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E-Book, Französisch, 362 Seiten

. Maman


1. Auflage 2026
ISBN: 978-2-322-67041-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 362 Seiten

ISBN: 978-2-322-67041-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



"Écrire, c'est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l'ouvir." Christian Bobin Une femme fait face à l'absence de sa mère, dans un monde où tout semble s'être effacé avec elle. Ce qu'elle affronte, ce n'est pas la mort, mais la mémoire __ celle qui s'effrite, celle qu'on redoute, celle qui se réécrit pour survivre. Maman est un voyage intérieur, cru et lumineux, sur la culpabilité, la tendresse et la réconciliation impossible entre la vie et le perte. Parce qu'il dit ce que beaucoup taisent: la complexité de l'amour filial, la honte, le deuil, mais aussi la beauté du pardon. Parce que c'est une oeuvre à la fois intime et universelle, écrite avec une intensité rare, où chaque mot semble saigné à vif. Et surtout, parce qu'en refermant MAMAN, on ne regarde plus sa propre histoire de la même manière.

ED est une autrice et illustratrice française. Ses écrits plongent dans les zones d'ombre de l'humain, là où la souffrance et la lucidité se confondent. Après "Sombres nouvelles", recueil de récits explorant la noirceur intérieure et les failles du monde moderne, elle signe avec "Maman" un roman profondément intime, écrit au bord du gouffre et de la tendresse. À travers ses oeuvres, elle questionne la mémoire, la morale, et la capacité à demeurer sensible dans un monde de bruit et d'oubli.
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Ed

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VIDE


Déjà, je ne me souviens plus. Mes paupières se ferment. Je rejoins les somnambules. Tout recommence comme avant. Ces derniers mois, un devoir absolu remplissait l'espace. C’était simple : tenir, rien d’autre. Corps et esprit tout entiers tendus vers une lutte perdue d’avance, puisque nul n’arrête la mort. À la fin, ni gagnant ni perdant, seulement des vérités furtives, aussitôt dispersées par le temps. Tout tourne dans ma tête, comme je tourne sur moi-même. Les événements s’entrechoquent, s’annulent. Dans ce chaos monstrueux, mes peurs reviennent. Je me repose les mauvaises questions, et trouve les réponses les plus pitoyables. Mes neurones fabriquent leur propre légende, vaguement inspirée de faits réels. Ils rejouent un enfer dont je suis le diable, dans ce conte-ci ; et l’humanité entière, dans tous les autres.

Alors je décide d’être punie. Et que nous le soyons tous. Ici est notre enfer. Si nous y sommes, c’est que nous le méritons : y rester, y souffrir, y pourrir, seuls. La vie comme chemin de croix, pour expier nos fautes. L’exact inverse de la leçon qu’il fallait retenir. Les tueries à peine finies, et déjà plus rien : rien compris, rien appris. Tout recommence. Mes yeux se perdent dans le vide, et ce vide crée le néant en moi. Mon être se dissout dans la vacuité du monde. Je finis par dire, par penser : après tout, c’est la vie. Des choses qui arrivent chaque jour. C’est comme ça. Seul compte le résultat : un champ de ruines et de cadavres, dans lequel il faut survivre. Pourquoi y repenser ? On ne peut rien y faire. C’est un cycle.

Mais j’en suis coupable, de le laisser se reproduire. Je me flagelle, je me remets à ma place : au sol, parmi les cafards. Elle a été crucifiée pour rien, comme ce pauvre sauveur idolâtré par ces fous. Moi aussi je pervertis la foi, quand je ne la perds pas tout à fait, avec la raison. Tous pareils, croyants ou non : il faut punir, et être puni. Ramper ici-bas, entre cloportes. C’est ça, notre punition. Et nous nous le rappelons, à coups de griffes et de dents. Dans tous les contes, le méchant doit payer. Le méchant, c’est moi. Les méchants, c’est vous, ceux qui restent. Souffrir et faire souffrir.

Ainsi soit-il.

Je m’échappe du désordre moral en me réfugiant dans la logique, pour mieux m’y perdre. Être cartésienne. Expliquer à tout prix, jusqu’à ne plus rien savoir. Ne se fier qu’à ce qu’on voit : voilà la seule vérité que la raison admet. Il y a ceux qui partent, et ceux qui restent — chargés de garder les pieds sur terre, en oubliant les premiers, puisqu’ils ne sont plus. Pourtant, j’étais si sûre de ce que je vivais alors. Tout était limpide. Il n’y avait rien à réfléchir, rien à prouver. C’était. Simplement. Maintenant que ces moments sont révolus, la logique vient les ronger. Elle sème le doute, écrit à son tour l’histoire selon son goût. Après tout, n’était-ce pas la peur, la colère, la souffrance qui nous guidaient ? Qu’avons-nous suivi ? Une boule au ventre, une nécessité, un instinct… cela ne veut rien dire. Du stress, un dérèglement digestif, de simples réactions organiques que l’épuisement érige en signes.

Alors il faut renier tout ce qui échappe aux mesures mathématiques. S’en remettre à une pensée saine : celle qui nie ce qu’elle ne peut calculer. Les faits, rien que les faits. Mais, observés avec recul, même eux se troublent. Les actes ne sont plus si purs. Tout devient flou, douteux. Et si ces certitudes n’étaient que des inventions de l’esprit, des récits pour supporter l’insupportable ? Un mensonge utile, pour nous permettre de continuer ? Au-dessus des corps à peine refroidis, dans le charnier sans nom, la raison revient au galop. Car ce n’était qu’un rêve, n’est-ce pas ? Du chaos elle surgit, absente durant le combat. Elle me prend par la main, me traîne à sa suite, dressée sur les décombres. Elle commande, trie, jette, donne des consignes. Elle se débarrasse des objets brisés comme des hommes, sans distinction. Froidement, méthodiquement, elle efface presque tout, et se concentre sur ce qui peut encore tenir. Garder le plus dur. Reconstruire plus solide.

Alors, peu à peu, le doute cède à l’oubli. On nettoie. On classe. Ne restent que des silhouettes floues, appartenant à un monde depuis longtemps disparu. A-til jamais existé hors de mes fantasmes ? Ce n’est qu’un conte à la morale impitoyable : « il faut avancer. Passer à autre chose. Continuer. » Il n’y a pas d’alternative. Mais je ne vois plus où mène cette ligne droite. Je finis par douter autant de mes anciennes certitudes que de la raison elle-même. Ses phrases toutes faites, ses chemins bien tracés m’étouffent. Alors je cherche. Des signes, des traces. Et comme je n’en trouve plus, j’en invente. Peu à peu, ils prennent racine. Jusqu’à me faire douter de tout. Jusqu’à ce que je ne sache plus ce qui fut réel, et ce que j’ai fabriqué.

Enfin, l’administration — cette Histoire conforme et exacte — m’attrape par l’épaule et m’assied sur une chaise dans un bureau froid. Elle découpe tout en comptes rendus, en listings, en tableaux. Elle classe dans des fichiers, range dans des dossiers, trie par date, par numéro, par ordre alphabétique. Il faut cocher les cases, écrire au stylo noir, sans dépasser, sans raturer. Et voilà : une vie entière archivée parmi tant d’autres. Pour la retrouver, rien de plus simple : « vous avez la référence ? » Vous, vos proches, vos amis : une immatriculation, comme celles que l’on grave sur les bœufs avant l’abattoir. Et à ce système, on se soumet, par fatigue, par abandon. Il prend tout en charge, jusqu’au souvenir. Nous pouvons vraiment oublier cette fois. À quoi bon retenir ce que l’on peut retrouver ? Mais le problème, c’est qu’on oublie jusqu’à l’existence de ce qu’il faudrait chercher. Alors on n’essaie même plus. On attend. On se laisse notifier, biper, alerter. Le réveil, le téléphone, la cloche, la sirène, les emplois du temps… Nous marchons au pas. Vides. Toujours plus vides. Au bout du compte, que reste-t-il ? Une suite d’actes tamponnés, jetés dans une pochette. Des vieux papiers moisis dans des archives qui s’effritent. Voilà ce que nous sommes. Voilà ce que nous acceptons d’être.

L’Histoire écrit tout, avec rigueur et une neutralité toute relative. Mais plus elle consigne, plus elle efface. Elle garde en mémoire pour nous, jusqu’à nous faire disparaître. Les commémorations défilent, les cérémonies s’enchaînent. En masse, nous rendons hommage : en silence, en tenue sombre, frissonnants. Le savoir se dilue dans les oubliettes, pendant que le devoir m’écrase de son poids. Devoir envers qui ? Envers quoi ? Pourquoi ? Je suis rongée par un vide que je ne parviens plus à supporter.

Dans une boîte en carton : un avis de naissance, de mariage, de décès, des fiches de paie, des contrats, des relevés… Sa vie, réduite à cela. C’est la seule histoire qu’on me laisse croire. La même pour tous. Comment lutter contre ce qui est écrit ? L’oubli devient devoir, pour ne pas ralentir la marche. On laisse les monuments et les livres baliser un futur mille fois répété, qu’on connaît déjà. On disparaît, insignifiants, inutiles. « L’âme, ça n’existe pas. » Alors pourquoi la mienne me manque-t-elle autant ? Toute cette paperasse, aussi bien rangée soit-elle, ne comble rien. Elle remplit les classeurs mais pas ce vide en moi. Cette vérité, je n’y crois pas. Pas plus qu’en mes larmes que je supplie de venir pour me sentir encore vivante. Je ne crois même plus en ma colère, qui retourne sa rage contre mon propre ventre. D’ailleurs, je ne veux croire en rien. Je veux savoir. Comme j’ai su. Voir, comme j’ai vu. Au-delà de ce que les yeux perçoivent ou que les mots parviennent à nommer.

Mes pieds raclent le sol. Refusent d’avancer. Ils s’arrêtent. Les faits qu’on me glisse entre les mains sont imprimés à l’encre noire, mais il leur manque quelque chose. En réalité, il leur manque tout. Je sais que j’ai vu autre chose. Mais où regarder maintenant ? Il ne reste rien. Trouver en moi-même ? Les miroirs me renvoient le néant. « La vie ne peut plus être la même après. On est...



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