Leroux | Palas et Chéri-Bibi | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 258 Seiten

Leroux Palas et Chéri-Bibi


1. Auflage 2019
ISBN: 978-2-322-17045-6
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 258 Seiten

ISBN: 978-2-322-17045-6
Verlag: BoD - Books on Demand
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Compagnon d'infortune de Chéri-Bibi, Palas, de son vrai nom Raoul de Saint-Dalmas est un jeune homme d'excellente famille accusé d'avoir assassiné son bienfaiteur et gaspillé son patrimoine. Malgré les preuves qui l'accablent il n'a eu de cesse de crier son innocence ce qui lui a valu d'être gracié mais pas d'échapper au bagne où il est condamné à perpétuité. Et c'est justement au bagne, au milieu des forçats, qu'il va retrouver son vieil ami qu'il croyait mort : Chéri-Bibi. Une fois encore la célèbre Fatalitas les protégera, favorisera leur évasion et les amènera à partager mille aventures abracadabrantes...

Gaston Louis Alfred Leroux, né à Paris le 6 mai 1868 et mort à Nice le 15 avril 1927, est un romancier français, connu surtout pour ses romans policiers empreints de fantastique. Il est élevé en Normandie et suit sa scolarité au collège d'Eu. Après avoir obtenu le baccalauréat de lettres à Caen, il s'installe à Paris en octobre 1886 et s'inscrit à la faculté de droit. Il devient avocat en 1890 et exerce cette profession jusqu'en 1893. Pour arrondir ses fins de mois, il écrit des comptes rendus de procès pour le journal L'Écho de Paris. Sa relation du procès d'Auguste Vaillant, auteur de l'attentat de la chambre des députés, tombe sous les yeux de Maurice Bunau-Varilla, directeur du journal Le Matin, qui propose à Leroux de devenir le chroniqueur judiciaire de ce quotidien, à l'époque le plus important de Paris. Leroux a ainsi l'occasion de suivre le procès de personnages qui auraient pu figurer dans ses romans, en particulier les anarchistes poseurs de bombes. À partir de 1901, devenu grand reporter, il effectue de nombreux voyages en France et à l'étranger, notamment en Espagne et au Maroc. Au Matin, il fait paraître en 1903 un feuilleton, Le Chercheur de trésors, qui paraît l'année suivante sous le titre La Double Vie de Théophraste Longuet. De juin 1904 à mars 1906, il est l'envoyé spécial permanent du Matin en Russie et assiste, à ce titre, aux sanglantes prémices de l'écroulement de l'empire des tsars.
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II


Chéri-Bibi


« Tu es donc sorti du cachot ? demanda Palas.

– Oui », répondit le bandit qui travaillait de la pointe de son couteau un morceau de bois dur taillé d’une singulière façon.

C’était une figure effroyable que celle de Chéri-Bibi. D’exceptionnelles aventures, de longues années de bagne, coupées d’évasions sans nombre, des passions farouches, la torture de la chair et jusqu’à la flamme ardente du vitriol avaient ravagé cette face formidable qu’on ne pouvait voir sans terreur.

Cependant de temps à autre – quand il regardait Palas par exemple – une lueur de bonté étrange éclairait cette tête d’enfer.

Toute sa personne, du reste, était redoutable. Ses poings énormes, sa carrure, ses épaules qui semblaient faites pour soulever de prodigieux fardeaux, tout en lui donnait une impression de force irrésistible.

Lorsqu’il fournissait un effort, les muscles dessinaient sous sa blouse de forçat un relief saisissant. Cette blouse le couvrait toujours. On ne l’avait jamais vu, comme ses compagnons, travailler ou se promener le torse nu. On disait que la chair de sa poitrine portait, imprimé, le secret de sa vie et que certains tatouages exprimaient en toutes lettres celui de son cœur. Or, Chéri-Bibi avait une grande pudeur pour les choses de l’amour. Cet homme, dont on ne comptait plus les crimes, avait toujours eu, comme on dit, des mœurs irréprochables.

Chéri-Bibi et Palas se croyaient seuls. Ils n’avaient pas vu Fric-Frac revenir sournoisement sur ses pas pour, à l’abri d’un rocher, les guetter et les écouter. Chéri-Bibi s’assit à côté de Palas, travaillant toujours son morceau de bois dur.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Palas.

– Ça ! répliqua Chéri-Bibi, c’est la clef de la liberté !

– Qu’est-ce que tu dis ? » fit Palas en pâlissant.

Chéri-Bibi poussa un soupir à fendre les cœurs les plus endurcis.

« Je t’aime bien, mon poteau, et j’aurais voulu te conserver près de moi, dit-il d’une voix qui tremblait, mais je vois bien que tu te meurs ici !... Réjouis-toi ! Tu seras bientôt libre ! Tu vas pouvoir retourner en France, Palas ! »

Celui-ci savait que Chéri-Bibi ne parlait jamais inutilement. Il le crut. Un espoir immense gonfla sa poitrine.

« En France ! soupira-t-il.

– Vingt-deux », souffla le bandit.

Vingt-deux, dans le langage du bagne, signifie « Attention ! »

Palas tourna légèrement la tête et aperçut la silhouette d’un garde-chiourme qui passait non loin d’eux, le fusil en bandoulière.

L’artoupan jeta un coup d’œil de leur côté et s’éloigna en longeant le flot.

Fric-Frac était toujours à son poste d’écoute. Chéri-Bibi continuait :

« Et, tu sais !... je te donnerai les papiers d’un honnête homme ! T’auras tout ce qu’il faut pour te faire encore du bonheur !

– Mon Dieu ! » gémit l’autre.

Et il regarda Chéri-Bibi. Chéri-Bibi pleurait.

Palas tressaillit. C’était un spectacle auquel il n’avait jamais assisté ; des larmes dans les yeux de Chéri-Bibi ! Chéri-Bibi se donna des coups de poing dans les yeux, pour se punir certainement de cet instant d’attendrissement et il cracha un blasphème épouvantable.

« Pourquoi ne fuis-tu pas avec moi ? demanda Palas.

– Parce que je te gênerais, mon petit ! T’auras vite oublié Chéri-Bibi, va !...

– Jamais, dit l’autre. Il n’y a que toi de bon pour moi ici ! Tu n’as pas cessé de me protéger.

– Te protéger ! T’as besoin de la protection de personne ! Sous tes dehors de demoiselle t’es aussi fort que moi ! Si tu avais voulu les bomber une bonne fois ceux qui te font du boniment, ils t’auraient vite fichu la paix ! Mais t’es trop grand seigneur ! Du reste, c’est ce qui m’a plu en toi ! Moi, j’aime les gens bien élevés ! et puis j’aime aussi les honnêtes gens ! et t’es un honnête homme ! Je te crois quand tu me dis que t’es innocent ! Je me rappelle le temps où je n’avais pas encore fichu mon premier coup de couteau ! Ah ! je le vois toujours, ce premier coup de couteau ! J’en avais toujours un, de couteau, à la ceinture. J’étais garçon boucher au Pollet ! Tu le connais, le Pollet ? C’est près de Dieppe. L’été, tu as dû aller aux courses par là ? T’as toujours été un type chic, toi ! Pourquoi que te revoilà tout pâle ?

– Parce que je pense aux courses de Dieppe ! fait Palas en fermant les yeux.

– Oui, c’était le bon temps, hein ? Crois-tu qu’il y en avait des élégances. Du v’lan ! du zinc ! et des gommeux anglais ! Et des cocottes que c’en était honteux ! Pour t’en revenir à mon premier coup de couteau, ça m’est arrivé juste sur la falaise de Dieppe. Un voyou était en train de faire passer le goût du pain à un brave homme. J’arrive. J’veux donner un coup de couteau au voyou, je tue l’honnête homme ! C’est moi qu’ai été condamné... Fatalitas ! V’là le départ de tous mes malheurs !... Mais je ne veux plus penser à tout ça ! ni à la France, ni à rien ! J’ai commis plus de crimes que j’ai de doigts aux deux mains ! Et toujours dans la meilleure intention ! Tu sais ; c’est comme un fait exprès ! Fatalitas ! Alors, vaut mieux que je reste ici, pas ? Une fois pour toutes ! Le bagne, vois-tu, il a été fait pour moi, c’est mon foyer !... Toi, t’es jeune, c’est une autre paire de manches ! Tu peux te refaire une vie ! Épouser une brave et honnête femme, la rendre heureuse ! Un conseil : fuis les gourgandines ! Tu dois en être corrigé, hein ?

– Il y a des chances ! fit Palas en souriant à Chéri-Bibi, dont les propos de haute moralité l’étonnaient toujours dans cette bouche effroyable... Mais tu ne m’as toujours pas dit ce que tu fabriques là ! »

Chéri-Bibi ne répondit pas tout de suite, mais levant les yeux vers le môle dont on apercevait la pointe protégeant un petit port naturel, il dit :

« Aborgne (regarde) un peu là-bas ce qui se passe. »

Palas regarda. Là-bas, une forte chaloupe à pétrole venait certainement des établissements forestiers de Saint-Laurent-du-Maroni, accostait au môle. Un officier en sortait et était reçu sur le môle par le groupe des autorités qui avaient la garde de l’île.

« Zieute bien ce qui se passe ! continuait Chéri-Bibi, qu’est-ce que tu vois ?

– Eh bien, mais, répondait Palas, c’est l’officier de surveillance qui vient de finir sa tournée. Ils doivent tous lui demander des nouvelles de la guerre. Elles ne doivent pas être bonnes. Ils n’ont pas l’air de se réjouir.

– Et après ?

– Après ? Le lieutenant se penche sur la chaloupe.

– Ah ! fit Chéri-Bibi, nous y voilà. Et alors ?

– Le mécanicien est debout sur le roof et lui passe quelque chose que l’officier met dans sa poche.

– Halte ! T’en as assez vu ! et maintenant, regarde ça ! »

Chéri-Bibi montrait son bout de bois, auquel il avait cessé de travailler...

« Ça, continua le bandit, c’est exactement la chose que l’officier de surveillance vient de mettre dans sa poche. Et sais-tu ce que c’est que la chose ? C’est une pièce du moteur indispensable pour que la machine marche ! Quand il a ça dans sa poche, l’as de carreau (l’officier) est tranquille. Rien à faire pour les « fagots » avec son grafouilleur ! (Rien à faire pour les forçats avec sa chaloupe automobile). En allant de corvée à Saint-Laurent, j’ai eu l’occasion de bien examiner sa pièce. Je te jure que celle-là doit y ressembler comme une fraline (sœur), et s’il y manque quelque chose, on fera ce qu’il faudra ce soir.

– Ce soir ! s’exclama Palas.

– Oui, mon petit ! ce soir tu seras libre, foi de Chéri-Bibi ! J’ai fini de creuser mon trou dans la case ! Ce soir on va rigoler. Vingt-deux ! Les artoupans ! On sonne l’appel ! »

Les deux forçats se levèrent. Palas, derrière Chéri-Bibi, vacillait d’espérance. Ils s’en furent s’aligner avec les autres de leur bordée dans un chemin creux que dominait une case de l’administration ; c’est là qu’ils travaillaient à tracer une nouvelle route qui traversait l’île.

Or, de toute cette journée, Palas et Chéri-Bibi n’avaient pas fait un geste qui ne fût épié de Fric-Frac, pas échangé une parole qui n’eût été entendue ou devinée de lui.

Fric-Frac avait dit entre-temps au Parisien, au Caïd et au Bêcheur :

« Tenez-vous chauds ! Y aura du bon ce soir à la neuille autour des cubes ! (Tenez-vous prêts, y aura du bon cette nuit, pendant la partie de dés.) »

Quand il fut six heures, après le dernier appel, les forçats se dirigèrent vers leurs dortoirs, presque gaiement. La journée était finie.

Les forçats sont alors enfermés dans leurs « cases », dortoirs communs, où ils font ce qu’ils veulent, dorment ou boivent, ou jouent, débarrassés des gardes-chiourme. Chéri-Bibi, Palas, le Parisien, Fric-Frac, le Caïd, le Bêcheur partageaient la même case avec une vingtaine d’autres. Ce soir-là, « l’as de carreau » fit la tournée des dortoirs.

Alignés devant la double rangée de leurs hamacs, ils écoutaient ses observations. L’officier leur déclarait qu’il ne voulait point de bruit dans la case ; qu’ils étaient chez eux, la porte fermée, mais que c’était pour dormir et que si l’on avait encore à se plaindre...



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