Fournier | Le Grand Meaulnes | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 263 Seiten

Fournier Le Grand Meaulnes


1. Auflage 2019
ISBN: 978-2-322-18333-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 263 Seiten

ISBN: 978-2-322-18333-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Le roman retrace l'aventure d'Augustin Meaulnes, racontée par son ancien camarade de classe, François Seurel, devenu son ami. Augustin Meaulnes arrive, par « un froid dimanche de novembre », comme pensionnaire au Cours supérieur de Sainte-Agathe.

Alain-Fournier, pseudonyme d'Henri-Alban Fournier, né le 3 octobre 1886 à La Chapelle-d'Angillon dans le Cher et tué au combat le 22 septembre 1914 (à 27 ans) à Saint-Remy-la-Calonne, est un écrivain français, dont l'oeuvre la plus célèbre est Le Grand Meaulnes (1913).
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Première Partie


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Le Pensionnaire.


Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189…

Je continue à dire « chez nous », bien que la maison ne nous

appartienne plus. Nous avons quitté le pays depuis bientôt quinze ans

et nous n’y reviendrons certainement jamais.

Nous habitions les bâtiments du Cour Supérieur de Sainte-Agathe.

Mon père, que j’appelais M. Seurel, comme les autres élèves, y

dirigeait à la fois le Cours supérieur, où l’on préparait le brevet

d’instituteur, et le Cours moyen. Ma mère faisait la petite classe.

Une longue maison rouge, avec cinq portes vitrées, sous des

vignes vierges, à l’extrémité du bourg ; une cour immense avec

préaux et buanderie, qui ouvrait en avant sur le village par un grand

portail ; sur le côté nord, la route où donnait une petite grille et qui

menait vers La Gare, à trois kilomètres ; au sud et par-derrière, des

champs, des jardins et des prés qui rejoignaient les faubourgs… tel

est le plan sommaire de cette demeure où s’écoulèrent les jours les

plus tourmentés et les plus chers de ma vie – demeure d’où partirent

et où revinrent se briser, comme des vagues sur un rocher désert, nos

aventures.

Le hasard des « changements », une décision d’inspecteur ou de

préfet nous avaient conduits là. Vers la fin des vacances, il y a bien

longtemps, une voiture de paysan, qui précédait notre ménage, nous

avait déposés, ma mère et moi, devant la petite grille rouillée. Des

gamins qui volaient des pêches dans le jardin s’étaient enfuis

silencieusement par les trous de la haie… Ma mère, que nous

appelions Millie, et qui était bien la ménagère la plus méthodique que

j’aie jamais connue, était entrée aussitôt dans les pièces remplies de

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paille poussiéreuse, et tout de suite elle avait constaté avec désespoir,

comma à chaque « déplacement », que nos meubles ne tiendraient

jamais dans une maison si mal construite… Elle était sortie pour me

confier sa détresse. Tout en me parlant, elle avait essuyé doucement

avec son mouchoir ma figure d’enfant noircie par le voyage. Puis elle

était rentrée faire le compte de toutes les ouvertures qu’il allait falloir

condamner pour rendre le logement habitable… Quant à moi, coiffé

d’un grand chapeau de paille à rubans, j’étais resté là, sur le gravier

de cette cour étrangère, à attendre, à fureter petitement autour du

puits et sous le hangar.

C’est ainsi, du moins, que j’imagine aujourd’hui notre arrivée. Car

aussitôt que je veux retrouver le lointain souvenir de cette première

soirée d’attente dans notre cour de Sainte-Agathe, déjà ce sont

d’autres attentes que je me rappelle ; déjà, les deux mains appuyées

aux barreaux du portail, je me vois épiant avec anxiété quelqu’un qui

va descendre la grand’rue. Et si j’essaie d’imaginer la première nuit

que je dus passer dans ma mansarde, au milieu des greniers du

premier étage, déjà ce sont d’autres nuits que je me rappelle ; je ne

suis plus seul dans cette chambre ; une grande ombre inquiète et amie

passe le long des murs et se promène. Tout ce paysage paisible

– l’école, le champ du père Martin, avec ses trois noyers, le jardin

dès quatre heures envahi chaque jour par des femmes en visite – est à

jamais, dans ma mémoire, agité, transformé par la présence de celui

qui bouleversa toute notre adolescence et dont la fuite même ne nous

a pas laissé de repos. Nous étions pourtant depuis dix ans dans ce

pays lorsque Meaulnes arriva.

J’avais quinze ans. C’était un froid dimanche de novembre, le

premier jour d’automne qui fît songer à l’hiver. Toute la journée,

Millie avait attendu une voiture de La Gare qui devait lui apporter un

chapeau pour la mauvaise saison. Le matin, elle avait manqué la

messe ; et jusqu’au sermon, assis dans le choeur avec les autres

enfants, j’avais regardé anxieusement du côté des cloches, pour la

voir entrer avec son chapeau neuf.

Après midi, je dus partir seul à vêpres.

« D’ailleurs, me dit-elle, pour me consoler, en brossant de sa main

mon costume d’enfant, même s’il était arrivé, ce chapeau, il aurait

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bien fallu sans doute, que je passe mon dimanche à le refaire ».

Souvent nos dimanches d’hiver se passaient ainsi. Dès le matin,

mon père s’en allait au loin, sur le bord de quelque étang couvert de

brume, pêcher le brochet dans une barque ; et ma mère, retirée

jusqu’à la nuit dans sa chambre obscure, rafistolait d’humbles

toilettes. Elle s’enfermait ainsi de crainte qu’une dame de ses amies,

aussi pauvre qu’elle mais aussi fière, vînt la surprendre. Et moi, les

vêpres finies, j’attendais, en lisant dans la froide salle à manger,

qu’elle ouvrît la porte pour me montrer comment ça lui allait.

Ce dimanche-là, quelque animation devant l’église me retint

dehors après vêpres. Un baptême, sous le porche, avait attroupé des

gamins. Sur la place, plusieurs hommes du bourg avaient revêtu leurs

vareuses de pompiers ; et, les faisceaux formés, transis et battant la

semelle, ils écoutaient Boujardon, le brigadier, s’embrouiller dans la

théorie…

Le carillon du baptême s’arrêta soudain, comme une sonnerie de

fête qui se serait trompée de jour et d’endroit ; Boujardon et ses

hommes, l’arme en bandoulière emmenèrent la pompe au petit trot ;

et je les vis disparaître au premier tournant, suivis de quatre gamins

silencieux, écrasant de leurs grosses semelles les brindilles de la

route givrée où je n’osais pas les suivre.

Dans le bourg, il n’y eut plus alors de vivant que le café Daniel,

où j’entendais sourdement monter puis s’apaiser les discussions des

buveurs. Et, frôlant le mur bas de la grande cour qui isolait notre

maison du village, j’arrivai un peu anxieux de mon retard, à la petite

grille.

Elle était entr’ouverte et je vis aussitôt qu’il se passait quelque

chose d’insolite.

En effet, à la porte de la salle à manger – la plus rapprochée des

cinq portes vitrées qui donnaient sur la cour – une femme aux

cheveux gris, penchée, cherchait à voir au travers des rideaux. Elle

était petite, coiffée d’une capote de velours noir à l’ancienne mode.

Elle avait un visage maigre et fin, mais ravagé par l’inquiétude ; et je

ne sais quelle appréhension, à sa vue, m’arrêta sur la première

marche, devant la grille.

« Où est-il passé ? mon Dieu ! disait-elle à mi-voix. Il était avec

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moi tout à l’heure. Il a déjà fait le tour de la maison. Il s’est peut-être

sauvé… »

Et, entre chaque phrase, elle frappait au carreau trois petits coups

à peine perceptibles.

Personne ne venait ouvrir à la visiteuse inconnue. Millie, sans

doute, avait reçu le chapeau de La Gare, et sans rien entendre, au

fond de la chambre rouge, devant un lit semé de vieux rubans et de

plumes défrisées, elle cousait, décousait, rebâtissait sa médiocre

coiffure…

En effet, lorsque j’eus pénétré dans la salle à manger,

immédiatement suivi de la visiteuse, ma mère apparut tenant à deux

mains sur la tête des fils de laiton, des rubans et des plumes, qui

n’étaient pas encore parfaitement équilibrés… Elle me sourit, de ses

yeux bleus fatigués d’avoir travaillé à la chute du jour, et s’écria :

« Regarde ! Je t’attendais pour te montrer… »

Mais, apercevant cette femme assise dans le grand fauteuil, au

fond de la salle,...



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