Nourry / Mon Autre Librairie | La force magique | E-Book | www.sack.de
E-Book

E-Book, Französisch, 173 Seiten

Nourry / Mon Autre Librairie La force magique

Du mana des primitifs au dynamisme scientifique
1. Auflage 2023
ISBN: 978-2-38371-045-5
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

Du mana des primitifs au dynamisme scientifique

E-Book, Französisch, 173 Seiten

ISBN: 978-2-38371-045-5
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Étude approfondie et très documentée de cette force étrange que les sociétés traditionnelles appellent de différents noms, mais utilisent toutes de façon similaire et avec une efficacité qui nous étonne. L'auteur termine en ouvrant une audacieuse passerelle vers la science contemporaine, en particulier la physique, pour démontrer à quel point les chemins sont ouverts vers une unification des pratiques et des connaissances. (Édition annotée)

Nourry Émile - Autun, 6 décembre 1870 ; Paris, 27 avril 1935. Fils de libraire dans sa ville natale, il devint d'abord libraire et éditeur à Dijon, puis à Paris. Passionné de livres et de lecture, avide de connaissances, Émile Nourry dévore tout ce qui passe à sa portée, avant de s'orienter plus spécialement vers les sciences de l'homme. D'une exceptionnelle puissance de travail, il publiera sous le pseudonyme de Pierre Saintyves une oeuvre foisonnante. Maître de conférences à l'École d'anthropologie, fondateur et président de la Société de folklore français et colonial, membre à vie de la Société des Africanistes, directeur de la Revue anthropologique, son inlassable activité finit par avoir raison de sa santé fragile. Sa magnifique bibliothèque, qu'il avait constituée tout au long de sa vie, fut jugée digne d'être léguée à l'Institut.
Nourry / Mon Autre Librairie La force magique jetzt bestellen!

Weitere Infos & Material


Chapitre I.

Définition de la magie

La magie est à la fois une connaissance, un art et un culte chez les primitifs, et bien qu’on la trouve souvent réduite ou à peu près à un art comme chez les sorciers guérisseurs de nos campagnes, elle n’a vraiment tout son épanouissement que lorsqu’elle réunit la théorie, l’art et le culte.1 Les occultistes contemporains ajoutent à l’art la théorie et ont tenté de restaurer l’initiation magique, mais malgré eux ils se sont trop frottés à la science expérimentale et leur sincérité n’est pas toujours assurée. C’est surtout chez les sauvages, Indiens de l’Amérique, Mélanésiens, Australiens, qu’elle peut être saisie dans sa réalité spontanée, son intégrité et sa sincérité. La magie, disons-nous, est l’ensemble des théories, des techniques et des sentiments mystiques par lesquels le primitif explique l’univers, capte et utilise ses forces invisibles et détermine son attitude intérieure vis-à-vis de toutes les puissances mystérieuses.

La connaissance magique

Tout d’abord la magie est une connaissance, un ensemble d’hypothèses, de théories et de représentations. On a même dit que c’était une science, j’estime que c’est une philosophie, mais une philosophie rudimentaire. Le magicien s’est longtemps confondu avec le physicien, le Physicus, l’homme qui étudie la nature (f?s??), le savant ès choses naturelles. Les philosophes ioniens sont appelés des physiciens et Archelaüs2 avait reçu en particulier le surnom de f?s????. Au Moyen-âge, les hermétistes à la fois philosophes, astrologues, alchimistes et médecins étaient qualifiés, tel Arnauld de Villeneuve3 et tant d’autres, de physiciens. Le médecin s’est longtemps appelé fisico en italien et en espagnol ; il se nomme toujours physician en anglais. Dans les campagnes du centre de la France, le sorcier guérisseur est encore celui qui connaît la fusique et qui, grâce à elle, peut jeter ou lever des sorts, produire la pluie ou arrêter les épizooties. Pour l’Antiquité et le Moyen-âge, tout homme ayant des connaissances naturelles non communes était un magicien. Le pape Sylvestre II ne fut pas moins suspect à ses contemporains qu’Apulée, pontife d’Esculape, aux Africains de son temps. « Et à la vérité, dit Naudé, ce n’est point chose extraordinaire, si comme on a coutume de prendre pour magiciens ceux qui représentent des roses et des fleurs printanières à la plus forte saison de l’hiver : ainsi tous ces galands hommes qui ont paru comme des estoilles brillantes au milieu de cette nuict sombre et ténébreuse, et qui ont produit des effets admirables de leur doctrine en la saison la plus froide et la plus glacée des Lettres ».4 Au XVIe siècle ne voyons-nous pas Fernand de Cordoue,5 également savant dans les sciences et dans les arts, ayant emporté de haute lutte l’admiration des maîtres de l’Université de Paris, obligé de quitter la France parce que l’éclat de son savoir le fit soupçonner d’avoir fait un pacte avec le démon ?6

Mais les connaissances naturelles des magiciens ou de ceux qui passèrent pour tels aux yeux d’un public ignorant constituent un ensemble assez confus, tenant un peu de la science, mais surtout de la philosophie. L’évolution des connaissances naturelles peut se diviser en trois temps : magie, philosophie de la nature et science positive. Il n’y a pas si longtemps qu’un Lamarck ou un Linné qualifiaient leurs tentatives d’organisation de la zoologie et de la botanique de Philosophie botanique et de Philosophie zoologique. Toutes les sciences du Moyen-âge, Astrologie, Alchimie, Médecine, sciences des lapidaires, des plantaires et des bestiaires, science de l’homme et du monde, microcosme et macrocosme, constituaient un ensemble en quelque sorte indivisible bien connu sous le nom de philosophie hermétique. Et chez les Primitifs la magie nous apparaît comme une sagesse traditionnelle, comme le savoir séculaire des anciens, sagesse et savoir qui enveloppent et comprennent tout l’ensemble de leurs connaissances ; la magie est alors à la fois une cosmologie, une anthropologie et une pneumatologie, mais toutes dérivées ou imprégnées d’une même conception fondamentale, la conception de la force magique ; c’est une sorte de physique spirituelle construite sur de vastes et enfantines généralisations en vue de fins utilitaires.

La magie se distingue aisément de la science en ce que la science contrôle et critique par la raison, le calcul et surtout par l’expérience, les hypothèses et les théories au moyen desquelles on l’édifie ; tandis que toute la science du magicien repose sur les théories et les hypothèses qui ne sont justifiées que par la simplicité, l’ignorance, l’audace dans la généralisation qui est le propre des enfants. La science n’a qu’une maîtresse, et une maîtresse sévère : l’expérience. La magie n’a qu’une maîtresse également, mais une folle maîtresse, fille de la seule imagination : l’analogie.

La magie, avons-nous dit, est une sorte de philosophie naturelle embrassant à la fois le monde matériel, l’homme et les esprits, bons ou mauvais, et cependant ce n’est pas proprement une philosophie. Toute philosophie digne de ce nom part des données scientifiques de son temps pour viser à une connaissance de l’esprit, de sa portée et de sa valeur. C’est à la fois une critique de la connaissance et une théorie de la morale. En tant que critique de la connaissance, la philosophie diffère profondément de la magie, dont les principes n’ont été soumis à aucun examen. Comme législatrice de la conscience et règle idéale tendant à l’anoblissement de l’intelligence, à l’émancipation et à l’élévation de l’âme, la philosophie est une discipline spirituelle éminemment désintéressée ; la magie est une connaissance toute égoïste, utilitaire et positive.

L’art magique

La magie n’est pas seulement une théorie, c’est une application de cette théorie. Pour beaucoup même, la magie est presque exclusivement une technique, car c’est à peine s’ils attachent une importance à ses théories préscientifiques et à ses jugements de valeur. Nous avons vu que l’on ne saurait négliger l’aspect connaissance, nous verrons que l’on ne saurait davantage dédaigner son aspect cultuel. Mais si la magie est une technique, hâtons-nous d’ajouter que c’est une technique inspirée par une croyance et des sentiments mystiques. Le magicien qui veut guérir une maladie la considère soit comme le produit d’une force invisible, soit comme le fait d’un esprit, et ne se préoccupera que de lutter contre cette cause invisible par une technique appropriée ayant couleur de rites ou de cérémonies.

Toutes les techniques furent magiques à l’origine. La fabrication des outils et des armes nous apparaît encore comme un art religieux à l’origine de la civilisation grecque. Dactyles et Cabires7 sont de véritables prêtres artisans. La culture de la terre, la domestication des animaux, la chasse et la pêche sont tout d’abord des arts essentiellement mystiques comportant tout un cérémonial de renouvellement, de multiplication, de prémices, d’offrandes et de sacrifices. Les origines de la greffe et des engrais sont rituelles. Le chasseur et le pêcheur étaient des liturgistes soumis à toute une étiquette cérémonielle. La production du feu, l’entretien du foyer, la cuisson des aliments furent longtemps des fonctions sacrées dont plusieurs étaient le privilège du père de famille. Bâtir une habitation exigeait tout un ensemble de rites d’appropriation des matériaux et du terrain, de rites de construction proprement dits, et enfin de rites de protection, soit par l’installation de fétiches et de talismans, soit par l’ornementation. Les origines de la parure et des bijoux sont entièrement magiques. Les matières du vêtement étaient choisies pour des raisons mystiques et empruntées à des plantes ou des animaux sacrés ; sa confection exigeait des cérémonies qui le rendaient plus propre à éloigner les forces mauvaises et les mauvais esprits. Les hommes médecins chez les primitifs, les sorciers guérisseurs de nos campagnes sont essentiellement des magiciens, avant tout préoccupés des forces et des esprits invisibles.

Cependant tous ces arts nécessaires à la vie humaine se sont peu à peu émancipés des préoccupations mystiques, et dans la mesure même où ils y sont arrivés, constituent des techniques laïques indépendantes de la magie et des magiciens. Les artisans modernes, cultivateur ou tisserand, pêcheur ou médecin, demandent leurs inspirations non plus à la science du magicien, mais à la science véritable. C’est dire que, comme elle, les techniques modernes sont fondées sur l’expérience, uniquement préoccupées des causes positives qui tombent sous nos sens et dont on peut à volonté provoquer l’action et vérifier l’efficacité. L’artisan d’autrefois n’était pas sans observer, voire sans expérimenter ; mais son observation était constamment faussée par la préoccupation obsédante des esprits et des forces invisibles. Le trésor de la tradition où se conservent les pratiques utiles était à tel point encombré de superstitions et de vaines observances, qu’il ressemblait singulièrement à un tas de détritus où l’on eût égaré des...



Ihre Fragen, Wünsche oder Anmerkungen
Vorname*
Nachname*
Ihre E-Mail-Adresse*
Kundennr.
Ihre Nachricht*
Lediglich mit * gekennzeichnete Felder sind Pflichtfelder.
Wenn Sie die im Kontaktformular eingegebenen Daten durch Klick auf den nachfolgenden Button übersenden, erklären Sie sich damit einverstanden, dass wir Ihr Angaben für die Beantwortung Ihrer Anfrage verwenden. Selbstverständlich werden Ihre Daten vertraulich behandelt und nicht an Dritte weitergegeben. Sie können der Verwendung Ihrer Daten jederzeit widersprechen. Das Datenhandling bei Sack Fachmedien erklären wir Ihnen in unserer Datenschutzerklärung.