E-Book, Französisch, Band 2, 606 Seiten
Reihe: La Vallée des Âmes Perdues
Martin La Vallée des Âmes Perdues
1. Auflage 2026
ISBN: 978-2-322-63010-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Un jour futur, Toi & Moi
E-Book, Französisch, Band 2, 606 Seiten
Reihe: La Vallée des Âmes Perdues
ISBN: 978-2-322-63010-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Ronald Martin est un auteur québécois originaire de Port-au-Prince. Agent de piste chez Air Canada et actif au sein de l'usine d'eau Eska en Abitibi, il nourrit depuis toujours une passion pour l'ecriture et les cultures du monde. Son premier roman, "La Vallee des Ames Perdues - L'appel des Grands-Esprits", a pose les fondations d'un univers narratif qu'il continue d'explorer dans ce deuxieme tome. Passionne par la Coree du Sud, le Japon et l' Asie central, Ronald integre dans ses recits ses observations sur les rencontres interculturelles et les malentendus qui en decoulent. "Un jour futur, Toi & Moi" puise directement dans son experience personnelle d'un été passé a Seattle en mission professionnelle. A travers ce roman inspiré de faits reels, il explore avec sincerité la complexité des relations humaines, les non-dits culturels et la douleur de la reconstruction apres une desillusion amoureuse.
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Chapitre 1
Il était 23h quand le message est arrivé. Un samedi soir comme les autres dans ma maison dans le nord du Québec, assis dans mon salon avec un thé à la main et Netflix qui jouait en arrière-plan. Six mois après Vancouver, j'avais trouvé mes habitudes. Travail la semaine, sorties occasionnelles dans mes weekends, soirées tranquilles devant l'écran.
L'écran de mon téléphone s'est illuminé. Instagram.
Mon cœur a fait ce petit bond qu'il faisait toujours quand je voyais son nom apparaître. Six mois après Vancouver, elle m'écrivait encore régulièrement. Des nouvelles de sa vie au Japon, des photos de ses sorties à Tokyo, des questions sur mon travail chez Suntory au Canada. J'avais fini par me dire que malgré la distance, on avait gardé cette complicité.
J'ai ouvert le message sans me méfier.
J'ai lu une première fois. Puis une seconde : « Je veux voir les autres aussi ! pas spécialement toi »
Les mots dansaient devant mes yeux. Je suis resté figé, le téléphone à la main, mon Seven-up suspendue à mi-chemin entre la table et mes lèvres.
« Pas spécialement toi. » L'exclamation était là, comme pour souligner l'évidence. Comme si elle s'adressait à un collègue qu'elle connaissait à peine.
Ma main a commencé à trembler légèrement. J'ai reposé ma canette avec un petit bruit sec sur la table. Netflix continuait sa diffusion automatique, passant à un autre épisode que je ne regardais plus.
Ces quatre mots venaient de détruire six mois de reconstruction. Six mois à me dire que Vancouver avait compté pour quelque chose. Que ces moments qu'on avait partagés, English Bay au coucher du soleil, Granville Market main dans la main, ce lit à Banff où elle s'était collée contre moi toute la nuit, que tout ça avait eu du sens.
Je me suis levé brusquement. Ma jambe a heurté la table basse. J'ai fait quelques pas vers la fenêtre, puis vers la cuisine, puis je suis revenu m'asseoir.
Mon téléphone a vibré. Mon amie Coralie qui m'appelait pour notre conversation dominicale habituelle.
— Salut Ron ! Comment ça va ?
Ma voix est sortie plus rauque que prévu.
— Salut Coralie. Ça va… enfin, pas vraiment.
— Qu'est-ce qui se passe ? Tu as une drôle de voix.
Je regardais encore l'écran, le message de Setsuko toujours affiché.
— Je viens de recevoir un message qui… qui change tout ce que je croyais comprendre de quelqu'un.
— De qui ? Cette fille du Japon dont tu m'as parlé ?
Coralie avait toujours été directe. Pas méchamment, juste… lucide. Elle était la seule de mes amies à qui j'avais vraiment parlé de Setsuko, et ses questions m'avaient toujours mis mal à l'aise parce qu'elles étaient trop précises.
— Setsuko, oui. Elle revient au Canada. Et elle vient de me faire comprendre très clairement que je ne suis personne de spécial pour elle.
— Qu'est-ce qu'elle a dit exactement ?
J'ai relu le message à voix haute. Le silence d'Coralie parlait de lui-même.
— Ron… tu veux que je sois honnête ?
— Vas-y.
— Ça fait des mois que tu me parles d'elle comme si vous étiez ensemble. Mais chaque fois que je te demande des détails concrets sur votre relation, tu deviens vague. « On s'entendait bien, » « il y avait des moments spéciaux, » « elle me tenait la main parfois »… Jamais rien de clair.
Cette observation m'a frappé comme une gifle. Coralie avait raison.
Chaque fois qu'elle me demandait, Est-ce qu'elle t'a dit qu'elle t'aimait, je répondais par des anecdotes. Des gestes. Des interprétations.
— Je pensais que… les gestes suffisaient parfois.
— Ron, tu es un homme intelligent et généreux. Mais tu as tendance à voir ce que tu veux voir dans les relations. Tu te souviens de Bayana au Lycée ?
Bayana. Cette fille avec qui j'avais cru avoir une histoire pendant des mois parce qu'elle me souriait dans les couloirs et acceptait mes invitations au cinéma. Jusqu'à ce qu'elle m'annonce son copain officiel.
— C'est différent avec Setsuko.
— Peut-être. Ou peut-être que tu reproduis le même schéma. Tu idéalises quelqu'un qui est juste gentille avec toi.
— Elle s'est collée contre moi toute une nuit à Banff, Au3. Ce n'est pas juste de la gentillesse.
— Et qu'est-ce qui s'est passé après cette nuit ?
J'ai cherché dans mes souvenirs. Qu'est-ce qui s'était passé ? On était rentrés à Vancouver. On avait repris le travail. Elle était… normale. Polie. Professionnelle. Comme avant.
— Rien de particulier.
— Ron, écoute-moi. Si une femme passe une nuit collée contre toi et que le lendemain elle fait comme si de rien n'était, c'est qu'il ne s'est rien passé d'important pour elle.
Cette phrase m'a coupé le souffle. Dans sa simplicité brutale, elle résumait tout ce que je refusais d'admettre depuis des mois.
— Je suis pathétique, c'est ça ?
— Tu n'es pas pathétique. Tu es humain. Et tu mérites mieux qu'une femme qui te considère comme un collègue sympathique.
— Comment je fais maintenant ?
— Tu tournes la page. Et la prochaine fois, tu écoutes ce que les gens te disent vraiment, pas ce que tu espères qu'ils disent.
Nous avons raccroché après quelques encouragements supplémentaires d'Coralie. Elle avait promis de passer me voir dans la semaine.
J'ai relu le message de Setsuko avec cette nouvelle lucidité. Ces quatre mots n'étaient plus seulement une blessure. C'était une révélation.
Je me suis souvenu de notre dernier échange, la semaine précédente. Elle m'avait envoyé une photo d'elle dans un restaurant de Tokyo avec Natsuki. « Je pense souvent à nos soirées vancouvéroises ! Tu me manques parfois. » J'avais pris ça pour de la nostalgie partagée.
Maintenant, je réalisais que c'était probablement de la politesse internationale.
J'ai reposé le téléphone sur la table basse et quelque chose s'est brisé en moi. Pas spectaculairement. Juste un petit craquement intérieur, comme une branche qui cède sous le poids de la neige.
Pour la première fois depuis Vancouver, j'ai accepté que quelque chose s'était cassé en moi là-bas. L'innocence, peut-être. Cette capacité à croire que les gestes tendres signifient forcément de la tendresse.
À 26 ans, après une carrière professionnelle qui marchait bien, j'avais découvert à Vancouver qu'il existait des codes que je ne maîtrisais pas. Des langages subtils que je ne parlais pas.
Quand j'ai relevé la tête, Netflix proposait de continuer à regarder ou d'arrêter la diffusion. J'ai éteint. Le silence de la maison est devenu total.
Tous ces messages qu'elle m'envoyait depuis son retour au Japon en septembre. Ces « Comment ça va ? » réguliers. Je les avais pris pour de l'amitié sincère, de l'affection à distance.
Maintenant, je les voyais différemment. Politesse. Courtoisie internationale. Le genre de messages qu'on envoie pour maintenir des liens professionnels avec un ancien collègue sympathique.
Les signes étaient là depuis le début. Mais je les avais interprétés selon mes propres codes, mes propres espoirs.
Le pire, c'était le minutage. Ce message arrivait pile au moment où je commençais à aller mieux. Où je me reconstruisais après Catherine, cette relation de janvier et février qui n'avait jamais vraiment décollé, justement parce que je comparais tout à Vancouver.
Catherine était pourtant formidable. Intelligente, drôle, affectueuse. Mais elle avait le malheur de ne pas être Setsuko.
Notre rupture avait été douce, mature, triste. « Tu n'es pas...




