy et de la Société astronomique de France. En marge de ses travaux officiels, il s'intéressa aux aspects inexpliqués de la réalité, et fit un remarquable travail de vulgarisateur. Affirmant qu'il n'y avait là aucun mystère mais uniquement de l'ignorance, il s'efforça, en les étudiant à la lumière de la méthode scientifique, d'ouvrir un chemin vers un nouveau champ d'étude que la science, à son avis, ne pouvait éviter.
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Prologue
Spiritualisme et matérialisme
Réponse à Camille Saint-Saëns, par Camille Flammarion
(Article publié en tête de la Nouvelle Revue du 15 décembre 1900).
Le désaccord entre les psychistes et les anti-psychistes se continuant, malgré le progrès des observations les plus significatives, il me semble que ces pages déjà anciennes peuvent être placées ici en prologue de ce livre, car elles mettent exactement en parallèle les arguments des deux camps opposés. Mon ami Camille Saint-Saëns venait de publier une étude en faveur des facultés cérébrales, contre la théorie de l’âme personnelle. Si l’on compare les termes de cet article avec les lettres publiées dans La mort et son mystère (tomes II et III), on verra que nous ne nous tutoyions pas encore au XIXe siècle. Malgré nos différences d’appréciations, nous avons continué à nous lier de plus en plus jusqu’à sa mort, arrivée le 16 décembre 1921. Les hommes qui cherchent la Vérité en toute indépendance d’esprit peuvent, tout en différant d’opinions, s’estimer et s’aimer. Ils ne connaissent pas l’intolérance. Oui, cet article de la dernière année du siècle dernier a sa place ici comme prologue. Le voici :
Mon cher ami,
Votre savant et charmant article de la Nouvelle Revue vient de passer sous mes yeux, – un peu tardivement, mais, comme vous le savez, j’habite plus souvent le ciel que la terre, – et je l’ai lu comme on écoute une de ces puissantes symphonies dont vous avez le secret, dans lesquelles la science rivalise avec l’art pour produire sur nos esprits le maximum de l’effet. Vous semblez, dans cet article, effleurer le sujet. En réalité, vous nous en laissez entrevoir toutes les profondeurs.
Vous avez absolument raison de dire que les mots spiritualisme et matérialisme ne sont vraiment plus aujourd’hui que des mots, puisque l’essence des choses nous reste inconnue et que les récentes découvertes de la science font reposer le monde visible sur un monde invisible qui en est, en quelque sorte, le substratum. Je vous remercie d’avoir signalé ma modeste excursion dans ce domaine de « l’Inconnu », mais je viens vous demander la permission de répondre à votre interprétation. Vous paraissez craindre que l’étymologie du mot psychique ait exercé une influence sur ma pensée. Les faits exposés dans mon livre ne conduisent pas, selon vous, à admettre l’existence de l’âme. Ces faits, que d’ailleurs vous acceptez avec raison comme authentiques, établiraient seulement ceci : « La force inconnue qui produit la pensée aurait le pouvoir de se projeter en dehors des limites du corps, un cerveau pourrait agir à distance sur d’autres cerveaux ; il ne s’ensuivrait pas que cette force soit de nature spirituelle indépendante du cerveau. »
Voilà l’argumentation que je voudrais examiner et disséquer.
Prenons un fait, si vous le voulez bien, et analysons-le. Une jeune femme m’a apporté, dans mon cabinet, à Paris, la relation suivante, dans laquelle je supprime les noms :
Le jour de notre première entrevue, j’avais vingt ans, lui en avait trente-deux : nos relations durèrent pendant sept ans. Nous nous aimions tendrement.
Un jour, mon ami m’annonça, non sans chagrin, que sa situation, sa pauvreté, etc., etc., le forçaient au mariage, et dans ses explications embarrassées je sentais un vague désir que nos relations n’en fussent pas trop interrompues.
Je coupai court à ce pénible entretien et, malgré mon immense chagrin, je ne revis plus mon ami, ne voulant pas, dans mon amour unique et absolu, partager avec une autre et de bonne grâce cet homme que j’aimais tant.
J’appris plus tard, indirectement, qu’il était marié et père d’un enfant.
Quelques années après ce mariage, une nuit d’avril 1893, je vis entrer dans ma chambre une forme humaine : cette forme, de haute taille, était enveloppée d’un voile blanc qui lui cachait presque toute la figure. Je la vis avec terreur s’avancer, se pencher sur moi, puis je sentis des lèvres se coller aux miennes ; mais quelles lèvres ! Je n’oublierai jamais l’impression qu’elles me produisirent ; je ne sentis ni pression, ni mouvement, ni chaleur, rien que du froid, le froid d’une bouche morte !
Cependant j’éprouvai une détente, un grand bien-être pendant ce long baiser, mais à aucun moment de ce rêve, ni le nom, ni l’image de l’ami perdu ne se présentèrent à mon esprit. Au réveil, je ne pensai plus ou peu à ce rêve, jusqu’au moment où, vers midi, parcourant le journal de..., je lus ce qui suit :
« On nous écrit de X... qu’hier ont eu lieu les obsèques de M. Y... » (ici les qualités du défunt) ; puis l’article se terminait en attribuant cette mort à une fièvre typhoïde causée par le surmenage de fonctions remplies avec conscience. « Cher ami, pensai-je, débarrassé des conventions mondaines, tu es venu me dire que c’est moi que tu aimais et que tu aimes encore par delà la mort ; je te remercie et je t’aime toujours. »
Mlle Z.
Voilà le fait tel qu’il s’est produit : l’ancienne et commode hypothèse d’une hallucination simple ne nous satisfait plus aujourd’hui. Ce qu’il s’agit d’expliquer, c’est la coïncidence de la mort avec cette apparition. Les manifestations de ce genre sont si nombreuses que les coïncidences ne peuvent plus être considérées comme fortuites, et qu’elles indiquent une relation de cause à effet. Vous et moi, libres de tous préjugés, nous admettons que Mlle Z. a vu et senti la présence de son ami à ce moment critique de son départ de ce monde. Des centaines d’exemples du même ordre sont là. Mais nous différons dans l’interprétation : vous ne voyez là qu’un acte cérébral du mourant. Moi, j’y vois un acte psychique.
(Je me suis demandé si, par hasard, la narratrice n’aurait pas parcouru le journal la veille du rêve, sans y prendre garde, et si l’association des idées n’aurait pas pris corps dans son rêve, mais elle m’a affirmé que c’est le lendemain seulement qu’elle a lu le journal. Cette hypothèse doit donc être écartée. Il y a bien eu là communication entre les deux êtres.)
Sans doute, il est toujours difficile de faire la part de ce qui appartient à l’esprit, à l’âme, et de ce qui appartient au cerveau, et nous nous laissons naturellement guider dans nos appréciations et dans nos jugements par le sentiment intime qui résulte en nous de la discussion des phénomènes. Or, n’est-ce pas essentiellement ici une manifestation de l’esprit ? Deux hypothèses se présentent. Ou bien, comme la description l’indique, l’ami était déjà mort lorsqu’il a agi, ou bien il était encore vivant, et, au moment de mourir, cet homme a pensé à cette femme, à cette amie des jours ensoleillés, a eu pour elle un regret, un remords peut-être, et, qui sait, peut-être aussi une espérance en l’au-delà, et cette communication télépathique n’a pas été ressentie immédiatement pendant les agitations diurnes et a été retardée jusqu’aux heures de sommeil et de tranquillité. Ce n’est pas, bien entendu, un fantôme quelconque qui s’est transporté d’une ville à une autre ; c’est une transmission mentale dont les ondes de la télégraphie sans fil nous offrent une image physique. La distance était de 100 kilomètres ; on sait que cette distance ne compte pas.
Cette communication de pensée a pris la forme décrite par la narratrice. Telle est l’impression que nous donne l’examen de tous ces faits, et elle est de plus en plus démonstrative à mesure que nous avançons dans l’étude de ces phénomènes. Voyons, par exemple, un second cas.
Étudiant à l’Université de Kiev, déjà marié, j’étais allé passer l’été à la campagne chez ma sœur, habitant une terre non loin de Pskow. En revenant par Moscou, ma femme adorée tomba subitement malade de l’influenza, et, malgré son extrême jeunesse, fut rapidement brisée. Une paralysie du cœur l’emporta subitement, comme un coup de foudre.
Je n’essayerai pas de vous dépeindre ma douleur et mon désespoir. Mais voici ce que je crois devoir signaler à votre compétence, le problème dont je désire ardemment connaître la solution.
Mon père habitait Pultava ; il ignorait la maladie de sa charmante belle-fille, et la savait avec moi à Moscou. Quelle ne fut pas sa surprise de la voir à côté de lui, comme il sortait de sa maison, l’accompagnant pendant un instant ! Elle disparut aussitôt. Saisi d’effroi et d’angoisse, il nous adressa à l’heure même un télégramme pour s’informer de la santé de ma chère compagne. C’était le jour de sa mort...
Je vous serais reconnaissant pour toute ma vie de m’expliquer ce fait extraordinaire.
Wenecian Bililowsky,
Studiosius medicinæ, Nikolskaja, 21, à Kiev
Ici, également, l’observation a eu lieu après la mort.
Dans cet exemple encore, n’avons-nous pas l’impression d’une origine non matérielle du phénomène, d’une cause morale, mentale, indiquant non seulement...




