E-Book, Französisch, 380 Seiten
Mickiewicz Messire Thaddée
1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-322-22838-6
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
(Pan Tadeusz)
E-Book, Französisch, 380 Seiten
ISBN: 978-2-322-22838-6
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Adam Mickiewicz est né en 1798 dans le district de Nowogródek, aujourd'hui en Biélorussie, et mort en 1855 à Constantinople, aujourd'hui Istanbul. Emigré à Paris à partir de 1832, il déploie une grande activité au sein de la diaspora polonaise, et enseigne dans les années 1840 au Collège de France. Poète, professeur, journaliste, patriote, mystique, il devient le "Pèlerin de la liberté" et le pionnier d'une "Europe des peuples" qui transcenderait les pouvoirs politiques et religieux.
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LIVRE DEUXIEME
LE CHATEAU
*
Chasse au débusqué avec les lévriers.
Un hôte au château.
Le dernier des officiers de cour raconte l’histoire du dernier
des Horeszko.
Coup d’œil dans le verger.
La jeune fille au milieu des concombres.
Déjeuner.
L’anecdote pétersbourgeoise de madame Télimène.
Nouvel accès de chicane à propos du Courtaud et du Faucon.
Intervention de Robak.
Le discours du Substitut.
Les mises.
En route pour les champignons !
*
Qui de nous ne se souvient de ces années où, jeune garçon,
Le fusil sur l’épaule, en sifflotant il arpentait la campagne,
Sans être gêné par aucun talus, aucune clôture,
Où, franchissant une bordure, il ne voit pas qu’il est chez autrui !
Parce que le chasseur en Lituanie, comme un navire en mer,
Dans l’espace se meut, où il veut, par où il veut :
Semblable à un prophète scrutant le ciel où, dans la nuée,
Il est de nombreux signes visibles à un œil de chasseur,
Ou encore à un magicien s’entretenant avec la terre qui, sourde
Aux citadins, à l’oreille lui chuchote un tas de murmures.
Là-bas le râle rouge pousse son cri, en vain on le cherche dans le pré Car dans l’herbe il file comme un brochet dans le Niémen ;
Là-haut retentit du printemps un tintement de cloche matinal,
Celui de l’alouette, tout aussi profondément enfouie dans le ciel ;
Quelque part, du battement de ses grandes ailes l’aigle l’espace
Fait gronder, effrayant les moineaux comme la comète les tsars56 ;
Et le faucon, suspendu dans le clair azur,
Bat des ailes comme le papillon sur une aiguille transpercé,
Jusqu’à ce qu’au milieu du pré apercevant un oiseau ou un lièvre,
Des hauteurs il fonde sur lui comme une étoile filante.
Quand donc le Seigneur nous permettra de rentrer de notre errance
Et à nouveau d’habiter chez nous dans notre campagne natale,
Et de servir dans la cavalerie qui combat les lièvres,
Ou dans l’infanterie équipée pour tuer des oiseaux ;
De ne connaître d’autres armements que la faucille et la faux,
Et d’autres journaux que ceux des comptes domestiques !
Le soleil s’était levé sur Soplicowo57, et déjà était tombé
Sur ses toits de chaume et par les fentes dans la grange s’était infiltré ;
Sur le foin d’un vert sombre, frais et odorant,
Dont les jeunes s’étaient fait une litière,
Se déployaient ses raies dorées, vibrant
Par une ouverture de la sombre toiture, comme les rubans d’une tresse ;
Et le soleil de ses rayons matinaux les lèvres des dormeurs
Chatouille, comme la jeune fille son amoureux avec un épi réveille.
Déjà les moineaux sautillants ont commencé à piailler sous le toit,
Déjà à trois reprises le jars a cacardé, et après lui, comme en écho,
En chœur lui ont répondu les canards et les dindons,
Et le bétail partant aux champs fait entendre ses beuglements.
Les jeunes étaient debout, Thaddée est toujours couché et dort,
Car il s’est endormi le dernier ; du souper d’hier
Il est rentré si préoccupé, qu’au chant des coqs
L’œil il n’avait pas encore fermé, et sur sa couche
Tellement il remuait que dans le foin comme dans l’eau il avait sombré
Et dormait à poings fermés, -- quand un vent froid lui cingla les yeux :
On ouvrait avec fracas la porte grinçante de la grange
Et le père bernardin Robak entrait avec sa ceinture à nœuds,
En criant et par-dessus son échine
Sans façon faisait tournoyer sa cordelière.
Dans la cour on entend déjà des cris de chasseurs,
On sort les chevaux, les briskas arrivent,
A peine la cour peut-elle contenir toute cette affluence,
Les cors font retentir leurs appels, on a ouvert le chenil ;
La meute des lévriers qui s’en échappent joyeusement jappent ;
Voyant les montures des piqueurs, les laisses des traqueurs,
Les chiens comme des fous en tous sens galopent dans la cour,
Puis courent engager leur cou dans leur collier :
Tout cela augure d’une excellente chasse ;
Le Chambellan donne enfin l’ordre du départ.
Les piqueurs partent au petit trot, à la file indienne,
Mais passé le portail ils se déploient sur un large front ;
Au milieu chevauchent côte à côte l’Assesseur et le Notaire ;
Bien que se lançant de temps à autre un regard peu amène,
Ils discutaient amicalement, comme il sied à des gens d’honneur
S’en allant trancher un litige mortel ;
Personne n’aurait vu en eux des chicaneurs acharnés ;
Monsieur le Notaire menait le Courtaud, l’Assesseur le Faucon.
Derrière, les dames dans les voitures, et les jeunes gens, à leurs côtés
Chevauchant juste près des roues, conversaient avec elles.
Le religieux Robak marchait lentement dans la cour,
Terminant ses prières du matin ; mais il avait l’œil
Sur messire Thaddée, fronçait les sourcils, souriait,
Et enfin lui fit signe du doigt. Thaddée s’approcha sur son cheval,
Robak lui mit le doigt sous le nez en signe de mécontentement ;
Mais en dépit des interrogations et demandes de Thaddée
Pour savoir précisément ce qu’il voulait,
Le bernardin ne daigna ni répondre ni lui porter un regard,
Il se borna à relever sa capuche et terminer ses prières ;
Thaddée alors s’éloigna et se joignit aux invités.
Les chasseurs venaient justement d’arrêter les chiens
Et tous se tenaient immobiles sur place ;
Les uns aux autres ils se faisaient signe de la main de se taire,
Et tous tournaient le regard vers un rocher
Sur lequel monsieur le Juge se tenait debout ; il avait aperçu la bête
Et expliquait ses ordres par des gestes de la main.
Tous avaient compris : ils ne bougent pas, et au milieu du champ
L’Assesseur et monsieur le Notaire au petit trot avancent ;
Thaddée, étant plus près, les dépassa tous deux,
S’arrêta près du Juge et cherchait des yeux.
Il n’était pas sorti depuis longtemps ; sur une surface uniforme
Il n’est pas aisé de distinguer un lièvre, surtout au milieu de rochers.
Monsieur le Juge le lui montra ; le pauvre se tenait
Aplati sous une pierre, les oreilles dressées,
Et de son œil rouge rencontra le regard des chasseurs,
Et comme fasciné, sentant sa destinée,
De peur ne pouvait détacher son regard du leur,
Et sous la pierre se tenait comme pétrifié.
Cependant la poussière dans le champ se soulève de plus en plus près,
Le Courtaud en laisse fonce, derrière lui le Faucon véloce,
Alors l’Assesseur et le Notaire à l’unisson juste derrière braillèrent :
« Attaque ! Attaque ! », et avec les chiens disparurent dans la poussière.
Tandis qu’on pourchassait ainsi le lièvre,
Monsieur le Comte fit son apparition en bordure du bois du château.
Dans la contrée il était connu que ce seigneur ne peut
Jamais nulle part à l’heure prescrite se présenter.
Ce jour non plus il ne s’était pas réveillé et, rudoyant ses domestiques,
Voyant les chasseurs dans la plaine, au galop il fonçait vers eux ;
De sa redingote de coupe anglaise, blanche, longue,
Il faisait voler les pans au vent ; derrière, ses domestiques à cheval,
En chapeaux semblables à des champignons, noirs, luisants, petits,
En casaques, bottes à jambières, pantalons blancs ;
Les domestiques que monsieur le Comte ainsi habille
En son palais se nomment des jockeys.
La bande au galop dévalait dans la plaine,
Lorsque soudain le Comte aperçut le château et arrêta son cheval.
Il le voyait pour la première fois de bon matin et ne croyait pas
Qu’il s’agissait des mêmes murs, tant rajeunis
Et embellis par la lumière matinale étaient les contours de la bâtisse ;
Monsieur le Comte s’émerveilla d’un tableau...




