E-Book, Französisch, 212 Seiten
Manipulation
1. Auflage 2025
ISBN: 978-2-322-62549-9
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
E-Book, Französisch, 212 Seiten
ISBN: 978-2-322-62549-9
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Carlie est une auteur indépendante, avec 8 romans à son actif. Plus de 10,000 lecteurs se sont procurés ces romans. MANIPULATION est son nouveau roman.
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III
Iris
- - Un diabolo grenadine, s’il vous plaît, balançaisje, coupant le serveur dans son élan.
Il se contente d’acquiescer, avant de rentrer à l’intérieur du café. Je me sens tellement stressée, j’étais prête à lui commander un verre de son alcool le plus fort, histoire de m’anesthésier un peu. J’observe les alentours, je détaille chaque homme passant devant la terrasse, imaginant que je pourrais ne pas le reconnaître. Changeons-nous tant que ça physiquement en quatre ans ?
En attendant sa venue, je me perds dans mes pensées une nouvelle fois. Le regard rivé sur la table devant moi, je repense à une conversation qui s’est déroulée entre ma mère et moi quelques jours auparavant.
- - J’ai eu des nouvelles de ton frère, me lance-telle d’un coup.
Alors que nous nous trouvons sur la terrasse d’un restaurant, ma mère ose m’annoncer cela, de but en blanc.
- - D’accord, et alors ?
- - C’est un de tes cousins qui l’a croisé par hasard, ils ont discuté deux minutes, apparemment il va bien.
- - Rien d’autre ?
- - Non, je n’en sais pas plus.
- - Nous ne sommes pas plus avancées, mais au moins on sait qu’il est toujours en vie.
Que pouvais-je répondre d’autre ? Cela me fendait le cœur et en même temps me rassurait, il allait bien et il était toujours dans les parages. Je me demandais parfois comment était-il possible que l’on ne se croise pas. Nous ne sommes pourtant pas dans une grande ville. Ce n’était sûrement pas le bon moment. Je n’ai jamais vraiment cru au hasard, si une rencontre ou un événement arrive à un moment précis de sa vie, alors c’est que cela devait arriver. Si je dois revoir Matisse aujourd’hui, c’est que cela doit être le moment approprié.
Et d’ici quelques minutes je vais le voir en chair et en os. C’est tellement étrange comme situation, moi qui pensais ne jamais le revoir de ma vie. Moi qui m'étais mise en tête que je devais vivre comme si j’étais enfant unique.
Une main passant devant mon visage me fit sursauter et me ramena à la réalité.
- - Votre diabolo, Mademoiselle.
J’avais complètement oublié ma commande avec tout ça.
- - Merci, dis-je avec un petit rictus.
Je regarde une nouvelle fois l’écran de mon téléphone et panique en voyant que l’heure du rendez-vous était affichée. Les battements de mon cœur qui s’étaient atténués reprennent soudain un rythme effréné.
Pile à l’heure, je le vois arriver. Matisse se trouve à l’autre bout de la grande place. Et il n’avait pas changé d’un poil. Il était resté le même. Je me souviens encore de ses yeux bleus et de ses taches de rousseur, les mêmes que moi, ce sont certainement les seules choses que nous avons en commun. Il a toujours été un bel homme, distingué, portant une attention particulière à sa tenue et à son éternelle coupe de cheveux, dont il ne se lassait jamais. Son visage s’illumine au moment où je lui fais un signe pour qu’il puisse me retrouver.
- - Comment tu vas ?
- - Bien, répondis-je simplement.
Le stress ne s’évacue pas, bien au contraire, je cache mes mains tremblantes sous la table et fuis le regard de Matisse.
- - Tu as déjà commandé ?
- - Oui, comme je suis venue à pied, j’avais besoin de me rafraîchir.
Il me sourit, avant d’interpeller le serveur et de lui demander la même boisson que la mienne.
Je le vois, lui aussi mal à l’aise. Il frotte ses mains contre son jean et se mordille les lèvres, je sais que c’est sa façon d’agir quand quelque chose le préoccupe.
- - Je voulais avant tout te remercier d’avoir accepté de me voir et aussi, et surtout, m’excuser pour tout.
Mon regard quitte ses yeux inondés sur-le-champ. Je sais à quel point je suis sensible, le voir comme ça même avec la colère que je ressens peut me faire craquer en un instant. Je déteste voir les personnes souffrir, encore plus quand elles comptent dans ma vie. Il a beau avoir été silencieux pendant trop de temps, je ne désire pas pour autant sa tristesse.
- - Je sais que j’ai beaucoup de torts envers toi et les parents, ça n’excusera sans doute pas tout, mais je voulais que tu saches ce qu’il se passe réellement dans ma vie.
Je prends une gorgée de ma boisson fraîche pour m’hydrater, avec cette chaleur étouffante. Le chaos autour de moi s’estompe, je ne suis plus concentrée que sur les paroles de Matisse.
- - Ce que tu dois déjà savoir, c’est que je ne suis plus avec Eva depuis deux semaines maintenant.
Je me contente de rester silencieuse. Je préfère ne pas le couper le voyant lancé.
Et je n’étais vraiment pas prête à entendre tout ce que Matisse allait me balancer.
- - Au fur et à mesure des jours qui passaient, j’ai découvert des vérités qui m’ont pas mal bousculé.
Un silence s’installe d’un coup. Matisse a les yeux dans le vide, je vois bien qu’il cherche les bons mots pour pouvoir m’expliquer la suite.
- - Je ne saurais pas te dire pourquoi, c’est sûrement l’instinct, mais je le ressentais tout de suite quand elle me mentait, même par messages.
J’écoute attentivement ses dires et j’ai tout simplement envie de pleurer avec lui, son chagrin m’a contaminé. Eva s’est cruellement moquée de lui. Sans savoir depuis combien de temps, mais pour lui cela avait commencé, bien avant que nos contacts soient rompus.
Il me détaille des anecdotes, comme certains dimanches où elle rentrait à pas d’heures avec la gueule de bois. Parfois même, elle s'endormait sur le canapé tout un après-midi, pendant que Matisse et Lola attendaient qu’elle se lève pour faire une sortie en famille. Sans parler de ses gouttes de sueurs nocturnes qui envahissaient son visage ou encore de ses spasmes musculaires. Elle n’avait rien de tout cela au début de leur relation. Elle prenait soin d’elle, mangeait correctement, s’essayait parfois au sport, sans que cela ne soit concluant. Mais c’était toujours mieux, que de la voir, dans cet état-là. D’après Matisse, elle avait pris environ dix kilos en très peu de temps. Et elle avait beau s’en plaindre, ce n’est pas pour autant qu’elle agissait pour perdre du poids.
Après quelques recherches sur internet Matisse pense qu’Eva se droguait. Et pleins d’événements par la suite n’ont fait que confirmer ses doutes.
- - Parce qu’elle se drogue ? Réagissais-je.
Je n’en revenais pas, Eva et sa gueule d’ange qui se massacrait la vie dans la drogue.
Plus ce rendez-vous avançait, plus j’en apprenais et plus je me sentais dans un monde parallèle. Comment une jeune femme, que je pensais jusqu’ici courageuse, pouvait être aussi irresponsable et être tombée aussi bas.
Matisse me confie l’avoir déjà vu tester, avec leurs amis en commun, des ecstasy. Alors, avec ses changements de comportements arrivés peu de temps après, il mettrait sa main à couper qu’elle serait véritablement tombée dedans.
- - La fois où je l’ai vue en prendre, je n’avais pas conscience que cela pourrait avoir autant d’impact par la suite, j’ai été naïf de l’avoir laissée faire…
- - Tu n’as pas à t’en vouloir, elle est majeure ce sont ces choix.
Un petit rictus apparait sur son visage à l’entente de ma réponse. Il avait sûrement besoin de cela pour moins culpabiliser.
Par la suite, il m’annonce avoir arrêté l’alcool. Il s’est vu dépérir au fil du temps, surtout avec toutes les bouteilles qu’ils se sont enfilées tous les deux. Il a bien ressenti les effets que cela pouvait avoir sur sa santé. Je suis rassurée de savoir qu’il a su se remettre dans le droit chemin.
- - C’est étrange de dire cela, mais c’est quand nous étions tous les deux alcoolisés, que nous étions plus heureux.
Eva ne pouvait pas s’empêcher d’ouvrir une bouteille le soir en rentrant du travail. Et Matisse la suivait, mais sa quantité d’alcool n’était rien par rapport à la...




