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E-Book, Französisch, 118 Seiten

Martin Chemins Oniriques

Rêves et cauchemars
1. Auflage 2022
ISBN: 978-2-322-43722-1
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

Rêves et cauchemars

E-Book, Französisch, 118 Seiten

ISBN: 978-2-322-43722-1
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Chemins Oniriques vous invitera à voyager au frontières les plus sombres de l'esprit humain, entre peurs indicibles et oubliées.

Né en Corse au début des années 80, l' auteur, J.M.Martin commence très tôt à aiguiser sa plume en de nombreuses circonstances.
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Les démons du phare de Carbit


Tévennec est sans l’ombre d’un doute le phare le plus célèbre de France. Sa réputation de phare hanté en a fait une véritable légende. Pourtant, il y a d’autres phares maudits que le monde ignore, peut-être par choix. L’histoire que je vais vous raconter est celle d’un de ces phares. Si ce dernier avait été hanté par un esprit quelconque, sans doute n’aurais-je pas eu à vous la raconter, mais c’est autre chose qui se terre au-delà de ces lieux, sous l’eau, et qui peuple désormais mes cauchemars.

 J’avais tout juste vingt-cinq ans lorsque l’agence d’intérimaires à laquelle je m’étais inscrit prit enfin contact avec moi. Ma formation en ingénieur électronicien allait être mise à rude épreuve. J’avais été mandaté au sein d’une petite équipe d’ouvriers des compagnies françaises d’électricité pour automatiser pas moins de quatre phares.

Nous partîmes pour la Martinique le vingt-huit août mille neuf cent soixante-dix-neuf. Notre équipe était composée de quatre personnes. Pierre et Aziz étaient des techniciens sous ma responsabilité. Mon rôle d’ingénieur me plaçait directement sous les ordres d’Antoine, le chef de projet. La compagnie avait fait livrer au préalable sur chacun de ces phares, ou à proximité, le matériel dont nous aurions besoin.

La première de nos installations fut la plus longue, elle nous a pris près de deux semaines. Aucun d’entre nous n’avait déjà eu un tel travail à faire et nous apprenions sur le tas. Il s’agissait du phare du Prêcheur. Il est situé au nord-ouest de la Martinique, sur la commune du Prêcheur, en bordure de la mer des Caraïbes et au pied du volcan la montagne Pelée.

C’est une petite tour cylindrique d’une douzaine de mètres de haut, peinte en blanc et dont la maison du gardien jouxte la base. Ce dernier nous a accueillis amicalement à sa table et sous son toit. Il avait visiblement admis bien avant notre arrivée que notre passage signifierait la fin de sa carrière. Lorsque nous franchirions sa porte pour passer au phare suivant, il quitterait son logement et ses fonctions. Malgré ce que nous représentions, le vieux Ben était toujours de bonne humeur. Son accent créole donnait un relief des plus agréables à nos conversations lors des dîners. Pierre, toujours limite quant à la boisson, se moquait ouvertement de sa façon de parler, mais rien ne semblait pouvoir ébranler notre hôte.

Ainsi, deux semaines s’écoulèrent le temps que nous puissions enfin mettre en service le nouveau système automatique du phare. À bonne allure, nous résolvions chaque nouveau problème en nous appuyant les uns sur les autres.

Le matin du seize septembre, après un jour chômé que nous estimions avoir bien mérité, nous sommes passés au phare suivant. Le phare de la Pointe de la Caravelle, située dans la commune de La Trinité, sur la côte Est de la Martinique, fut mis en service en mille huit cent soixante-deux au sommet d’un pic basaltique de cent vingt mètres environ d’altitude. Je me souviens de notre arrivée sur site, le premier phare était en bord de ville, mais celui-ci était loin de tout. Je me suis pris à rêver finir ma vie dans un endroit pareil, uniquement entouré d’une épaisse végétation.

Cette fois nous avions dû camper sur place. L’endroit où nous avions stationné le fourgon de la compagnie était à plus de vingt minutes de marche du phare. Si le gardien de la place se permettait de faire l’aller-retour tous les jours entre sa maison et le phare de briques rouges, nous, nous aurions perdu bien trop de temps.

Les équipements utiles à l’automatisation de ce phare avaient été livrés chez le gardien actuel, mais celui-ci se montrait beaucoup moins coopératif que le vieux Ben. Il nous avait d’ailleurs étrangement invités à procéder à l’automatisation de son phare en dernier, prétendant que celui de l’île de Cabrits en avait besoin bien avant, l’ancien gardien ayant disparu quelques jours plus tôt.

Cette fois, ce qui nous posait problème était la logistique. Nous avions perdu une journée complète pour transférer le matériel utile au phare. Nous dormions sur place pour ne pas perdre de temps en trajet quotidien.

Nathou, le gardien du phare, n’avait pas daigné revenir à son poste les jours suivants. Nous n’avions pas manqué de signaler son comportement à notre hiérarchie. Nous étions ravis, après une dizaine de jours de travail relativement pénible, de voir aux dernières lueurs du jour les premières lumières du phare automatisé.

La nuit s’épaississait alors que nous finissions de transférer notre matériel jusqu’au fourgon, aidés de quelques bras insulaires recrutés plus tôt par Pierre.

Aziz et Pierre rangeaient le matériel dans le fourgon lorsque Nathou fit son apparition. Nous avions reconnu sa voix avant de le voir tant la pénombre avait rapidement fait place à la nuit noire. La lune ne nous était d’aucun secours, puisqu’absente ce soir-là.

«?Ce n’est pas trop tôt, maintenant je vais devoir remonter au phare et nettoyer le merdier que vous avez probablement laissé derrière vous, commençait Nathou sur un ton sec. Allez-vous-en et avant d’aller priver mon frère de travail, filez à la pointe sud de l’île, sur l’îlet Cabrits, j’vous l’ai dit, c’est plus urgent, puisque le gardien n’a plus pointé le bout de son nez depuis deux semaines au moins. Allez, foutez-moi le camp d’ici?!?»

Sur ces mots, il tournait les talons et disparaissait dans la nuit. Je demandais leur avis à mes collègues qui étaient d’accord avec ma conclusion, si le phare de l’Ouest de l’île était opérationnel et que celui du Sud était vacant, il fallait se préoccuper de ce dernier qui représentait un danger.

Nous avions donc pris la route de nuit. Durant deux heures sombres, nous découvrions sous un autre jour les petites routes étroites et mal entretenues de la Martinique. Fort-de-France attendrait bien quelques jours. À notre arrivée, nous savions qu’un petit canot nous attendrait du côté du pont des salines. Bien que la région Sud de l’île ne soit pas peuplée, le phare de l’île était entretenu depuis mille neuf cent vingt-neuf. Ce phare ne ressemblait pas à ceux sur lesquels nous avions déjà opéré jusqu’à présent. Celui-ci était une tourelle métallique tripode peinte en rouge. Une ancienne maison de gardiennage était attenante. Contre toute attente, nous apercevions au loin, au-delà du brin de mer qui nous séparait de l’île, une lueur qui semblait provenir de l’habitation.

«?Le bateau n’est pas là, annonça Aziz en revenant de la plage.?»

Nous nous sommes concertés quelques instants, deux solutions s’offraient à nous, soit nous dormions dans le fourgon au risque de passer la journée du lendemain avec différentes douleurs et courbatures, soit l’un de nous allait chercher le bateau à la nage et nous passerions la nuit au chaud et confortablement installés.

J’avais rapidement pesé le pour et le contre et je m’étais lancé rapidement à l’eau pour traverser le bras de mer. L’océan était plus chaud que l’air glacé de la nuit. La température de l’eau qui me faisait redouter cette petite nage n’aurait pas dû être mon principal sujet de préoccupation, j’oubliais les courants et les requins qui étaient susceptibles de chasser dans cette zone.

Heureusement, mes collègues surveillaient pendant ce temps l’apparition d’ailerons autour de moi à la lueur timide de nos lampes de chantier. Cette nouvelle inquiétude semblait littéralement me propulser et je ne mis finalement au final que quelques minutes pour franchir le bras.

Une foi de l’autre côté, alors que l’eau de mer et la légère brise commençaient à me glacer les os, trouver le petit canot ne fut qu’une formalité. En quelques instants, j’avais embarqué et me retrouvais de nouveau auprès de mes collègues. En moins d’une heure, nous investissions le phare. Sans chercher à nous installer confortablement, nous nous étions contentés de déplier à même le sol nos duvets. J’avais pris soin d’hotter mes vêtements avant d’entrer dans le mien pour profiter au maximum de la chaleur de mon corps.

Fatigué par mes aller et retour sur l’eau et les trajets de la journée, je m’endormais comme une masse.

Au petit matin, réveillé depuis quelques minutes, je tournais et me retournais dans mon duvet lorsqu’une idée me traversa l’esprit. Le canot était du côté du phare, mais nous n’y avions croisé aucun gardien ni âme qui vive. Le vieux Nathou nous avait dit que le phare était aveugle depuis deux semaines environ. Pourtant, si le gardien n’était pas venu ou s’il avait simplement quitté son poste, le canot aura dû se trouver sur la plage et non pas sur l’île. Il y avait là un mystère que Dupin ou monsieur Holmes, mes deux personnages de fictions favoris, n’auraient pas manqué de résoudre.

Pierre et Aziz se réveillèrent peu de temps après moi alors que je venais de faire un peu de bruit en cherchant de quoi nous faire couler un café. Heureusement, j’avais rapidement mis la main sur une — +cafetière à piston. Le café qui était dedans était couvert d’un duvet vert. La personne qui avait préparé ce piston n’avait pas fini de le boire, le récipient n’était qu’à moitié vide. Rien n’était rangé, toute la pièce destinée à l’habitation semblait avoir été abandonnée au beau milieu de la journée. Pour la relève, j’imaginais que les occupants du phare avaient assez de dignité et de respect pour laisser l’endroit présentable...



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