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E-Book, Französisch, 186 Seiten

Level L'Epouvante


1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-322-26980-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 186 Seiten

ISBN: 978-2-322-26980-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Un jeune journaliste parisien découvre, par hasard, trois assassins après leur forfait et, par déduction, le lieu du crime. À la vue de la victime et de son environnement, il décide de falsifier les preuves laissées par les meurtriers et d'en créer de nouvelles qui lui permettraient de réaliser un scoop... Mal lui en prend car il va vivre... l'Épouvante!

Maurice Level, né le 29 août 1875 et mort le 15 avril 1926, était un écrivain français. Après avoir fait des études de médecine, il fut journaliste au Figaro, à la Vie parisienne et au Matin. Écrivain, il s'était spécialisé, bien qu'il ait abordé à peu près tous les genres littéraires et notamment le fantastique, dans la littérature d'épouvante. Il a donné des romans (les plus connus sont Lady Harrington, L'Epouvante, La Cité des voleurs) et de très nombreux contes et nouvelles, qui furent souvent adaptés au Grand Guignol. Les critiques modernes le considèrent comme l'héritier de Villiers de l'Isle-Adam et du symbolisme, voire de Maupassant par certains aspects, et d'Edgar Poe. Son innovation fut de ne pas chercher à créer la peur et l'angoisse par les vieilles méthodes, mais par les photographies, la médecine, les faits divers, dans des décors modernes. Traduit en anglais avec succès, son contemporain Howard Phillips Lovecraft le jugea très favorablement.
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Chapitre 2 - 29, boulevard Lannes


Onésime Coche jeta un long regard autour de lui, s’assura que les rideaux des fenêtres étaient bien fermés, prêta l’oreille afin d’être certain que nul ne viendrait le déranger dans sa besogne, puis, rassuré, il enleva son pardessus, le déposa sur une chaise avec sa canne et son chapeau, et réfléchit.

Il s’agissait maintenant de créer de toutes pièces la mise en scène du , et pour ce, tout d’abord, il fallait faire disparaître tout ce qui pouvait mettre sur la trace des .

Le cadavre découvert, ce qui, dans cette pièce, retenait d’abord l’attention, c’étaient les trois verres oubliés sur la table. En omettant de les faire disparaître, les assassins avaient commis une faute grave. Leur négligence suffisait à donner à la justice un renseignement précieux. Un homme seul passe inaperçu là où trois hommes se font arrêter. Il lava donc les trois verres, les essuya, et avisant un placard ouvert où d’autres verres étaient rangés, les remit à leur place. Ensuite il prit la bouteille entamée, éteignit l’électricité afin qu’aucun de ses gestes ne pût être vu du dehors, tira les rideaux, ouvrit la fenêtre, les volets, et la lança de toutes ses forces. Il la vit tournoyer en l’air et retomber de l’autre côté de la chaussée. Le bruit du verre brisé éveilla pendant une seconde le silence. Il se rejeta en arrière, et se mordit les lèvres :

– Si quelqu’un avait entendu ?… Si l’on venait ?… Si l’on me trouvait là, dans cette chambre ?…

La peur qu’il éprouva n’avait rien de comparable à toutes celles qu’il avait connues jusqu’alors. Rapide, incisive, elle le clouait sur place, arrêtant sa respiration. Il eut, en moins d’une seconde, très chaud et très froid… Il fouilla la nuit, guetta le silence… Rien. Alors, il referma les voleta, la fenêtre, tira les rideaux, revint à tâtons jusqu’au commutateur, et donna de la lumière.

Chose étrange ! L’obscurité seule l’effrayait. La lumière faisait s’enfuir toutes ses angoisses. Il connut à cela qu’il n’était pas un vrai criminel, car l’aspect de la victime, loin de grandir son effroi, l’apaisa. Dans le noir, il en arrivait presque à se sentir coupable ; bien éclairés, les objets, malgré l’horreur du lieu, n’avaient plus rien de terrible pour ses regards. Il réfléchit que, la peur, le remords, devaient être d’atroces choses, et qu’il allait lui falloir une rare force d’âme pour en grimacer les tourments.

« Je vais, pensa-t-il, être obligé de me combattre et de me vaincre pour ne pas laisser deviner mon innocence, autant qu’un coupable, pour cacher son crime. »

La table débarrassée, il se dirigea vers la toilette. Là, le désordre était si flagrant qu’il était impossible d’admettre qu’il fût l’œuvre d’un seul.

Les objets portent en eux le secret des doigts qui les ont maniés. Rien qu’à voir la position des serviettes, on sentait qu’elles avaient été jetées là par des mains différentes : un criminel ne déplace pas pour son seul usage tant d’objets. L’instinct, à défaut de tout autre raisonnement, l’oblige à faire vite. Par ailleurs – et puisqu’à l’occasion tout indice devait être interprété contre lui – il était nécessaire que l’homme d’ordre qu’il était reparût jusque dans le crime. Un être méticuleux comme lui n’aurait pas bousculé ainsi les serviettes. Un obscur besoin de rectitude, de netteté, demeure, même dans les folies passagères, chez ceux qu’une longue habitude des soins de chaque jour a faits soigneux et délicats : le crime d’un homme du monde ne saurait être semblable à celui d’un rôdeur. L’être bien né se retrouve en toutes choses à d’infimes détails. Il se souvint de l’aventure de ce Ci-devant, attablé, sous la Terreur, dans une auberge, au milieu de massacreurs, de tricoteuses, et trahissant son identité, malgré un déguisement savant, par la façon dont il tenait sa fourchette. On pense à tout… sauf à la petite chose indispensable. Le faussaire déguise son écriture, masque sa personnalité, mais un œil exercé retrouve parmi les lettres contournées, les lignes déviées, les barres volontairement changées, la « lettre type », la façon de placer une virgule, qui suffit à faire tomber le masque…

Méthodiquement, il mit de l’ordre dans le désordre, effaça la main sanglante étalée sur l’étoffe tendue le long du mur, gratta sur un tiroir la marque qu’avait gravée un coup de talon ferré, mais se garda bien de toucher aux éclaboussures de sang. Plus il y en aurait, plus la lutte semblerait avoir été longue. Rien ne subsista bientôt des traces laissées par « les autres ». Le crime, dans ce décor arrangé, était le meurtre anonyme, où ne subsiste pas le moindre indice, où rien ne peut servir la justice. Il s’agissait maintenant d’en faire le crime d’un individu déterminé, de lui donner une physionomie spéciale, en un mot d’ dans cette chambre un objet qui suffit à servir de base aux recherches. Là encore, là surtout, il importait d’agir avec prudence, de ne pas se livrer à un truquage grossier, facile à éventer : il fallait que l’objet … Coche prit son mouchoir et le jeta au pied du lit, puis, se ravisant, le ramassa, et en vérifia la marque : Dans un coin, un M et un L entrelacés. Il réfléchit : M.L ?… Ce n’est pas à moi, puis sourit, se souvenant que les mouchoirs sont des objets d’échange, et que l’on peut presque compter le nombre de ses relations, par celui des mouchoirs dépareillés que l’on possède dans son armoire… Sa canne, un jonc à pomme d’argent, cadeau d’un parent revenu du Tonkin, était trop spéciale, trop personnelle…

Il regarda autour de lui, sur lui. Il ne portait pas de bague ; les boutons de sa chemise étaient de porcelaine imitant la toile, de ces boutons que l’on trouve dans tous les bazars. Il y avait bien ses boutons de manchette, mais il y tenait, non pour leur valeur qui était minime, mais comme on tient à des bibelots portés depuis longtemps et qui deviennent de vieux amis. Et puis, on n’oublie pas des boutons de manchette… Il faut une secousse violente pour les arracher…

Il se frappa le front :

– Une secousse ! Parfait ! Qu’on ramasse l’un d’eux sur le tapis, on se dira : « Au cours de la lutte, la victime, accrochée aux bras de l’assassin, a déchiré les poignets de sa chemise, arraché la chaînette du bouton, et, dans sa fuite, le meurtrier ne s’est aperçu de rien. Il s’est sauvé, sans se douter qu’il laissait derrière lui cette pièce accusatrice. »

Ainsi tout est respecté, tout est vraisemblable !

Le poignet rabattu, il prit le bord intérieur de la manchette gauche entre ses doigts, saisit le bord extérieur de sa main droite restée libre, et d’un coup sec, fit sauter la chaînette qui tomba à terre avec une petite olive d’or portant en son centre une turquoise. L’autre moitié était restée engagée dans la boutonnière ; il la mit dans la poche de son gilet. Mais, dans sa hâte à accomplir ce geste, il ne remarqua point qu’il avait du sang aux doigts, qu’il salissait sa chemise et son gilet blanc de taches rouges. De la poche intérieure de son habit, il retira une enveloppe à son nom, et la déchira en quatre morceaux inégaux.

L’un portait :

L’autre :

Le troisième :

La quatrième :

Ce dernier le désignant trop clairement, il le roula en une petite boulette qu’il avala. Avec les dents, il rogna, les deux premières lettres de son prénom inscrites sur le premier fragment : il restait trois petites coupures presque incompréhensibles, et qui, pourtant, reconstituées, complétées, pouvaient donner le nom du meurtrier supposé. Ce travail, si difficile qu’il fût, n’était pas impossible en somme. Sans livrer trop d’atouts à ses adversaires, beau joueur jusqu’au bout, il leur laissait la partie belle. Il jeta les trois petits papiers au hasard. L’un tomba sur la table, presque exactement au milieu. Les deux autres se collèrent au tapis. Pour être sûr qu’on ne les prendrait pas pour des débris de lettres appartenant à la victime, il ramassa les autres papiers épars, les plaça dans les tiroirs qu’il referma. Après quoi, ayant jeté un dernier coup d’œil circulaire autour de la pièce pour s’assurer qu’il n’oubliait rien, il enfila son pardessus, lissa son chapeau d’un revers de manche, étendit deux des serviettes de toilette maculées sur la face du mort, dont les yeux, à présent vitreux et un peu aplatis, n’avaient plus de regard, éteignit l’électricité, sortit de la pièce, traversa le corridor à pas de loup, descendit l’escalier, et gagna le jardin.

Il eut soin en traversant l’allée, d’effacer tout à fait les traces de pas déjà brouillées par le vent, étala sur elles le sable jaune, et, marchant avec précaution, un de ses pieds seulement portant sur le sable, et l’autre sur la terre durcie d’une plate-bande, parvint à la porte, l’ouvrit, la referma, et se trouva enfin sur le trottoir. Des ombres immobiles s’étalaient tout le long du chemin. La nuit immense, impénétrable et douce était sans un murmure, sans parfum. Loin, très loin, un chien se mit à hurler à la lune. Soudain le silence se remplit d’une tristesse infinie. Coche...



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