Huret / Mon Autre Librairie | En Argentine | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 1116 Seiten

Huret / Mon Autre Librairie En Argentine


1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-491445-92-8
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 1116 Seiten

ISBN: 978-2-491445-92-8
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
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Description émerveillée de l'Argentine dans les années 1900 par un écrivain voyageur journaliste. Après l'indépendance le pays en pleine structuration vit une explosion économique inouïe. Autour de l'ancienne souche espagnole s'est constituée une société hétéroclite mais soudée et très attachée à sa nouvelle patrie. Les Français y sont nombreux. C'est une des nombreuses surprises que nous révèle cet ouvrage étonnant. (Édition annotée)

Jules Huret, 8 avril 1863, Boulogne-sur-Mer, 14 février 1915, Paris. Obligé de travailler de bonne heure, Jules Huret "monte à Paris" en 1885. Il trouve vite sa place dans le journalisme, et dès 1890 devient un collaborateur régulier de l'Écho de Paris. En 1892 il entre au Figaro, où il tient plusieurs chroniques. Il écrira pour ce journal des reportages fournis tirés de ses nombreux voyages, où son art consommé de la rencontre lui ouvrait toutes les portes. Ce colosse de l'écriture partit dans la force de l'âge, victime d'une longue maladie de coeur.
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II. – Buenos Aires. Premières impressions.

Avant l’arrivée. – Faut-il flatter les Argentins ? – Oui, diront les parvenus. – Non, dira l’élite éclairée. – L’arrivée à Buenos Aires. – À quoi ressemble la capitale argentine. – Pas de dépaysement. – Impression de richesse et d’activité. – Une légende qu’il faut abandonner. – Où sont les rastaquouères ? – Correction britannique. – Une ville qui aime les arbres. – Uniformité. – Étendue. – Contrastes.

Nous approchons. Demain, nous toucherons la côte de l’Uruguay, et après-demain nous serons à Buenos Aires.

J’ai hâte, à présent, d’arriver. Je sens s’aviver ma curiosité, j’essaye de m’imaginer ce pays nouveau, si lointain. Comme je vais regarder tout ! Avec quelle ardeur j’interrogerai chacun !

Une crainte me saisit.

Je songe à ma manie de dire tout ce que je pense et de raconter tout ce que je vois. Comment les Argentins prendront-ils cela ?

– Vous ne devez pas aimer beaucoup les critiques, Latins et vaniteux que vous êtes ? demandai-je à M. M. P.

– Il est vrai, me répondit-il. Nous supportons assez bien la critique que nous faisons de nous-mêmes, et nous plaisantons facilement nos propres défauts. Mais nous sommes très sensibles à celle de l’étranger.

– Peut-être est-ce là l’excuse de tant de gens qui écrivirent ou parlèrent sur l’Argentine, et qui, voulant vous plaire, vous rendirent ridicules à force de compliments ?

– Cependant ne croyez pas que ces éloges outrés nous conviennent. Nous avons une vision très nette de notre situation, et une connaissance sûre de nos caractères.

Quelqu’un dit, qui me parut sage :

– Il y a certes, chez nous, des gens grossiers, et surtout des Argentins de date récente, à qui nulle adulation ne paraît exagérée. Mais il y a aussi une élite éclairée, intelligente et fine, qui vous saura gré de vos critiques et de votre sincérité. On nous a flattés jusqu’ici. Nous ne sommes que trop portés à nous approuver. Nous avons surtout besoin désormais de vérités, même un peu sévères, si elles demeurent justes. On criera peut-être un peu, d’abord. Puis vous aurez tout le monde avec vous. Car, au fond, nous ne sommes pas des imbéciles.

Je savais déjà cela.

Nous arrivâmes à Buenos Aires par une belle matinée d’hiver. C’était en juillet, et, pour débarquer, toutes les dames argentines du bord, avec une coquetterie d’une naïveté désarmante, avaient sorti les toilettes les plus nouvelles qu’elles rapportaient de Paris.

Ainsi le veulent la mode et la hâte fiévreuse de celles qui attendent. L’une de nos compagnes de route, qui pleurait d’émotion en apercevant sur le quai sa mère qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps, descendit de la passerelle l’une des premières, et, à peine à terre, je la vis entourée d’amies et de parentes, pivotant sur elle-même, tenant, d’une main, son mouchoir mouillé de larmes, et de l’autre, ouvrant son manteau de fourrure, avec le geste d’en montrer la doublure, une doublure aussi belle que le manteau lui-même. Ses pleurs n’étaient pas encore séchés qu’elle souriait aux compliments.

Du quai, une seule construction attire le regard vers la ville. C’est le dernier hôtel bâti, le Plaza Hotel, haut de sept étages, qui se détache, tout blanc, dans le bleu du ciel. Donc, rien de l’arrivée à New-York, rien de l’aspect monumental des villes d’Amérique du Nord, comme l’ont prétendu, dit-on, des descriptions approximatives. La première impression que l’on éprouve, au contraire, c’est que l’on met le pied dans une grande ville européenne et proche de Paris. Cette impression vient de ce que rien de saillant ni de topique ne s’impose à vous. Il est vrai que les rues sont disposées en damier et que beaucoup de maisons n’ont qu’un rez-de-chaussée, mais on ne s’aperçoit pas tout de suite de ces particularités, pris qu’on est par le spectacle de la circulation.

Quelle ville Buenos Aires rappelle-t-elle au souvenir ? Aucune à proprement parler. Londres, si l’on veut, par ses étroites rues peuplées de banques, ses marchands d’allumettes et les casques noirs de ses policemen ; Vienne par ses fiacres-victorias à deux chevaux ; l’Espagne entière par ses maisons à façades plates, à fenêtres grillées, et ce qui reste de sale dans certaines rues éloignées ; New-York par ses cireurs de bottes ; Paris par sa belle avenue de Mai, ses trottoirs spacieux, ses cafés à terrasses.

Je n’éprouvai donc, tout d’abord, aucun dépaysement, aucune de ces sensations d’exotisme qui vous font évaluer les distances et précisent en vous la notion de l’éloignement. Si vous débarquez cependant par une de ces belles journées d’hiver ensoleillées, qui ne sont pas rares en ce pays, vous êtes séduit par la douceur de l’air et la pureté idéale du ciel. Les palmiers poussent en pleine terre, et au bois de Palermo, où vous porte votre première promenade, les grands eucalyptus, les poivriers, les bambous vous assurent que vous êtes dans un climat béni, celui d’une Riviera enchantée, où la vie doit être abondante et facile.

Du quai où le navire accoste jusqu’au centre de la ville, vous êtes frappé de l’atmosphère vivace et de l’activité allègre qui règne partout. Je n’échappai pas à la surprise générale – que je vérifiai par la suite chez les nouveaux débarqués – devant cette ville énorme, devant cette grande inconnue qui depuis vingt ans s’épanouit dans le silence sans que ses sœurs latines daignent s’en apercevoir. Ce vaste port, avec ses quais nets et propres comme ceux d’un port allemand, fourmillant de navires à l’ancre sur trois et quatre rangs, l’ordre du débarquement, la politesse des fonctionnaires, l’ampleur et la commodité des locaux de la douane, ces automobiles luxueuses qui vous emmènent à travers les voies centrales conduisant aux hôtels, le mouvement des rues commerçantes, de cette rue Florida trop étroite avec ses magasins parisiens, la bousculade des rues voisines, 25 de Mayo, Bartolomé Mitre, Reconquista, les bureaux d’affaires et les banques grouillantes, illustrés de plaques aux lettres de porcelaine blanche, qui vous transportent sur le champ en plein centre de la cité de Londres ou de Hambourg, tout cela, séparément et vu d’ensemble, c’est la grande ville européenne, mélange des capitales et des métropoles commerciales de l’Europe.

Rien d’indigène ne vient troubler cette impression. Car où sont les gauchos arrivant du campo, les mendiants à cheval, les Carmen poudrées et fardées que je m’imaginais voir ? Dans quel lointain quartier faudra-t-il aller pour entendre, le soir, les sérénades aux balcons ? Je ne vois partout que des femmes élégantes dont les toilettes arrivent tout droit de la rue de la Paix et des jeunes gens habillés dans Piccadilly, affalés sur les coussins des voitures.

Une impression de richesse s’ajoute bientôt à celle de l’activité. Le luxe des attelages et de ces autos qui filent par les avenues, la tenue générale des passants, élégants, pommadés, cirés, astiqués, cravatés à la dernière mode, presque tous chaussés de bottines vernies étincelantes comme des morceaux de vitre au soleil, fortifient l’impression de prospérité que vous donnait tout à l’heure le mouvement du port et des rues commerçantes.

Mais je cherche en vain les gens en cravate rouge, avec des boutons de chemise en diamant gros comme des noisettes, et des breloques retentissantes. Je vois des gens comme vous et moi, un peu plus élégants tout de même, mais d’une correction britannique peut-être exagérée, car ce qui va aux Anglais, à leur affectation de raideur et de flegme, ne convient pas toujours aux Latins vifs, gesticulants et spontanés. Il y a certainement plus de chaussures laquées ici que partout en Europe. On y a visiblement le goût de ce qui brille, et les pieds soit vernis, soit cirés, me rappellent, par leur netteté, ce qu’on voit des pieds des Athéniens et des Espagnols.

Cette sensation de prospérité et de luxe s’accroît encore si l’on va vers les quartiers de l’ouest, quartiers somptueux qui sont notre Passy ou notre Plaine-Monceau, avec plus de variété, et des hôtels privés dont quelques-uns sont d’un goût excellent. Par endroits, c’est Berlin, ou plutôt Charlottenbourg, Schönberg, Wilmersdorf, dans leurs nouvelles rues de résidence, mais avec plus de style et d’élégance.

La propreté des rues, la régularité et l’insistance du service de nettoyage, vous rappellent aussi les villes allemandes. Des hommes munis de balais et de pelles se tiennent en permanence sur les artères les plus fréquentées, et raclent et balaient toute la journée.

Il faut souligner l’admirable effort de la municipalité de Buenos Aires pour assainir la ville et l’embellir, pour créer dans son enceinte de brique et de fer une parure de verdure et d’ombre que la nature ne lui a pas donnée. Et l’on peut dire qu’à l’heure présente, à part les quartiers du centre où l’étroitesse des voies et des trottoirs ne le permet pas, toutes les rues ont leurs deux lignes d’arbres, les avenues leurs quatre ou leurs six rangées de peupliers, de platanes ou de tipas.

Je ne parle pas des places, ni des squares, ni des parcs qu’une administration imprévoyante avait, dans le passé lointain, un peu trop négligés. Plus avisé, M. Guiraldès, intendant de la capitale, homme de la terre et de goût artiste, les multiplie à plaisir, aidé par un de nos compatriotes les plus estimés, M. Thays,5 le grand Le...



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