Henry | Le Coquinovirus | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 122 Seiten

Henry Le Coquinovirus

Bande dessinée sans image
1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-322-23233-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

Bande dessinée sans image

E-Book, Französisch, 122 Seiten

ISBN: 978-2-322-23233-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Ce petit livre, considérez-le plutôt comme une bande dessinée. Une bande dessinée sans image. Il s'agit d'une chronique délirante et absurde sur le monde politique et sur certaines de nos élites. Vous verrez, c'est complètement déjanté, BIEN QUE cela se passe surtout à l'Elysée... A moins justement que ce ne soit PARCE QUE cela se passe à l'Elysée. Ils sont tous devenus fous là-bas. Un point à noter : ce livre a été écrit avant que débarque sur terre le virus de la Covid...

Philippe HENRY, est né en 1950 à Paris. Il a coulé des jours plutôt heureux passant au fil du temps quelques années en faculté de lettres à Nanterre, puis en menant une carrière professionnelle au sein de la profession bancaire. Ayant cessé de travailler assez jeune, il a développé une petite activité littéraire d'où naquirent plusieurs romans de genres variés, ainsi que pas de "retours de lectures" qu'il publie sur Facebook (Philippe.Henry retours de lectures)
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Chapitre 1 : La conquête du pouvoir.


Pour parfaitement comprendre cette affligeante histoire, il nous faut remonter quelques années en arrière….

À cette époque, le président n’était que le secrétaire général d’un important parti. Un vieux parti un peu en perte de vitesse mais qui gardait pourtant quelques adeptes. On y idolâtrait les anciennes gloires, dont les portraits figuraient en bonne place dans la plupart des salles de réunion. Entre nous d’ailleurs, ce n’était pas la meilleure idée. Comment voulez-vous qu’un parti ait de l’avenir en regardant en permanence son passé. Peut-on vraiment rester dynamique sous le regard de Léon Blum ? Moi, je ne le pense pas. Heureusement, depuis 1981, on avait pu compléter la galerie de portraits par celui de François Mitterrand, la photo officielle, celle où il portait le collier de grand commandeur de la légion d’honneur. C’était un peu hiératique, beaucoup plus pompeux que les portraits des autres, mais ça en jetait pas mal. Et puis cela flattait l’ego. Depuis 36 qu’on faisait ceinture au parti, cela mettait du baume au cœur.

Pour contenir les ambitions personnelles des uns et des autres, il avait fallu que le parti accepte malgré tout quelques entorses à sa tradition. Ainsi s’étaient multipliés toutes sortes de mouvements secondaires qui, tout en restant dans le parti, avaient vocation à promouvoir tel ou tel dirigeant dans la perspective d’une prochaine élection. On appelait cela des micros partis. Tout petits donc. On disait aussi des mouvements. Les journalistes, toujours taquins, disaient des chapelles. Pour un parti qui avait quasiment inventé la laïcité, cela dénotait de leur part un mauvais esprit qui n’étonnera personne.

Cette semi-liberté était à la fois le gage de leur indépendance et celui de l’unité du parti. Pour en revenir au secrétaire général, lui-même n’était à la tête d’aucun mouvement secondaire. D’ailleurs il n’était même pas candidat, n’ayant aucune chance de réunir un nombre significatif de partisans. Que voulez-vous, il était falot. Enfin falot… quand même, tout au fond de lui, une petite musique commençait de jouer sa ritournelle. Et puis flattée par quelques amis proches, la musique avait pris de l’ampleur pour finalement devenir une symphonie tonitruante à l’envahissement de laquelle le secrétaire général avait eu de plus en plus de mal à résister. Toutefois, il avait conscience que passer de secrétaire général consensuel du parti à candidat non contesté à la présidence de la République française constituait un bond en avant considérable et particulièrement inattendu. Ses pairs avaient élu un mouton et le voilà qui devait soudainement se comporter en loup pour dévorer la plupart de ses anciens amis. Oh, ce n’étaient pas les questions morales qui le faisaient hésiter. Cela faisait bien longtemps qu’il avait fait son deuil de ce genre de considérations. Non, c’était simplement qu’il restait malgré tout attaché à sa tranquillité, aux bonnes soirées entre amis et à tout ce qui aux yeux de cet homme paisible faisait le charme de la vie. Mais voilà, il voyait bien en même temps que si ce n’était pas lui qui passait à l’offensive, ce serait à la fin ses amis qui lui marcheraient dessus. On peut comprendre que cette perspective lui ait semblé désagréable. Alors, il avait manœuvré de main de maître. Il était excellent dans le maniement des egos et la mise au point de chausse-trappes, au fond les outils les plus à même d’assurer une conduite efficace du parti. Il se jouait de ses adversaires sans que ceux-ci s’en rendent compte. Il faut dire qu’on le craignait peu. Sans doute était-ce là pour partie la clé de sa réussite. On le croyait inoffensif. On pensait pouvoir le manipuler. Le fait est qu’il semblait toujours favorable à ce qu’on lui disait. La plupart de ses visiteurs ressortaient de son bureau le sourire aux lèvres. En confiance, ils se livraient aux intervieweurs. Se gardant bien sûr de tout triomphalisme, ils insinuaient volontiers avoir reçu sur tel ou tel point le plein assentiment de leur interlocuteur. Et puis finalement non. Le secrétaire général n’en faisait strictement qu’à sa tête.

Il avait un art consommé de la machination politique. Il convoquait constamment des réunions auxquelles étaient conviés ses conseillers les plus proches. Enfin, quand on dit les plus proches, on se trompe un peu. En effet, le candidat qu’il était sur le point de devenir craignait par-dessus tout ce qu’il appelait « le coup de Jarnac ». Un coup de Jarnac, c’est une trahison provenant de son entourage le plus proche. Historiquement, c’est complètement faux puis c’était à l’origine un coup porté par un certain Monsieur de Jarnac à son adversaire lors d’un duel à la régulière, mais bon, que voulez-vous, tout se déforme. Pour en revenir à notre parti et à son secrétaire général, les réunions qu’il organisait pour tenter d’orchestrer sa montée vers le pouvoir n’incluaient jamais vraiment les conseillers les plus intimes. Ses « vrais amis », il préférait les garder un peu « en dehors du coup ». Il faut dire que ces réunions étaient en fait organisées pour convenir de la manière dont on allait pouvoir détruire tel ou tel des concurrents potentiels. De ce fait elles regroupaient plutôt les conseillers de second rang, en attendant qu’eux-mêmes ne passent un jour au premier rang. Alors, ils se transformeraient en cible pour les futures manœuvres du secrétaire général et les futures réunions. Cela donnait du coup une géographie assez mouvante à la garde rapprochée du futur président. « Et encore une fournée ! » disaient les observateurs extérieurs.

Et puis il y avait les réunions du bureau politique. Elles ne servaient strictement à rien puisque chaque membre influent gardait pour lui les informations importantes qu’il avait pu collecter. Chacun se gardait bien d’apporter à ces réunions la moindre contribution qui aurait pu être utile à ses camarades. En réalité, les décisions importantes se prenaient en aparté, au cours de multiples conciliabules de couloirs. On tenait ces réunions du bureau parce qu’elles étaient statutaires et que personne ne voulait avoir l’air de remettre en cause un fonctionnement ancestral qui avait, depuis très longtemps, parfaitement fait ses preuves. Leur seule utilité résidait dans les minutes qui suivaient leur clôture. En effet, c’est alors que les participants se répartissaient en différents petits groupes aux angles opposés de la salle. On convenait avec son chef de file de rencontres plus restreintes où serait discutée la vraie stratégie que le micromouvement allait mettre en œuvre pour faire obstacle aux velléités conquérantes de tel autre micro mouvement. Ceux qui n’étaient pas concernés par ces apartés s’attardaient un peu autour de la table afin d’attirer l’attention du secrétaire général sur leur disponibilité. Et généralement, cela ne manquait pas : le patron se rasseyait et c’était parti pour un brin de causette dès que le dernier chef de file des autres mouvements avait quitté la salle. Parfois, on faisait venir le whisky. Ce n’était pas bien méchant. Et puis ils papotaient tous pendant des heures. Le secrétaire général était abreuvé de conseils par chacun, au point de s’y perdre un peu. Souvent, pour ne pas faire de peine, il faisait semblant de trouver l’idée intéressante. « Il faudrait approfondir » disait-il. Parfois, il contestait la proposition qu’on lui faisait. Surtout pour s’amuser, parce que de toutes manières il savait qu’il n’en ferait qu’à sa tête. Cela pouvait donner dans sa bouche :

— Tu comprends, on nous rebat les oreilles avec cette histoire. Notre personnalité. Ne pas la laisser se diluer dans celle des autres parait-il. La vraie victoire, ce serait de rester soi-même. D’avoir le caractère suffisamment trempé pour laisser toute prééminence à notre « Je ». Mais d’où cela sort-il ? Pourquoi est-ce que ce serait mieux que ma personnalité prévale sur celle de ma mère, de ma copine ou de mon voisin ? Qui dit qu’elle vaut mieux que les autres, ma personnalité ? Non mais...



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