E-Book, Französisch, 124 Seiten
Masson Le sacre et le couronnement de Napoléon
1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-322-38268-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
édition du bicentenaire Napoléon 1821-2021
E-Book, Französisch, 124 Seiten
ISBN: 978-2-322-38268-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
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Louis Claude Frédéric Masson, né à Paris le 8 mars 1847 et mort à Paris le 19 février 1923, est un historien français, spécialiste des études napoléoniennes et secrétaire perpétuel de l'Académie française.
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INTRODUCTION.
Pour mettre à la portée des amateurs un des chefs-d'œuvre de l'art français au temps de Napoléon, et surtout, l'avouerai-je, pour satisfaire une envie déjà très ancienne de bibliophile passionné, j'avais entrepris l'an dernier, de concert avec mon collaborateur et ami M. Manzi, de reproduire à quelques exemplaires, sous un format maniable, les dessins originaux d'Isabey, de Fontaine et de Percier qui ont formé le Livre du Sacre. Je comptais joindre à ces gravures un texte fort bref et uniquement descriptif. — C'est pourquoi j'ai écrit ce volume où les descriptions sont rejetées aux pièces justificatives, et où il est question de religion, de politique et de beaucoup d'autres choses. On croit faire un livre et c'est un autre. Le sujet nous mène et les documents nous commandent.
C'est que, en abordant les études préliminaires. En revoyant mes notes, en constatant les lacunes et en travaillant à les combler, j'ai été amené à prendre du Sacre une idée tout autre que celle courante. Une telle surprise est ménagée d'ordinaire à quiconque étudie d'un peu près un fait d'histoire et essaie d'en approfondir les causes, mais ici plutôt qu'ailleurs elle était inattendue. Tant d'écrivains avaient raconté les négociations avec la cour de Rome, les aspects et les formes, de la cérémonie, les fêtes qui l'avaient précédée et suivie. Cela semblait le sujet le plus rebattu et sur lequel il fut le moins utile d'écrire, en admettant qu'écrire puisse jamais l'être. Moi-même, n'avais-je point, dans un de mes livres, essayé de dégager l'idée qu'on pouvait prendre du rôle joué par Joséphine, et, dans un autre, exposé ce que j'ai cru surprendre des cabales formées par la mère, les frères et les sœurs ? Sur tout cela, je n'ai point à revenir et je n'y reviens que par des allusions. Bien ne m'a fait voir que je me fusse trompé sur les points que j'avais abordés. Mais je n'avais vu que les comparses, je n'avais point assez regardé l'acteur principal. Je ne m'étais, demandé ni pourquoi il avait voulu être sacré, ni dans quelles conditions il avait obtenu de l'être, ni par quelles incertitudes il avait passé, avant, pendant et après la cérémonie, ni de quel prix il avait cru la payer, ni de quelle conséquence elle avait été. Tout me sembla à trouver et tout à dire. Les documents d'archives fournissaient le détail qu'on peut souhaiter sur l'extérieur des choses, restait l'âme des êtres et leurs mobiles ; restait l'enchaînement, et le déroulement des actes, restait la raison d'être de ces actes. Le Sacre, n'était-ce point de la part de Napoléon une tentative pour substituer au droit démocratique qui l'avait investi, une façon de droit divin ? N'était-ce pas le point de départ du malentendu entre l'Empereur et la Nation, de la lutte entre le Sacerdoce et du triomphe en France des doctrines ultramontaines ? En même temps, des phénomènes d'impulsivité, inexplicables pour qui est tenté de croire que, chez Napoléon, tout est médité et raisonné ; (les sautes brusques d'opinion, des arrêts et des changements dans des desseins en apparence immuables ; des retours en arrière, des ruptures qui semblent tenir au dégoût ou à la désillusion ? J'en arrivai à penser que le nombre des pensées et des actes qui venaient du Sacre, qui se rattachaient au Sacre, qui l'avaient pour cause directe ou médiate, était infiniment plus grand que je ne l'avais supposé, que de là partait une manière nouvelle d'envisager les êtres et les choses et qu'aux éléments de connaissance qu'on avait de Napoléon, celui-ci, nouveau, apportait une contribution importante.
***
Parce, qu'il avait été sacré par le Pape, Napoléon a considéré qu'il était revêtu d'un caractère ineffaçable, qu'il était devenu un souverain égal à tous les souverains, qu'il ne pouvait point être discuté comme tel, qu'il était l'oint du Seigneur, et que, si son empire n'avait point reçu une institution divine, il s'en fallait de peu. On ne saurait dire qu'il le crût, mais il prétendait au moins le faire croire, et, en vérité, des illusions qu'on donne à celles qu'on prend, le pas est si vite franchi qu'on peut se demander si ici il ne l'a pas été. Tout au moins, dans la foi qu'il avait placée en sa destinée, n'avait-il pas, quoiqu'il s'en soit défendu, admis une part de fatalisme qui devait le rendre plus apte qu'homme au monde, à subir l'impression qu'il avait été désigné, qu'il remplissait, qu'il accomplissait une mission. Certes, de cela, il ne s'explique point, ou il s'explique confusément. Mais cette croyance dont il peut être presque inconscient, qu'il ne raisonne point, qu'il essaie de réfuter, se fait jour par quantité de phrases échappées. Ainsi, lorsqu'il écrit à Joséphine : Toute ma vie, j'ai tout sacrifié, tranquillité, intérêt, bonheur, ; lorsqu'il lui écrit : Je dépends des événements ; je n'ai pas de volonté ; j'attends tout de leur issue ; et encore : Plus on est grand, et moins on doit avoir de volonté ; l'on dépend des événements et des circonstances ; qu'est-ce que la Destinée, si elle n'est point providentielle, que, valent les événements s'ils ne tiennent qu'au hasard ? Qui parle de sa destinée, entend bien qu'il est . De la désignation, l'institution divine n'est qu'une conséquence et comme une confirmation, mais n'est-ce pas que devant les yeux de celui qui la reçoit, cette institution devient effective et valable, s'impose à l'esprit, l'obsède et le conquiert ? Ce n'est point à dire que Napoléon, dans la suite de ses actes, se crût (jusqu'en 1810) moins obligé de faire effort. Il ne manque pas dans l'histoire de souverains, fort convaincus de leur droit divin, qui besognent à leur gouvernement, et ont le sentiment fort net que leur action continue y est nécessaire. Mais on les reconnaît pour des croyants, à des phrases, à des mots ou des gestes. ll semble bien que ces phrases ; ces mots, ces gestes, se trouvent chez Napoléon à partir du Couronnement.
Qu'il ait eu la ferme confiance que, au souverain investi par le vote populaire, la consécration religieuse apporte une dignité supérieure qu'il ait considéré que par là seulement, par le Sacre et le Couronnement, il devient véritablement le souverain, qu'il est revêtu dès lors d'un caractère indélébile que tous les autres souverains sont tenus de respecter, c'est ce qui résulte de l'effort qu'il fit, en janvier 1813, pour obtenir que le Pape sacrât et couronnât son fils. S'il eût regardé le Sacre et le Couronnement comme une solennité de nature seulement à déployer des pompes majestueuses et à impressionner les badauds, eût-il été tenté de la renouveler pour son fils ? Eût-il, au lendemain des désastres de Russie, offert au Pape ce qu'il lui offrait — c'est-à-dire en fait l'abandon de tous les desseins qu'il avait suivis depuis 1807 — en échange d'aussi minces avantages ? Il était convaincu que du sacre du Roi de Rome découlerait pour les rois d'Europe l'obligation de le maintenir sur le trône et que par là sa dynastie vivrait. Tout ce travail dont j'ai rendu compte ailleurs n'est explicable que si Napoléon est parti d'une donnée presque mystique, de la conviction que le sacre imprime à celui qui le reçoit le caractère de souverain ; que, par là seulement, il est mis au-dessus des autres hommes. — Et cette conviction où l'aurait-il puisée pour en appliquer les effets à son fils, s'il ne l'avait éprouvée directement et personnellement. Combien de fois cette plainte ne revient-elle point à Sainte-Hélène ! Combien de fois, contre les tortionnaires anglais, n'élève-t-il point le Sacre et le Couronnement qui l'ont mis hors du commun des hommes, qui l'ont élevé à un rang d'où nul ne saurait le faire descendre !
Y a-t-il là une part d'affectation ? Est-ce un rôle qu'il joue ? Croit-il ce qu'il dit ? Pourquoi pas ? Ne voit-on pas avec quelle rapidité l'homme s'habitue aux situations les plus extraordinaires, comme il en prend vite le ton et l'esprit ? Il n'est même pas besoin que le titre soit authentique pour que celui qui s'en est paré en connaisse l'orgueil et qu'il en jouisse délicieusement. Les armoiries qu'il porte sont usurpées, il le sait ; mais il n'en est pas moins satisfait. Il trouve tout naturel qu'on lui donne du Prince, et l'Altesse,...




