E-Book, Französisch, 265 Seiten
Houssaye / Mon Autre Librairie Des destinées de l'âme
1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-491445-33-1
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
E-Book, Französisch, 265 Seiten
ISBN: 978-2-491445-33-1
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Arsène Housset (dit Houssaye), Bruyères-et-Montbérault (Aisne), 18 mars 1814 - Paris, 26 février 1896. Écrivain, poète, journaliste, Arsène Houssaye fut toute sa vie un des piliers de l'éblouissante vie intellectuelle française du XIXe siècle. Administrateur de la Comédie française, président de la S.G.D.L., directeur de nombreuses revues, il n'hésita pas à se frotter en plus à la politique, en 1848, mais ne se présenta jamais à l'Académie française. Tous ces engagements ne l'empêchèrent pas de construire une oeuvre extrêmement fournie et de grande tenue, dont les célèbres Confessions.
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II. – Histoire de l’âme
I
Pour sonder l’avenir, il faut sonder le passé. Étudions les routes parcourues avant de tenter les routes encore vierges. Prenons la lampe de l’histoire pour marcher dans les voies nocturnes.
Si l’on veut trouver la racine des croyances et des dogmes qui ont traversé de siècle en siècle la conscience humaine, il faut toujours remonter à l’Inde. La plus ancienne notion enveloppée dans les mythes de l’Orient est l’idée de la métempsychose. Seulement les modernes n’ont point pénétré l’esprit ni le caractère de cette doctrine, aussi vieille que la tradition, aussi profonde que la nature.
Les Hindous vivaient sous l’obsession de l’éternité, de l’infini, de l’incommensurable. Les êtres animés et inanimés qui peuplent l’immensité étaient des émanations de la vie universelle. Simple formes, simples manifestations, ils jouissaient d’une existence relative et passagère. Ils paraissaient et disparaissaient dans le temps et dans l’espace ; mais, au milieu de ces métamorphoses, ils conservaient le germe indestructible de la matière et de l’esprit. Ce qui avait été une fois était toujours.
Frappés des merveilles de la création, contemplateurs du monde, ces théologiens primitifs avaient rattaché tous les dogmes religieux aux phénomènes de la nature. La lumière était pour eux le symbole de la mort ; mais de même que la nuit est une transition passagère, de même le principe de la vie pouvait s’effacer sans pour cela finir. Comme le soleil qui se couche et qui dit en s’éclipsant : « Je reviendrai. »
Ne pas être était une condition même de la vie, puisque la vie était soumise à des temps de repos. Le néant ne constituait pas un état permanent ; c’était le sommeil imposé par la nature à tout ce qui s’était agité et pour ainsi dire fatigué dans les limites de l’existence individuelle. La forme seule s’usait ; mais le principe de cette forme était indestructible comme la pensée, éternel comme le monde, impérissable comme le grand Tout.
Le monde était le rêve de Dieu, rêve sans commencement ni fin ; tous les êtres étaient des pensées : ces pensées inséparables de la matière trouvaient elles-mêmes leur forme à travers les innombrables combinaisons de la puissance créatrice. Pris isolément et dans leur apparence actuelle, c’étaient des ombres, et même des ombres fugitives ; mais pris dans la raison générale de l’univers, c’étaient des fragments indissolubles de la grande nature où tout change mais où rien ne se perd.
Tous ces êtres avaient une âme, si par âme on entend la conscience de son éternité. Seulement comme la vie existe, ou du moins se révèle, à des degrés très différents, selon le caractère de chaque créature, le principe de la vie se développait dans le cours des siècles à travers des incarnations successives.
Chaque être inférieur aspirait à monter vers les degrés supérieurs de cette échelle de Jacob dont les pieds posaient sur la terre, mais dont les extrémités se perdaient dans les solitudes étoilées du ciel.
Les minéraux, les plantes, les animaux avaient une âme ; cette âme passait ainsi graduellement d’une vie latente à une forme plus étendue de la vie extérieure. Ce que nous appelons la chaîne de la nature était ainsi la chaîne des progrès de la matière unie à l’esprit et tendant sans cesse vers un épanouissement de l’existence. Dans les anciennes cosmogonies, la création est ordinairement représentée par le serpent, à cause des anneaux qui se succèdent sur le corps de l’animal, à cause surtout des dépouilles que le reptile laisse derrière lui en faisant peau neuve, préfaces de la mort, quoique l’être vivant persiste et continue de se mouvoir dans le cercle du temps.
Grandiose et poétique conception ! Quand l’homme reposait ses yeux sur le spectacle de la nature, il ne voyait pas seulement dans les plantes et les animaux qui vivifient la surface de la terre de simples ornements de la création : il y voyait les formes que le principe de son existence actuelle avait traversées dans ses existences antérieures. Comprendre les arbres, les fleurs et les oiseaux n’était point un effort de son imagination : il avait été lui-même tout ce qui vit. Pour les aimer, il lui suffisait de se souvenir. Dans le parfum sauvage des forêts il respirait ses anciennes transformations, et dégageait des murmures inarticulés de la vie l’écho de ses vagues réminiscences qui se répondaient les unes aux autres jusque dans la profondeur des cavernes sacrées. L’histoire du monde était en un mot son histoire.
À ce sentiment de solidarité entre toutes les existences liées entre elles par la série des incarnations, il faut rapporter sans aucun doute le respect des anciens pour toute la nature. De quel droit l’Indien abattrait-il un arbre séculaire ? Cet arbre est un des langes de sa vie antérieure ; le déchirer se serait se détruire lui-même dans une de ses plus antiques manifestations sur le globe. Tuer un animal, il l’oserait encore moins ; car ce serait attenter à sa propre existence dans une des formations provisoires et nécessaires de sa vie. Cet animal deviendra homme ; c’est une question de temps, et qu’est-ce que le temps ? Une goutte d’eau dans ce fleuve qui cache sa source et qui coule toujours.
L’architecture ne faisait que chanter dans une langue symbolique le poème de cette vie enchaînée par les liens de la continuité et du mouvement ; là les formes apparaissent telles qu’elles sont dans la théologie hindoue, innombrables, fugitives, détachées les unes des autres, ou pour mieux dire, engendrées. Les âmes voyagent dans le temps et dans l’espace : elles revêtent séculairement toutes les figures sous lesquelles l’existence apparaît, disparaît, reparaît. Les monuments sont des rêves de pierre ; mais l’univers lui-même n’est qu’un songe, le songe de la vie universelle, où toutes les incarnations flottent comme les ombres d’une forêt sur l’Océan.
II
Les Grecs et les Romains, s’ils ne l’ont dédaigné, n’ont pas bien compris ce dogme antique de la métempsycose. La tradition s’était perdue. Ils ont remplacé les idées des Hindous par des imaginations poétiques ou par des images symboliques des forces de la nature. On a cru et l’on croit encore que les Hindous, dont les autres peuples de l’ancien Orient ont plus ou moins recueilli les mystères religieux, les doctrines, les croyances, admettaient une renaissance des êtres uniquement régie par le hasard. La métempsychose ainsi envisagée serait une loi fatale et aveugle, en vertu de laquelle l’âme des bêtes passerait alternativement dans le corps des hommes et l’âme des hommes dans le corps des bêtes, sans que rien déterminât ces fluctuations du sort. D’autres ont cru, au contraire, que les anciens Orientaux professaient un ordre mécanique, un mouvement rotatoire des faits. D’après ce système, le principe de la vie, après s’être élevé des degrés inférieurs de la nature jusqu’à l’homme, aurait ensuite rétrogradé de l’homme jusqu’au brin de mousse, en passant par la série des animaux. Ces deux conceptions sont également chimériques.
Les anciens croyaient à l’aspiration de la vie, à l’accroissement infini et illimité de la personnalité renaissante. On a pris pour la règle ce qui était au contraire l’exception. Il y avait bien, il est vrai, des punitions où l’homme, après avoir acquis la prérogative humaine, perdait ses droits à une telle dignité, pour retomber dans les ténèbres du monde inférieur – à peu près comme Nabuchodonosor qui, dit la Bible, fut changé en bête et alla brouter l’herbe des forêts pendant sept années – à peu près aussi comme ces peuples qui, après avoir atteint à la lumière de la civilisation, redescendent dans les profondeurs de la vie barbare. Qu’étaient ces renaissances malheureuses ? Des châtiments, des purifications. La nature disait à l’homme : « Tu as cherché les mœurs de la brute : tu renaîtras brute. Enveloppé dans l’organisation des êtres inférieurs comme dans une prison, tu traîneras lamentablement à l’ombre des bois le spectacle de ta grandeur déchue. Tu t’es ravalé jusqu’au lion par ta férocité, jusqu’au paon par ton orgueil, jusqu’au pourceau par son matérialisme : redeviens ce que tu as voulu être. Les souvenirs vagues de l’existence humaine, dont tu as librement repoussé la lumière, te poursuivront jusque dans la nuit de ta nouvelle existence. Ce sera ton remords et ton supplice. »
L’âme redevenue brute, anima fiera divenuta, comme s’écrie Dante, tel était l’enfer des Hindous. Ces réprouvés qui avaient cherché eux-mêmes et trouvé leur déchéance étaient après tout en dehors des lois ordinaires de la nature. Leur retour aux existences inférieures avait le caractère d’une épreuve. Tôt ou tard le principe ascendant de la vie reprenait ses droits, et les âmes rachetées par leur prison nocturne dans le corps des animaux remontaient à la dignité d’homme.
Pour les Hindous il n’y avait donc ni commencement ni fin ; seulement, il y avait des formes qui, soumises à la loi du temps, naissaient et mouraient. À chacune de ces destructions partielles, l’âme retournait dans le sein de la vie universelle pour s’y recueillir et s’y retremper. L’intervalle entre la mort et la renaissance n’était ainsi qu’un temps de sommeil. Dormir dans le sein de Dieu, cette expression qui a passé dans toutes les langues est l’image fidèle des anciennes croyances. Ce que durait ce...




