E-Book, Französisch, Band 9, 180 Seiten
Reihe: Éveil à la foi
Péguy Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc
1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-322-26451-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Jeanne d'Arc vue par l'écrivain, poète et essayiste français Charles Péguy (1873-1914).
E-Book, Französisch, Band 9, 180 Seiten
Reihe: Éveil à la foi
ISBN: 978-2-322-26451-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Charles Pierre Péguy, né le 7 janvier 1873 à Orléans (Loiret) et mort pour la France le 5 septembre 1914 à Villeroy (Seine-et-Marne), est un écrivain, poète, essayiste et officier de réserve français. Son oeuvre, multiple, comprend des mystères d'inspiration médiévale en vers libres, comme Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912), et des recueils de poèmes en vers réguliers, comme La Tapisserie de Notre-Dame (1913), d'inspiration mystique, et évoquant notamment Jeanne d'Arc, un symbole de l'héroïsme des temps sombres, auquel il reste toute sa vie profondément attaché. C'est aussi un intellectuel engagé : après avoir été militant socialiste libertaire, anticlérical, puis dreyfusard au cours de ses études, il se rapproche à partir de 1908 du catholicisme et du nationalisme ; il reste connu pour sa poésie et ses essais, notamment Notre Jeunesse (1910) ou L'Argent (1913), où il exprime ses préoccupations sociales et son rejet de l'âge moderne, où toutes les antiques vertus se sont altérées. Le noyau central et incandescent de l'oeuvre de Péguy réside dans une profonde foi chrétienne qui ne se satisfaisait pas des conventions sociales de son époque.
Autoren/Hrsg.
Weitere Infos & Material
Aux deux mains de son père il versait son salaire,
Les âmes des justes qu’il avait rachetées,
Le salaire qu’il avait gagné si durement.
Les âmes des saints qu’il avait sanctifiées.
Les âmes des justes qu’il avait justifiées.
Et les âmes des pécheurs qu’il avait justifiés de l’une et de l’autre main.
Qu’il avait ramassés comme un épi tombé.
Qu’il avait justifiés par ses mérites
Les âmes des justes qu’il avait gagnées comme un travailleur à la journée.
Comme un pauvre journalier qui travaille dans les fermes.
Comme un pauvre ouvrier qui se dépêche de travailler.
Tout ce qu’il avait amassé.
Tout ce qu’il avait pu ramasser d’âmes en travaillant bien.
Une pleine brassée.
Tout ce qu’il pouvait tenir dans ses deux mains.
En ne perdant pas son temps.
Parce que c’était le temps de son patron.
De son père qui était son patron.
Tout ce qu’il pouvait tenir dans ses bras.
Dans ses bras éternels.
Les âmes des justes qu’il avait parfumées de ses vertus.
Une pleine gerbe, une pleine potée ; une pleine gerbée, une pleine brassée, une pleine bottée d’âmes.
Tant qu’il en pouvait tenir dans ses deux mains.
Tant qu’il en pouvait tenir dans ses deux bras.
Il était comme un fils au soir de sa journée ;
Son père l’attendait pour l’embrasser enfin ;
Un éternel baiser laverait son flanc pur ;
Un paternel baiser laverait son front pur ;
Un éternel baiser de son père laverait ses plaies vives,
Rafraîchirait ses plaies vives,
Et sa tête, et son flanc, et ses pieds, et ses mains.
Une source éternelle,
Une eau pure éternelle attendait ses plaies vives.
Un éternel baiser s’abattrait sur son flanc ;
Le baiser paternel descendrait sur son front.
Il quittait la maison terrestre pour la maison céleste ;
La maison temporelle pour la maison éternelle.
Il allait donc rentrer dans son éternité.
La tâche était finie et son œuvre était faite.
Il avait accompli son temps d’humanité.
Les anges l’attendaient pour lui fêter sa fête.
Les anges l’attendaient pour laver ses plaies vives.
Les anges l’attendaient pour baigner ses plaies vives.
Pour tamponner ses plaies.
Pour lui faire un pansement.
Les anges l’attendaient pour lui laver ses plaies.
Les anges l’attendaient pour lui baigner ses plaies.
Pour tamponner ses plaies vives.
Cinq pansements pour les cinq Plaies.
Avec du linge bien fin.
De lin.
Mais un peu usagé.
Parce que c’est plus doux.
Une source éternelle pour baigner ses plaies.
Les anges l’attendaient au sortir de nos mains
Pour acclamer son nom et lui chanter sa gloire ;
Pour lui laver le flanc ; pour lui laver les mains ;
Les anges l’attendaient pour lui baigner, pour lui laver ses plaies ;
Et le sang de ses mains, et le sang de ses pieds ;
Et les clous de ses mains, et les clous de ses pieds.
Comme il avait lavé les pieds de ses disciples,
Ainsi les anges lui laveraient ses pieds.
Les pieds du maître.
Et non seulement les pieds.
Mais comme avait demandé Pierre.
Simon Pierre.
Non seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête.
Mais quand il avait lavé les pieds de ses disciples.
C’était dans une chambre bien close.
Bien tranquille.
Dans la chambre du souper.
Encore bien tranquille et bien close.
Et à présent ce serait dans le ciel.
Maintenant ce serait dans le ciel.
Désormais.
Les esprits l’attendaient après la mort des corps ;
Et les purs esprits purs après les corps charnels.
Et les fins esprits purs après la mort charnelle, après la mort grossière.
Et les fins esprits purs après les grossiers corps.
Singulier mystère.
Les esprits l’attendaient pour lui laver son corps.
Comme s’ils se connaissaient en corps.
Comme s’ils savaient ce que c’est qu’un corps.
Comme si ça les regardait.
Singulier mystère.
On voit bien que c’était son corps à lui.
Son siège l’attendait à la droite du père.
Il était le dauphin qui montait vers le roi.
Comme il allait rentrer dans son éternité,
Sur le point de rentrer dans son éternité,
C’est alors, tous les textes concordent, les textes sont formels, c’est alors qu’il poussa cette clameur effrayante.
Et marchant derechef dans son éternité.
Après des années et des années, après des siècles et des siècles un seul acte.
Préparait la maison de gloire maternelle.
Après un long voyage entrait dans sa maison.
Après tant de bataille une paix éternelle ;
Après tant de guerre une victoire éternelle ;
Après tant de misère une gloire éternelle ;
Après tant de bassesse une hausse éternelle ;
Après tant de conteste un règne incontesté.
Tu comprends. C’était fini. Il rentrait chez lui. Il s’en retournait chez lui. Il n’avait plus qu’à rentrer chez lui. Il s’en allait d’ici. Il revoyait de loin la maison de son père. Il revoyait aussi en par ici.
L’autre maison, la maison de son père nourricier.
Il revoyait l’humble berceau de son enfance,
Où son corps fut couché pour la première fois ;
Les langes sur la paille et le bœuf et la panse
De l’âne et les présents, les bergers et les rois.
JEANNETTE
Il naquit à Bethléhem dans une pauvre étable.
MADAME GERVAISE
Les présents que lui avaient apportés les bergers et les rois.
Il revoyait l’humble berceau de Bethléhem
Où son corps fut couché pour la première fois ;
Les présents que lui avaient faits, que lui faisaient les bergers et les rois.
Bethléhem, Bethléhem, et toi Jérusalem.
Vie commencée à Bethléhem et finie à Jérusalem.
Vie comprise entre Bethléhem et Jérusalem.
Vie inscrite entre Bethléhem et Jérusalem.
Il revoyait l’humble berceau de son enfance.
Vie commencée à Bethléhem et qui ne finit point à Jérusalem.
Les langes sur la paille attendaient la lessive ;
Un autre jeu de lange était prêt pour le change.
Les bergers prosternés présentaient de la laine.
De la laine de leurs moutons, mon enfant ; de la laine des moutons de ce temps-là. De la laine comme celle que nous filons.
JEANNETTE
De la laine comme ça.
MADAME GERVAISE
Les rois mages présentèrent l’or, l’encens et la myrrhe. De l’or comme à leur Roi.
JEANNETTE
De l’encens comme à leur Dieu.
MADAME GERVAISE
De la myrrhe comme à un homme mortel.
JEANNETTE
Qui un jour serait embaumé.
MADAME GERVAISE
Les rois mages Gaspard, Melchior et Balthazard.
JEANNETTE
Gaspard et Balthazard et Melchior les rois mages.
MADAME GERVAISE
Tout cela se passait sous la clarté des cieux ;
Les anges dans la nuit avaient formé des chœurs.
Les anges dans la nuit chantaient comme des fleurs.
Par dessus les bergers, par dessus les rois mages
Les anges dans la nuit chantaient éternellement.
Sous la bonté, sous la jeunesse, sous l’éternité des cieux. Du firmament qu’il appela ciel.
Comme des fleurs de chant, comme des fleurs d’hymne, comme des fleurs de prière, comme des fleurs d’action de grâces.
Comme une floraison, comme une frondaison, comme une fructification de prière et de grâce.
Tout cela se passait dessous les chœurs des anges.
Tout cela se passait sous la bonté des cieux.
L’étoile dans la nuit brillait comme un clou d’or.
L’étoile dans la nuit brillait éternellement,
L’étoile dans la nuit comme une épingle d’or.
JEANNETTE
Une étoile était apparue, une étoile montée qui ne remontera donc jamais.
MADAME GERVAISE
Comme tous les petits enfants il jouait avec des images.
(Très brusquement :)
Clameur qui sonne encore en toute humanité ;
Clameur dont chancela l’Église militante ;
Où la...




