Renée / Mon Autre Librairie | Louis XVI et sa cour | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 468 Seiten

Renée / Mon Autre Librairie Louis XVI et sa cour


1. Auflage 2022
ISBN: 978-2-38371-024-0
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

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Une exposition fouillée de la politique, nationale et internationale, menée par les cabinets de Louis XVI. Les grands esprits visionnaires sont là, on voit, on comprend, on pense juste. Mais le roi est faible, les ministres incompétents, corrompus ou prévaricateurs, la noblesse acharnée à conserver des privilèges scandaleux. Le peuple épuisé, méprisé, est furieux. Plus rien ne peut se faire en douceur. Une analyse d'une finesse et d'une intelligence rares. (Édition annotée)

Renée, Amédée - Caen, 8 mai 1807 ; Marseille, 9 novembre 1859. Historien, journaliste et homme politique, Lambert Amédée Renée (de son vrai nom) débuta sa carrière littéraire comme assistant d'Augustin Thierry. Nommé en 1849 bibliothécaire à la Sorbonne, il mena à bien l'énorme travail de terminer le 29e volume de l'Histoire des Français de Sismondi, et de composer le 30e sur la base des travaux de l'auteur, décédé avant d'avoir pu terminer son oeuvre. C'est ce 30e et dernier volume, revu et réédité à part, qui est devenu Louis XVI et sa cour. Élu député du Calvados en 1852, Amédée René devint directeur du Constitutionnel et du Pays en 1857, et fut promu Officier de la Légion d'Honneur le 12 août 1859. De santé fragile, il mourut à Marseille, à 52 ans, en allant à Cannes où il espérait se rétablir.
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CHAPITRE II.

Ministère de Clugny. – Entrée de Necker aux affaires ; son caractère, ses réformes d’administration et de finance. – Commencement d’opposition de la cour, des parlements, de la noblesse et du clergé. – Institution des assemblées provinciales. – L’opposition grandit contre Necker ; il est soutenu par les gens de lettres et les classes moyennes. – Publication du Compte rendu. – Déchaînement des parlements et de la cour contre le ministre ; sa démission, sa popularité ; haute estime dont il jouit en Europe. – Soulèvement des colonies anglaises, révolte de Boston ; combats de Lexington, de Bunker Hill, etc. – Premier congrès : déclaration des droits. – Évacuation de Boston par les Anglais. – Deuxième congrès : déclaration d’indépendance. – Franklin à Paris. – Traité de commerce et d’alliance de la France avec l’Amérique. – Joseph II à Paris. – Retour et triomphe de Voltaire.

Après Turgot, ce qui devait arriver, c’était une tentative de réaction. Clugny, obscur intendant de Bordeaux, fut nommé contrôleur général ; il était de ces hommes qui n’ont d’existence que par les passions qu’ils veulent servir, un de ces dociles instruments de réaction, dont toute l’intelligence consiste à prendre un contrepied pour un système. Clugny se hâta de suspendre l’édit sur les corvées. Il releva l’établissement des jurandes et maîtrises ; il y avait toutefois des abus qui avaient tant frappé les yeux, quand Turgot les avait signalés, que le nouveau contrôleur général n’osa pas les replacer sous le couvert de la loi.72 Dans ce vaste détail de finance et d’administration touché par son prédécesseur, Clugny fut presque aussi actif à détruire que Turgot l’avait été à créer, sans se préoccuper pourtant de mettre dans ses actes l’unité de vue d’un administrateur. Cette réforme hâtive ne fit qu’apporter au régime antérieur quelques incohérences de plus. Il n’eut pas même le mérite brutal de tout détruire ; faisant plus mal parfois que de casser les dispositions de Turgot, il les laissait tomber en désuétude. Par là, il introduisait la contradiction dans les lois, et il en autorisait le mépris. Le discrédit atteignit le roi lui-même, le jour où le conseil mit en question de révoquer les édits qu’un mois auparavant ce roi avait solennellement commandé d’enregistrer en plein lit de justice : « Nul besoin, dit un historien, ne forçait Louis XVI à s’humilier ainsi devant le Parlement. » Nous ne savons pas bien quelles circonstances pourraient jamais créer ce besoin pour les hommes de gouvernement ; car la dignité humaine est une si grande force, qu’il est encore plus nécessaire au pouvoir qu’à la conscience de préserver sa fierté.

L’esprit public cependant parut s’inquiéter en voyant périr les réformes qu’il avait mal encouragées ; le crédit tomba, et cette défiance, les procédés inconséquents de Clugny durent l’augmenter encore. Tandis qu’il conservait cette caisse d’escompte créée par Turgot, on le vit, financier sans portée comme sans principes, fonder un autre genre d’établissement, de nature à contraster avec le premier : il institua la loterie ; déjà le gouvernement avait fermé les yeux sur plusieurs loteries particulières qui s’étaient établies sous d’hypocrites prétextes de bienfaisance. Ainsi le gouvernement descendit jusqu’à l’emploi d’une telle ressource. Il ne craignit pas d’organiser à son profit le but qu’il offrait à de mauvaises passions. C’était plus que leur tendre la main, c’était les exciter ; c’était plus que mendier, c’était séduire. Du reste, cette fondation, qui donna à l’administration de Clugny un caractère d’immoralité qu’aurait dû repousser le religieux Louis XVI, est le seul acte appartenant réellement à l’ancien intendant de Bordeaux.

En effet, le rétablissement des jurandes et maîtrises, la suspension de l’édit sur les corvées, qui fit verser à Turgot d’assez nobles larmes, toute cette partie négative de son ministère, Clugny n’en fut que le titulaire honteux : ces actes appartenaient à la réaction, dont il était plus le serviteur que le représentant. Un écrivain l’a comparé à l’abbé Terray ; mais la dureté de Terray était l’appesantissement d’une main despotique, et valait encore mieux que le dérèglement d’un homme dont l’administration a été caractérisée par ces mots : « Quatre mois de pillage dont le roi seul ne savait rien.73 ». Aussi, malgré le mouvement qui l’avait porté au pouvoir, fut-il bientôt menacé d’une disgrâce. M. de Maurepas, qui lui avait d’abord tendu gracieusement cette main qu’il donnait et qu’il ôtait avec une égale légèreté, allait le sacrifier, quand une maladie l’emporta ; ce fut alors qu’on se préoccupa d’un successeur dont les procédés fussent meilleurs que ceux de Clugny et différents de ceux de Turgot. Monsieur, qui, prince, avait des créatures, comme roi, plus tard, il eut des favoris, Monsieur s’efforça de faire élever au contrôle général un des intendants de sa maison. Mais Maurepas ne se prêta point à ses vues ; il lui convenait peu, à lui dont l’autorité était si facilement inquiétée, de satisfaire les besoins d’influence de Monsieur. D’ailleurs un homme qui avait du crédit sur l’esprit ennuyé de Maurepas lui parlait depuis longtemps du financier Necker, comme de l’unique tête qu’il y eût en France au niveau de la situation.

Cet homme, qui s’intéressait tant à l’avenir de M. Necker, était le marquis de Pezay74 ; il fut le véritable et secret agent de sa fortune politique. Le marquis de Pezay, d’une naissance fort obscure, était un intrigant, plein de ressources, de mouvement, de prestiges, cachant sous des formes superficielles une ambition peut-être indiscrète, mais persistante. Il était l’ami de Necker et le protégé de Maurepas. Il avait plu au vieux ministre, son parrain d’ailleurs, par l’esprit et les petits vers ; mais ce devait être pour des raisons plus graves que Necker l’avait accueilli sur le pied de l’intimité. Officier subalterne, mais instruit, il avait donné des leçons de tactique à Louis XVI, et à force de s’ingénier, il avait trouvé le moyen de correspondre secrètement et directement avec son élève, de lui ouvrir des vues, de lui proposer des plans. À l’aide de cette correspondance, Pezay introduisit Necker dans l’estime et la confiance du roi ; ce fut ainsi qu’il le fit ministre, comme il avait fait ministre aussi le prince de Montbarrey ; singulière influence que celle de ce correspondant mystérieux, et qui doit, malgré son air d’intrigue et de frivolité littéraire, le recommander un peu à l’attention de l’histoire.

Du reste, le mérite de M. Necker n’était pas seulement l’objet d’une confidence intéressée faite à l’oreille du roi ; l’attention publique commençait à s’en préoccuper aussi. On parlait beaucoup de ce riche banquier, dont le salon était ouvert à tous les hommes qui avaient action sur l’époque : les gens médiocre parlaient de lui, parce qu’il avait fait rapidement une brillante fortune ; les hommes d’étude, parce qu’en défendant la Compagnie des Indes contre un ministre qui voulait la ruiner, il avait combattu résolument les idées des économistes.75 Enfin, M. Necker, dans un éloge de Colbert, avait comme épousé les idées de ce grand ministre. Résident de sa république à Paris, il avait déjà montré une telle aptitude à manier la langue et le fond des affaires, que M. de Choiseul lui disait, à une autre époque, qu’il n’entendait traiter qu’avec lui des intérêts de son État. Tous ces précédents, mais surtout l’éloge de Colbert et l’opposition à la doctrine de Turgot sur la liberté du commerce des grains, avaient mis M. Necker en bonne posture. Aussi, lorsque le marquis de Pezay le proposa à Louis XVI, il exprimait moins un désir individuel et l’enthousiasme d’un ami, qu’une opinion déjà formée au dehors.

Necker, en effet, était un homme profondément recommandable. Il avait, si on peut le dire, l’opulence morale, comme il avait l’opulence matérielle ; mais cette richesse le conduisait à un faste de probité parfois dangereux. Il disait tout haut, et peut-être trop haut, que l’impérissable loyauté devait gouverner toutes les relations politiques. Certes, il avait raison de penser ainsi ; mais en politique comme dans la vie, il est des opinions qui doivent nous accompagner toujours, sans nous précéder avec trop de bruit. Necker n’en eut pas conscience ; ce fut l’erreur d’une âme plus généreuse que grande ; car les âmes grandes sont toujours simples, et Necker avait l’affection de la vertu.

Lorsqu’il mit la main aux affaires, il était dans la plénitude de l’intelligence et de la vie. Il avait l’expérience qui double la force et assure l’effort. Comme homme d’argent, il avait eu à compter avec les intérêts les plus durs à manier ; il allait les retrouver en face de lui, sur une plus grande échelle, mais il les connaissait déjà. Son passé n’avait pas été politique, mais les finances étaient la grande préoccupation de ce temps. Les esprits même les plus avancés croyaient qu’on pouvait sauver la monarchie avec un plan de finances, et Necker, sous l’abbé Terray, s’était classé haut comme financier. Voulu par les uns, subi par les autres,...



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