Mauchamp / Mon Autre Librairie | La sorcellerie au Maroc | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 295 Seiten

Mauchamp / Mon Autre Librairie La sorcellerie au Maroc


1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-491445-99-7
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

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ISBN: 978-2-491445-99-7
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Compilation des notes et croquis rassemblés par le Dr Mauchamp comme matériel de son étude sur les pratiques de sorcellerie dans la société marocaine traditionnelle. Ces papiers, sauvés du pillage de sa maison, seront transmis à la Légation de France à Tanger, qui les enverra à la famille. Mis en forme par M. Mauchamp père, présentés par Jules Bois, ils sont devenus un ouvrage de référence.

Émile Mauchamp - 3 mars 1870, Chalon-sur-Saône ; 19 mars 1907, Marrakech Après des études de médecine à Paris, il est nommé médecin-aide major de réserve en 1899 et entre dans les "médecins militaires maritimes", une activité qui l'amènera à travailler dans de nombreux pays étrangers. En 1905 il est désigné par le ministère des Affaires Étrangères pour prendre la tête du dispensaire de Marrakech. Dans un contexte politique extrêmement tendu, son inlassable et bienfaisante activité au service des Marocains est contrecarrée par les manoeuvres calomnieuses des Allemands, inquiets de l'influence croissante de la France dans le pays. Le 19 mars 1907, au retour d'une entrevue avec le pacha, à quelques pas de chez lui, il est assailli par une foule furieuse et assassiné. La France lui fera des funérailles nationales.
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V

En attendant, les sorciers se défendent, les sorciers, c’est-à-dire les professeurs et les prêtres, qui conservent jalousement les traditions corrompues et corruptrices d’une science obscurcie et d’une religion tombée. Ulémas et talebs sont les grands ennemis de notre intervention pacifique ou militaire. Ce n’est pas le sultan avec ses ministres qui, en réalité, gouverne, dirige, exploite le plus le Maroc : ce sont eux, les sorciers, qui profitent de la crédulité, de la timidité et de l’avilissement où ce peuple, autrefois si érudit et si fier, est descendu. Ils vivent et ils sont tout puissants, grâce à ce fanatisme qu’ils créent ou qu’ils développent. Ils condamnent à mort celui qui pourrait dissoudre les brumes où se perdent leurs victimes. La lumière intellectuelle est une ennemie, qu’ils pourchassent par tous les moyens ; et l’on peut dire que c’est eux qui, réellement, tuèrent Mauchamp en excitant par leurs calomnies haineuses et leurs suggestions féroces des brutes chez qui ils avaient éteint, par avance, toute lueur de jugement, de compréhension et de pitié.

Ils tentèrent cependant de gagner le hakim français. Ils répondaient à son appel. Avec leurs mufles de chacals, leurs gestes timorés, que facilement exalte la haine quand ils se sentent les plus forts, ils entraient dans la maison qu’habitait à Marrakech le docteur. Ils s’entretenaient avec lui de leurs méthodes de travail et des minutieuses tactiques, employées hypocritement et vilement, pour persécuter, nuire, tuer même. Dans ce pays où les sociétés secrètes sont innombrables, le goût de faire des adeptes est en quelque sorte inné. Vers leur occultisme traître et sournois, ces maîtres des ténèbres auraient été heureux d’entraîner l’intrépide et loyal savant, comme s’il était possible de changer une baïonnette luisante contre une lame rouillée et torse.

Émile Mauchamp obéissait tout simplement à cette curiosité psychologique, que je m’étais plu à aiguiser encore pendant le mois que nous passâmes ensemble à Jérusalem. Il avait compris qu’en effet, nous ne pourrions jamais connaître, jusqu’en ses replis, l’âme musulmane si nous nous contentions d’étudier le Coran ou de visiter des mosquées et des bazars. De même que les grimoires hébreux, français et latins, que j’avais feuilletés à la Bibliothèque de l’Arsenal, me permettaient d’explorer les dédales de ces consciences inquiètes et troublées de notre Moyen-Âge européen, époque de foi et d’enthousiasme, époque aussi de superstition, de férocité et de terreur, Mauchamp, à qui j’en avais parlé et qui ne l’avait pas oublié, s’industriait à analyser par le menu les envoûtements marocains, leurs philtres d’amour ou de vindictes. Comme ces secrets mystiques et criminels ne doivent pas, afin de garder leur efficacité, être livrés aux profanes, notre questionneur conversait avec les talebs sans ostensiblement prendre de notes. Nous l’avons déjà fait remarquer ; afin de ne pas perdre les détails compliqués et diffus de ces ordonnances malfaisantes, d’une main qui semblait se jouer, il enregistrait, en signes rapides et illisibles, sauf pour lui, les renseignements qui lui étaient communiqués.11

Le savant devait payer de son martyre les révélations qu’il arrachait à ces nécromants et à ces envoûteurs.

Est-ce à dire qu’aucune parcelle de vérité, aucune miette de science, et surtout aucun document authentique et utile de psychologie ne puisse apparaître dans ces gravats, ces décombres et ces ordures ? Ici, en quelque manière, je suis plus indulgent qu’Émile Mauchamp. D’abord, parce que je sais la beauté des sources, d’où descendent ces fleuves devenus impurs à parcourir trop de marécages. J’ai étudié les Upanishad de l’Inde, traités théologiques en forme d’hymnes, avec quoi Schopenhauer et d’autres philosophes plus récents ont édifié leurs systèmes. Autant que la vie moderne me l’a permis, j’ai scruté les pages, obscures mais substantielles et profondes, de la Kabbale, dont les Arabes, à la bonne époque, furent les continuateurs. Je sais, à n’en pouvoir douter, que les superstitions, parfois abjectes, que Mauchamp a recueillies, pour mieux les dénoncer à tous, sont les débris d’une antique science, ou plutôt d’une synthèse de science, qui exprima pendant plusieurs siècles l’apogée de l’esprit humain.

Certes, depuis, et je ne crains pas de le répéter, l’intelligence de la race ayant baissé, le livre ne fut plus compris ; et la lettre, selon le mot célèbre, tua l’esprit. Au mage qui voit, au delà des symboles matériels et transitoires, la vérité immatérielle, a succédé le sorcier, qui rapetisse la pensée et les actes aux extériorités et au verbalisme.

N’importe. La psychothérapie est bien sortie, lucide, méthodique, des rites parfois troubles du magnétisme : une psychologie pratique, c’est-à-dire un entraînement spécial de la volonté, pourra résulter de l’étude comparée de ces agissements, qui semblent ridicules et sont le plus souvent néfastes et laids. Mais, en eux, nous pouvons discerner l’emploi de forces intimes, qui sont en la circonstance dirigées vers le méfait, et même le meurtre, alors qu’il sera possible de discipliner ces énergies pour quelques œuvres généreuses de guérison et de bon aloi.

Lorsque nous touchons à ces problèmes, qui sont beaucoup plus importants qu’on ne le croit, par leur retentissement individuel et social, le sujet d’études s’élargit, déborde du Maroc, intéresse aussi l’Europe et le monde.

Il s’agit, en effet, de certains états d’âme, qui ne sont pas uniquement marocains, ni même africains ; car ils appartiennent à une certaine époque, au cours de laquelle l’esprit humain, orienté de certaine manière, commit de grossières erreurs et en même temps, eut, au milieu d’une fumée aveuglante et irrespirable, des lueurs sur un domaine de connaissances abandonné depuis, et auquel, aujourd’hui, nous retournons.

Je dois reconnaître qu’une étrange ressemblance rapproche la sorcellerie moderne au Maroc de notre ancienne sorcellerie française.

Les documents inédits que j’ai trouvés à Paris, soit à la Bibliothèque de l’Arsenal, soit à la Bibliothèque Nationale, ou à Londres, au British Museum, peuvent être mis en parallèle avec ceux recueillis par le Dr Mauchamp. Avec cette différence que les grimoires français, rédigés la plupart du temps au XVIIIe siècle seulement, portent la marque du Moyen-Âge et ne sont plus guère mis en vigueur heureusement.

Il est vrai que les sorciers, les devineresses, les occultistes modernes cherchent à revivifier ces doctrines désuètes et ces expériences incohérentes.12 À côté de quelques chercheurs de bonne foi qu’il faudrait encourager, combien de charlatans, d’aventuriers, de fous et de demi-fous ! Les colporteurs vendent encore Le petit Albert dans les campagnes ; mais ce sont de bien faibles et pâles survivances, à côté d’habitudes invétérées et en quelque sorte constantes chez les peuplades du Maroc. Celles-ci – et tous les voyageurs confirmeront nos dires – en sont restées pour l’idée et la manière de vivre, au temps féodal, bien entendu avec tous les déchets qu’accompagnent les décadences. Il en est de même au Tibet, infesté de sorcellerie et d’anarchie.

Dès lors, nous n’en pouvons douter, puisque ce pays arriéré nous montre pratiquées encore, sur un autre continent, les mœurs sataniques en usage dans les diverses contrées d’Europe pendant le Moyen-Âge, il faut bien admettre que l’humanité a réellement traversé une période où la sorcellerie fut souveraine.

Il n’y a aucun accord possible entre nos méthodes de travail et les tâtonnements crédules de la sorcellerie ; mais nous sommes quelques-uns à reconnaître, après expertise, que les sorciers en savaient plus pour la psychothérapie que la plupart de nos médecins et de nos psychologues.

Nous ne sommes pas là seulement en face de folklore ou de curiosités historiques.

Ces recettes frauduleuses laissent entrevoir qu’il nous reste à apprendre quelque chose des philosophes mystiques oubliés, et même des praticiens beaucoup moins recommandables qui furent leurs disciples.

Ces théosophes du Moyen-Âge dressèrent la synthèse confuse d’une science psychologique, qu’un siècle prochain fixera, et qui, pour le moment, a passé de la spéculation vaine à une analyse expérimentale sérieuse. Nous avons donc fait un pas modeste, mais assuré, vers la recherche de nouvelles vérités.

Ce que nous savons (ce n’est pas grand-chose dans l’ordre de la psychologie pratique), nous le savons sans doute mieux qu’eux ; mais ils étaient allés beaucoup plus loin que nous.

Ils avaient pressenti, et même défini, d’une manière obscure et incomplète, il est vrai, quoique assez nettement pour leur propre esprit, la suggestion, l’hypnose, la catalepsie, les modifications intérieures de la personnalité, phénomènes aujourd’hui catalogués et contrôlés ; de plus, ils étaient initiés à la lecture des pensées, aux hallucinations télépathiques, à la suggestion mentale, à l’influence à distance, et même aux divers prodiges que, sous l’étiquette de spiritisme, on fait remonter à la deuxième moitié du siècle dernier, alors que, de tous temps, ils ont été connus et même provoqués.

Les exercices qu’exigent les « secrets d’amour et de haine », enregistrés dans les grimoires de la Bibliothèque de l’Arsenal ou constatés dans les papiers du Dr Mauchamp, ne sont...



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