Kant | La religion dans les limites de la simple raison | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 226 Seiten

Kant La religion dans les limites de la simple raison


1. Auflage 2019
ISBN: 978-80-273-0261-1
Verlag: e-artnow
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 226 Seiten

ISBN: 978-80-273-0261-1
Verlag: e-artnow
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La Religion dans les limites de la simple raison est écrit en 1793 par Emmanuel Kant. Bien que le but et l'intention de l'auteur prêtent à discussion encore aujourd'hui, l'influence immense et durable du livre, sur la théologie et la philosophie de la religion, est incontestable. Le livre est composé de quatre parties ou 'pièces' écrites dans des revues et qui furent réunies par la suite. L'ouvrage tend à distinguer les éléments d'une foi purement rationnelle, qui pour Kant constitue l'essentiel de la religion, des éléments institutionnels. Il propose une intense réflexion sur le mal moral.

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AVANT-PROPOS.


L’objet de cet écrit est la solution de l’un des trois grands problèmes qui s’agitent sourdement au sein des sociétés : je veux parler du problème religieux.

L’auteur de cette solution est l’illustre philosophe de Kœnigsberg, dont le puissant génie devança de beaucoup les événements. Son grand nom trouve aujourd’hui de l’écho dans tout le monde éclairé ; mais l’homme remarquable qui le porta n’a pas encore été, en France, le sujet d’une de ces études patientes, curieuses des moindres détails, avides de toutes les circonstances caractéristiques, et, par conséquent, est à peu près inconnu de nous. La philosophie féconde qui est comme l’auréole de ce nom, est commentée aujourd’hui avec une persévérante ardeur ; et bientôt sans doute l’on nous développera, avec l’étendue que mérite ce point considérable de l’histoire, le rapport, déjà signalé, de l’œuvre révolutionnaire de Kant avec les événements politiques au milieu desquels il l’accomplit. Dans cette double étude, celle de la vie vraiment antique de l’auteur de la Religion dans les limites de la raison, et celle du rapport de la haute spéculation avec l’état social à la fin du dernier siècle, on puisera les garanties d’austérité sublime, de vertu stoïque, ainsi que les preuves de la profondeur de génie, de l’étendue de coup d’œil, qui ne peuvent jamais être plus nécessaires et jamais être exigées avec plus de droit qu’alors qu’il s’agit de l’immense question religieuse, de sa solution selon les exigences du présent et celles de l’avenir.

Cet important travail, qui confirmerait un des principes les plus féconds posé par M. Cousin, a été commencé déjà par plusieurs écrivains, mais est encore loin d’être achevé. Sa place serait évidemment en tête de cette publication, s’il ne devait former un gros livre à lui seul : nous n’entamons donc point ici ce trop vaste sujet. Nous voulons seule ment exposer l’idée-mère de la Religion de Kant, et fixer un moment l’attention sur le plan remarquable de cet ouvrage qui, ardu, hérissé, rebutant pour la forme, est tout à fait en rapport, pour le fond, avec les opinions instinctives des masses elles-mêmes au dix-neuvième siècle.

Toutefois, qu’on nous permette de raconter auparavant l’émotion qui, tantôt, à propos de l’ouvrage de Kant, s’empara de nous, et que nous tairions avec un soin scrupuleux, si de notre récit ne pouvait, ne devait résulter un enseignement utile.

Je m’occupais de réduire, dans ma pensée, le travail qu’on va peut-être prendre la peine d’étudier ; je coordonnais avec soin les réponses, ou ingénieuses ou profondes, que Kant fait aux diverses questions religieuses soulevées depuis dix-huit siècles, et même depuis le commencement de la réflexion dans l’humanité ; je reconnaissais avec bonheur l’accord de ses opinions philosophiquement mûries et des intuitions spontanées des sociétés dépouillées de préjugés religieux ; j’étais ravi d’admiration devant ce grand génie posant, il y a déjà soixante années, des principes qui ont germé dans les esprits, et qui porteront bientôt les fruits ardemment désirés ; j’étais plongé dans cette calme, douce et sainte méditation, lorsque je sentis tout à coup mon cœur, comme en proie à une vive crainte, battre violemment, un frisson de fièvre me parcourir tous les membres, et mes yeux se remplir d’amères larmes. Je venais de m’apercevoir que dans ce livre, pourtant vaste et profond, de Kant ; dans ce livre qui traite de la religion, le mot d’amour le mot de charité ne se trouvent point prononcés. A cette découverte tardive, je sentais mon âme comme se fondre d’admiration pour la doctrine catholique, qui m’apparaissait alors semblable à une de ces vierges grandes, belles et graves qui, par le chaste amour qu’elles nous inspirent, nous purifient. Dans ce moment, où je croyais m’être affranchi, trop tard ! d’une illusion, je ne pus retenir cette exclamation de colère : « Eh bien ! livre maudit ! tu paraîtras tout de même ! tu seras l’évangile des hommes sans cœur ! » Et je restai tout le jour bourrelé par le doute et les perplexités. Je me demandais incessamment, avec un sentiment d’indignation profonde : Comment la raison peut-elle s’ingérer de répondre au cœur ? Ces deux facultés, qui ont chacune leur langage, peuvent-elles jamais se comprendre ? La raison, surtout, au milieu de sa sphère d’abstractions, de déductions logiques, concevra-t-elle jamais rien aux élans sublimes du sentiment ?

Qu’on me pardonne la révélation publique de cette crise intellectuelle à cause de la réflexion qu’elle suggère et du secours qu’elle peut apporter à quelques jeunes et ardents chercheurs de la vérité.

La religion, ce fond de toute philosophie, cette fin de toute vie humaine, se compose essentiellement de deux parties : l’une, qui ressortit de la raison ; l’autre, qui ressortit du sentiment. Les sectes qui fondent la religion sur la raison exclusivement, de même que celles qui l’étayent sur le sentiment seul, tout comme celles qui la font reposer sur la raison et sur le sentiment, en donnant toutefois à ces deux facultés une autorité égale, se trouvent toutes à côté du vrai, et sont bientôt jetées, par la logique et la force de leur principe même, dans les plus graves erreurs. C’est que le sentiment et la raison ne peuvent pas être placés au même rang. Dans la spéculation, dans l’investigation de la vérité, cela est hors de doute : les révélations du sentiment, bien qu’elles puissent être vraies, que leurs objets puissent être vrais, ne sont pas d’une certitude apodictique, démontrée ni démontrable. Dans la pratique, sous le rapport pragmatique, comme parle Kant, il n’y a pas non plus à hésiter : le sentiment doit être subordonné à la raison : seul, abandonné à lui-même, le sentiment, comme moyen de connaissance, jette dans les extravagances du mysticisme ; comme règle de conduite, il expose à la superstition, au fanatisme et aux déceptions les plus amères : qui ne le sait de reste ? Il est donc bon, il est donc utile, il est donc ; nécessaire que le sentiment, comme cela s’observe d’ailleurs dans la vie journalière, soit soumis à la raison qui le dirige. Mais, au nom même de la raison, il faut prendre garde qu’elle n’anéantisse le sentiment ; car il ne resterait, chose bien évidente, que des natures mutilées.

Cette nécessité, en matière de religion, de la coexistence de la raison et du sentiment, et cette nécessité de la subordination de l’un à l’autre, sont un double principe dont il ne faut point se départir, si l’on ne veut être entraîné dans les opinions les plus gravement erronées en étudiant et les rationalistes purs et les mystiques à tous les degrés. « Tant importe, lorsqu’on allie deux choses, l’ordre dans lequel on les unit ! »

Quand je dis que la raison et le sentiment ainsi subordonnés constituent la religion vraie, je dis la vie de tous les jours et de tous les instants. Car la vie est un devoir continuel, et la religion véritable est l’accomplissement des devoirs considérés comme autant de commandements divins. Telle est l’admirable définition que Kant donne de la religion. Son livre, qu’il destinait au peuple et qui ne suppose qu’indirectement la connaissance de ses écrits antérieurs, a deux tendances : l’une, à transformer le présent ; l’autre, à fonder l’avenir. La première, comme on voit, est le moyen de la seconde, qui est la fin : il montre, dans la conception de ce plan, qu’à toutes ses connaissances théoriques et spéculatives il joignait une certaine aptitude aux affaires ou du moins à la direction sage, progressive des esprits. Il interprète une à une toutes les parties du dogme chrétien ; il discute tous les articles de foi du protestantisme et du catholicisme sous le point de vue rationnel, et donne sur chacun des points essentiels, des explications parfaitement positives, parfaitement raisonnables et admissibles. Il n’est guère qu’une question qu’il tranche avec l’autorité d’un homme d’un grand caractère, sûr de lui, de sa moralité, de la pureté de ses sentiments et de la force de sa volonté dans l’exécution : je veux parler de la question de la confession auriculaire dans l’Église catholique. Il représente Jésus non point comme une idée, mais comme la manifestation de l’idéal le plus parfait de l’humanité, et, dans cette manière de le concevoir, dans cette représentation de l’exemplaire, du type et du modèle tout ensemble de l’homme, l’homme-Dieu ne reste-t-il pas tout entier ? La loi morale nous représente une fin à atteindre, et, par cela même qu’elle nous la propose, nous devons graviter incessamment vers cette fin, et nous le pouvons, sauf à en rester toujours à une grande distance. Nous ne devons nous reposer de notre développement moral, de cette ascension continuelle vers le bien absolu, que sur nous seuls, et n’admettre d’autres mobiles d’actions que les injonctions inconditionnées de la morale suffisante par elle-même. Mais c’est n’accomplir qu’une portion de ses devoirs que de travailler à son amélioration individuelle ; il faut encore établir un État divin, une cité de Dieu, une république morale, dans laquelle doit entrer le genre humain tout entier. C’est ainsi, c’est par la religion rationnelle seule que peut être réalisée la véritable Église universelle. Le sacerdoce ne peut être une mission divinement confiée à quelques-uns : il appartient à tous les hommes,...



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