E-Book, Französisch, 236 Seiten
Reihe: Cosa-Mine
Perroud Cosa-Mine / La rencontre
1. Auflage 2026
ISBN: 978-2-322-57646-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 0 - No protection
E-Book, Französisch, 236 Seiten
Reihe: Cosa-Mine
ISBN: 978-2-322-57646-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 0 - No protection
Passionnée par la nature, les humains et les animaux, je suis née en 1972. Études variées (langues, médecine naturelle, psychologie, hypnose). J'accompagne en séances adultes et enfants depuis plus de quinze ans. À travers mes livres, je souhaite transmettre des ressources aux jeunes, afin qu'ils puissent aborder le monde avec confiance et nourrir le merveilleux en eux-même, malgré les difficultés de l'existence. Les valeurs telles que l'amitié, la beauté de la nature et le respect de la vie se retrouvent au coeur de mes ouvrages. Aucune arme à feu n'est utilisée dans mes histoires. (L'intelligence artificielle ne participe ni à la rédaction des textes, ni à la réalisation des illustrations.)
Autoren/Hrsg.
Weitere Infos & Material
1
Baldarin en a marre. Voilà des jours qu’il sillonne la forêt en tous sens, en vain. Épuisé et à bout de tout, il s’est assis sur une grosse pierre et soupire. Distraitement, du bout des doigts, il suit les aspérités du rocher. Le coeur gros, indifférent à l’environnement, il retient à grandpeine ses larmes.
Un regard à sa tenue lui arrache un autre soupir. Les ronces ont eu raison de sa belle tunique rouge brodée, héritage de son arrièrearrièregrandpère, ses bottes en écorces de bois rares sont trouées, il a perdu sa flûte fétiche et son capuchon est déchiré. Mordu par tous les insectes volants des alentours, son visage le démange atrocement, et l’escalade d’un rocher aux arrêtes méchamment tranchantes lui a coûté au moins dix écailles. Pour couronner le tout, ses dernières provisions sont digérées depuis belle lurette et sa gourde est vide.
Cependant, tous ces malheurs ne représentent rien en comparaison du terrible sentiment d’échec qui l’habite. Par sa faute, tout son peuple est perdu. Il avait jusqu’à la pleine lune pour trouver le Papyrus Sacré permettant de sceller le Grand Pacte de Paix. Acte indispensable à la pérennité de la vie sur terre, et devant être renouvelé pour une période de trois millénaires.
Malheureusement, en cette nuit naissante, l’astre affiche déjà son disque dans le ciel, et Baldarin n’a pas la moindre idée de l’endroit où peut bien se trouver ce maudit papier.
En effet, contre toute attente, il a été chargé de cette mission d’une importance capitale.
Le soir même de la sentence, bien qu’il ait toujours eu en horreur de se promener seul une fois la nuit tombée, on lui avait remis des provisions et indiqué un chemin s’enfonçant dans la partie la plus sombre de la forêt, là où jamais personne n’avait osés’aventurer. Ensuite, sous le poids de centaines de regards inquiets, il avait dû quitter les siens.
En cas de réussite, tous les honneurs retombent sur le peuple du vainqueur, mais en cas d’échec, tous sont bannis. Toute cette histoire n’a jamais vraiment subjugué Baldarin, et à cause de sa mauvaise mémoire, il a même oublié en quoi le Papyrus Sacré est si important pour le renouvellement du Grand Pacte de Paix. En revanche, il sait ce que signifie être banni, et un sentiment d’angoisse terrible l’a saisi et ne l’a plus quitté depuis son départ.
Baldarin est un mjin, l’un des derniers peuples premiers vivant dans le secret de la forêt d’Ynaël, inaccessible aux humains. Comme celui de ses semblables, le corps de Baldarin est petit, trapu, musclé et plutôt velu, sauf sur les mollets et l’intérieur des avantbras, recouverts eux d’écailles moirées. Leurs grands yeux bruns et ronds, bordés d’une rangée de cils sombres et interminables, donnent une touche de naïveté à leur visage taillé à la serpe. Les pieds et les mains des mjins sont spatulés et se terminent par de longs ongles épais, toujours curés avec soin. Traditionnellement, les mjins sont vêtus d’une tunique à capuche rouge en étoffe soyeuse rehaussée de broderies en fil d’or, et portent de nombreux bijoux en argent fin dont ils semblent raffoler. Ils attachent un soin particulier à leur apparence, et ce souci contraste étrangement avec l’aspect bourru de leur morphologie. Très endurants, ils sont capables de parcourir de longues distances par tous les temps, et de soulever de lourdes charges sans en ressentir la moindre fatigue. Plus habilement que bien d’autres, ils savent manier les troillats, sortes de gourdins en bois dur, qu’ils font tournoyer audessus de leur tête en poussant des cris stridents. Ces attributs feraient des mjins de redoutables combattants, courageux et puissants, si leur tempérament était belliqueux, mais il ne l’est pas, bien au contraire. Leurs manières avenantes et affables en ont même dérouté plus d’un, s’attendant à moins de délicatesse de la part d’êtres au physique si rustre et peu gracieux. En outre, ils affichent un air toujours surpris et ébahi devant tout ce qui est pourtant très habituel, et donc passurprenant du tout. L’on peut même dire que la caractéristique indiscutable des mjins est leur capacité d’émerveillement. Ou plus exactement, leur incapacité de nonémerveillement. Un rien leur offre l’occasion de s’extasier, et ils peuvent passer des heures accroupis près d’un buisson, à observer des détails insignifiants, s’étonnant des pierres, des plantes, des insectes, de n’importe quoi. Ces façons en agacent beaucoup, et nombreux sont ceux préférant opter pour un détour, s’il leur vient à apercevoir un mjin sur leur chemin.
Toutefois, pour l’instant, le regard de Baldarin est éteint. Toujours assis sur sa grosse pierre, seul élément rassurant loin à la ronde, il guette la lune. Elle se découpe toujours plus nettement dans la nuit, enveloppant peu à peu toute la végétation. Les rares oiseaux colorés sont allés se cacher, laissant pour quelques heures le champ libre à leurs cousins nocturnes. Tous les sons se sont apaisés, et seuls les reniflements sonores de Baldarin, laissant maintenant libre cours à son désespoir, troublent le calme.
Alors que d’habitude les arbres observent les allées et venues avec bienveillance, ici tous leurs yeux sont clos. Cette partie de la forêt semble être d’un autre monde. Elle respire le maléfice. Tout n’est que murmures et ombres furtives. Les animaux sont agressifs ou peureux, les ronces et les lianes plus nombreuses que partout ailleurs.
N’ayant plus sa flûte, Baldarin se met machinalement à fredonner sa mélodie composée en l’honneur des arbres, qu’il affectionne particulièrement. Plus que tout il aime ces instants magiques passés en leur compagnie, où à travers les vieilles écorces il voit luire des pupilles chargées de tant d’histoires.
Toujours perché sur sa pierre, il s’abandonne maintenant tout entier à son chant. Sa voix vibrante prend de l’assurance et s’envole avec puissance, défiant les ombres de la nuit.
Soudain, il se tait et son coeur se met à battre la chamade. Durant un instant, il a cru entendre une longue inspiration, semblable à celles qu’émettent les vieux arbres lorsqu’ils se réveillent. Il tend l’oreille, mais ne perçoit aucun son. Il reprendsa mélopée, tous les sens aux aguets. Quelques minutes s’écoulent, puis à nouveau il entend un souffle, puis un deuxième et encore un troisième ! Fou de joie à l’idée de rencontrer un vieil arbre ami après les semaines de solitude passées dans cette forêt de malheur, il a sauté de sa pierre et court à perdre haleine en direction de l’endroit d’où proviennent les respirations. Seraitil possible que finalement il y ait de vrais arbres en cette forêt ? Soudain, il s’arrête. Il vient de débarquer dans une clairière bordée de vieux chênes en train de s’éveiller.
- La clairière des Grands Elfes ! s’exclametil.
Souvent, bien que ne l’ayant luimême jamais vue, son prof en a parlé. Le nez en l’air, Baldarin hume les odeurs inconnues en observant ce lieu étrange. Les racines de la majorité des troncs forment de curieuses arabesques. Le jeune mjin se souvient vaguement avoir entendu qu’elles relatent l’histoire elfique dans la langue primordiale, de la chute du roi Duhr au couronnement de Tahée, en passant par la grande lutte contre les démons et le retour à la paix. Quoi qu’il en soit, toutes ces racines qui tour à tour s’enlacent, se repoussent, s’effleurent pour mieux se séparer ensuite, offrent un spectacle fort rare et saisissant. Les troncs sont hauts et les couronnes de feuilles si étroitement tissées, que même en plein jour la lumière doit peiner à s’infiltrer. Bien que l’endroit soit d’une rare beauté, l’atmosphère y régnant n’invite guère à l’insouciance. En effet, il y a fort longtemps, les elfes ont choisi cet endroit, le plus reculé, inaccessible et mystérieux connu de leur peuple, pour y ériger une tombe. Même si les lichens ont adouci ses contours au fil des ans, sa présence alourdit l’atmosphère de la clairière. C’est un monument très simple mais gigantesque, composé d’une grande pierre plate enfoncée à même le sol. Avec le temps, les symboles étranges nervurant sa surface se sont estompés. Pourtant, deux serpents incrustés dans la pierre restent parfaitement visibles. Étonnamment, aucune ronce, aucune mousse ne les a atteints. Leurs corps, d’un métal gris,...




