Lafont | L'Os du Toufoulkanthrope | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 208 Seiten

Lafont L'Os du Toufoulkanthrope

(Récit plus ou moins scientifique)
1. Auflage 2019
ISBN: 978-2-322-13012-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 0 - No protection

(Récit plus ou moins scientifique)

E-Book, Französisch, 208 Seiten

ISBN: 978-2-322-13012-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
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Aristide Poiret, professeur de paléontologie au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, se trouve ballotté entre deux découvertes: celle, hautement scientifique, du plus vieil hominidé jamais exhumé dans le monde: le Toufoulkanthrope, et celle, plus récente et charnelle, d'une petite culotte tombée du ciel! L'éminent scientifique saura-t-il choisir entre un tibia fossilisé, mainte fois millénaire, et les dessous affriolants de sa voisine du dessus, la belle Ludivine? Ce récit amusant, qui se déroule presque entièrement , avec son escorte de personnages pittoresques, dans les rues de la Capitale, à la fin des années 1980, illustre le conflit éternel entre cerveau et libido. Qui aura le dessus? La réponse, toute classique, à la fin du roman!

Professeur de français, aujourd'hui retraité, Yves Lafont nous livre quelques uns de ses écrits, d'hier et d'aujourd'hui : romans, nouvelles, aphorismes, petits textes en prose ou en vers, accommodés à des sauces stylistiques diverses, généralement drôles et facétieux, mais aussi saupoudrés de pensées profondes. Pour les amateurs/trices d'humour et de bons mots...
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Chapitre 2


Le professeur Aristide Poiret ne sortit pas du Muséum d’Histoire Naturelle par la rue Geoffroy St Hilaire comme il le faisait d’habitude mais par la rue Buffon et le quai St Bernard où l’apaisante perspective de la Seine lui faisait, durant quelques instants, oublier les fatigues de longues heures entièrement dévolues à la science paléontologique. Solidement campé sur sa bicyclette rouge, les sacoches du porte-bagages alourdies de dossiers, il circulait à bonne allure, pédalant hardiment. A cinquante ans, le professeur était dans la force de l’âge, vigoureux, de haute taille, le buste droit, la tête, aux traits fermes et réguliers, solidement posée sur un cou droit et long. Ses cheveux courts, régulièrement implantés sur son crâne, avaient conservé intacte leur couleur brune et leur densité étonnante ; autant de traits qui eussent pu le faire se considérer pour s’il se fût un tant soit peu soucié des apparences. Au lieu de cela, le professeur appartenait à cette catégorie de personnes que nous pourrions qualifier tant les mouvements centrifuges de la vie intérieure, les réflexions absconses et les pensées abstraites, avaient, au cours des ans, aspiré son ego vers un centre de gravité situé assez loin dans les profondeurs de lui-même.

Il se trouve que ce jour-là, alors qu’il circulait parfaitement indifférent au vacarme d’automobiles bloquées par une grève de professeurs de collège en marche vers le quai de Grenelle, son esprit, sujet à des pensées violentes et contradictoires fut saisi d’étrange confusion. Depuis quelques semaines, les événements semblaient se précipiter dans sa vie, en brisant le cours laborieux. En premier lieu, lui venait sans cesse à l’esprit l’extraordinaire découverte paléontologique qu’il avait faite, un mois plus tôt, et qui semblait sur le point de bouleverser toutes les données scientifiques sur les origines de l’homme : l’insoupçonné, l’inattendu, le formidable Toufoulkanthrope, l’Homo Primus, l’Ancêtre des Ancêtres, le Fécondeur des origines !

Il croisa encore ici ou là quelques groupes tonitruants d’adultes bigarrés arborant de grandes pancartes, dont l’un portait, en guise de masque, une énorme tête d’éléphant aux longues défenses recourbées. « Elephas primigenium » - mammouth laineux - ne put-il s’empêcher de penser à part lui, avant de mesurer, dans toute son ampleur, l’incongruité de cette réflexion. Bientôt, quelque dinosaure sortirait de la Seine ! Il se força à sourire, et pédala de plus belle.

Il y avait bien autre chose encore, qui le taraudait sans cesse d’une manière pernicieuse, et de laquelle, pour rien au monde, il n’aurait pu parler… Une chose si étrangère à sa nature que son évocation le plongeait aussitôt dans un état de torpeur languide, à la fois doux et douloureux, presque insupportable. Une forme de rêve flou, au contour de dentelles, une image entr’aperçue, blanche et vaporeuse ! Une… une… petite culotte de femme, retrouvée suspendue, la veille, sur le feuillage de son araucaria !

Ainsi, Aristide Poiret, en se mordant les lèvres, atteignit son logis de la rue Lacépède dans un état peu ordinaire de surexcitation, lancé désormais sur sa bicyclette à une vitesse stupéfiante.

On se doute à quel point, l’appartement du professeur Poiret pouvait différer de celui de Ludivine Beaufort, sa voisine, bien qu’il fût, en un peu plus grand, construit sur le même modèle. Il sera plus rapide, pour le décrire, d’indiquer qu’il ressemblait assez aux salles encombrées du Musée d’Histoire Naturelle dont il n’était, en quelque sorte, qu’une extension privée. S’y retrouvaient en effet, en sus de l’héritage familial constitué du grand lit de chêne et d’une immense armoire « début du siècle », tout le bric à brac nécessaire à diverses expériences, ainsi qu’un nombre impressionnant de livres. Toutefois, ce qui frappait le plus, était un grand squelette qui se dressait dans le couloir d’entrée, celui d’un homme de Tautavel, en résine synthétique, offert par ses collègues du département de paléontologie anthropologique, lorsqu’il avait succédé, à la tête du DPH1, au très éminent Professeur Khär, son maître.

Par habitude, le professeur Poiret laissait ouverte la porte de la cuisine, de telle façon qu’il pût voir en rentrant le magnifique plan d’araucaria qui s’étalait majestueusement sur le balcon. Il serait, au demeurant, plus juste d’ajouter qu’il ne fermait point cette porte pour que l’arbuste pût le voir, lui, lorsqu’il regagnait son logis. En effet, l’étonnant végétal d’une espèce fort rare, ramené de Patagonie quelque dix ans plus tôt, avait pour habitude de saluer l’arrivée de son maître d’un imperceptible frémissement des feuilles. Cette propriété dite qui se manifeste également chez d’autres végétaux, atteint, pour les araucarias, des formes supérieures. Doit-on pour autant, parler de langage des plantes ? Assurément, sommes-nous tentés de répondre. Élevé depuis son plus jeune âge - tout bébé pourrait-on dire - au contact d’un homme de science, attentif à sa végétation, l’arbuste avait manifesté, très tôt, une intelligence tout à fait remarquable. Ainsi, pouvait-il non seulement exprimer des sentiments primaires comme la joie ou la tristesse, mais encore des nuances bien plus complexes de la panoplie affective et morale : la reconnaissance, l’indignation, l’agacement, la pitié, l’ironie, le sarcasme… Il va sans dire qu’il parvenait, sans aucune difficulté, à faire comprendre au professeur qu’il désirait un peu plus d’arrosage, davantage de terre ou quelque application supplémentaire d’engrais ou bien d’insecticide. Tout dernièrement, il avait fait changer son pot.

Le professeur l’avait baptisé Alexandre.

Fort rarement, il pouvait advenir que quelques tensions existassent entre l’homme et la plante. Ce jour-là, par exemple, le Professeur Poiret ne put faire autrement que remarquer, dans le salut que lui lança l’arbuste, comme un soupçon moqueur qui l’irrita au plus haut point. Il tourna ostensiblement les talons et pénétra dans son bureau.

La première chose qu’il fit fut de s’assurer que l’os, l’os du Toufoulkanthrope, était bien à sa place, os, impeccablement allongé dans un petit cercueil de verre étanche, posé sur le dessus d’une commode. L’os qu’il avait découvert, lui, Aristide Poiret, dans l’argile gluant du lointain Toufoulkan, l’os inestimable, l’os des origines, l’os primal, l’os substantifique ! Le contempler rendait lyrique. Il fredonna:

Ceux qui liront ces lignes penseront sans doute qu’Aristide Poiret avait raison perdue.

Que nenni. S’est-on déjà imaginé le triste destin du paléontologue ? Un homme perclus de science, jonglant allègrement avec les plus ardues des disciplines, engagé au front de la connaissance dans le secteur le plus avancé de la spéculation existentielle, sans cesse accroupi dans les glaises puantes de contrées sauvages infestées de vermine, cherchant inlassablement quelques fragments hypothétiques dont l’analyse se montrera susceptible de lui donner le reste de ses jours d’épouvantables migraines !

C’est pourquoi nous pardonnerons au Professeur Poiret ce court instant d’égarement pour nous pencher sur l’objet de sa découverte. On en trouvera, reproduite ici, la description inscrite au bulletin semi trimestriel n°1450856 de l’Académie de Science :



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