E-Book, Französisch, 500 Seiten
Ross Infernum Mundi tome I Révélation
1. Auflage 2026
ISBN: 978-2-322-59205-0
Verlag: Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: Adobe DRM (»Systemvoraussetzungen)
Un thriller, policier, historique, ésotérique, secret , science, biologie , disparition
E-Book, Französisch, 500 Seiten
ISBN: 978-2-322-59205-0
Verlag: Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: Adobe DRM (»Systemvoraussetzungen)
Julian Ross est un auteur francais de thrillers historiques et esoteriques. Passionne par les zones d ombre de l Histoire, les archives interdites et les frontieres entre science, foi et pouvoir, il ecrit des recits ou la fiction s appuie sur des faits documentes et des hypotheses derangeantes. Avec Infernum Mundi, il inaugure une serie ambitieuse explorant les secrets enfouis des institutions, les derives de la recherche et les mythes fondateurs de notre civilisation.
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CHAPITRE I
Isaïe 48:6
Codex Essénien XXV
Vatican, février 1948
Les couloirs voûtés des Archives secrètes du Vatican résonnaient d’un silence épais, comme si chaque pierre y gardait la mémoire d’un interdit. Dans une salle reculée, éclairée par une quelque lampes, filtrée par des abat-jours d’étoffe, le père Antonio Ricci, moine bénédictin, professeur d’histoire et de cryptologie, tenait entre ses mains un rouleau singulier.
Ce n’était pas du papyrus, ni du cuir. Mais de la peau humaine, tannée, veinée, marquée de traces bleuâtres que la lumière faisait palpiter.
Ricci avait presque la quarantaine. Sa silhouette mince disparaissait dans la robe noire serrée d’une corde élimée. Ses mains longues, tachées d’encre, trahissaient des années passées à scruter des parchemins plus qu’à manier des objets terrestres. Son visage osseux, creusé de cernes, portait la fatigue des veilles sans fin. Ses yeux noirs, eux, brûlaient d’une fièvre calme : celle de ceux qui cherchent Dieu dans les lettres mortes.
Dans le monde des érudits, son nom faisait autorité. Traducteur des manuscrits syriaques et araméens, enseignant respecté des universités pontificales, il incarnait la rigueur et la foi du savant incorruptible. Sa réputation était telle que le Saint-Père lui-même l’avait nommé conservateur des Archives du Vatican, fonction que l’on ne confiait qu’aux hommes d’une loyauté absolue.
À ses côtés, Monseigneur Lucenti, prélat influent, observait en silence. Il n’était pas encore cardinal, mais son ombre portait déjà sur la Curie. Sa voix, lorsqu’elle s’éleva, coupa le silence avec la netteté d’une lame.
— Savez-vous, père Ricci, comment ce rouleau est arrivé jusqu’à vous ?
Il ne laissa pas le temps de répondre.
— Retrouvé en Judée, confié d’abord au patriarcat de Jérusalem, il passa ensuite par le Saint-Sépulcre avant d’être remis, pour des raisons obscures, à Son Éminence, le secrétaire d’État du Vatican.
Etant conseiller scientifique du Saint-Père, il m’a chargé d’en superviser l’étude et d’en rendre compte. Lucenti parlait sans emphase, mais chaque mot semblait pesé dans la cire du secret.
— Au début, ces parchemins m’ont paru sans intérêt. Des textes en araméen, il s’en empile des centaines dans nos caves. Je songeais à les classer parmi les rouleaux ordinaires, jusqu’à ce qu’un détail me retienne.
Il fit glisser ses doigts sur la surface du rouleau.
— La matière n’était pas celle des papyrus connus, ni même du cuir. Plus dense, plus charnelle, presque tiède au toucher. Et l’encre, rouge sombre, comme si elle n’avait jamais vraiment séché.
Il marqua une pause.
— Par prudence, nous avons soumis ces fragments à nos laboratoires. Les résultats furent, déroutants. Les analyses ont établi qu’il ne s’agissait pas d’un support animal, mais bien de peau humaine. Et l’encre, elle aussi, provenait de sang. Du sang humain.
Il leva les yeux vers Ricci, son regard soudain plus lourd.
— Mais le plus troublant n’est pas là. Vous devriez vous asseoir, mon père. Ce que je vais dire dépasse la raison.
Il inspira lentement, sa voix se fit presque murmurée.
— Les chercheurs ont observé quelque chose d’incompréhensible. Sous certaines lumières, le sang réagit : il se teinte, se contracte, comme s’il vivait encore. Aucun d’eux n’ose parler de miracle, mais aucun ne trouve d’explication.
Un silence épais tomba. On entendait le bourdonnement discret des ampoules et le souffle de l’air sur les étagères.
Ricci sentit son dos se glacer. Ses mains, toujours posées sur le rouleau, tremblaient. Ce qu’il tenait n’était pas seulement une relique : c’était un fragment de chair, peut-être le dernier vestige d’un corps qui n’aurait jamais dû être conservé.
Lucenti s’approcha, et sa voix prit le ton d’une prière inversée :
— Dites-moi, père Ricci, qu’écrit-on avec un sang qui ne meurt pas ?
Ricci sentit sa nuque se glacer. Une pensée fulgurante le traversa : cela faisait des siècles que le Saint-Siège n’avait possédé une telle relique.
Monseigneur Lucenti reprit, d’un ton presque exalté :
— Comment un tel texte a-t-il pu traverser les siècles sans se corrompre ? Personne ne le comprend. Mais une chose est sûre : ces lignes ne sont pas seulement des prières. Elles ont une autre dimension. Le Saint-Père estime que seul vous pouvez les mettre en lumière.
Son regard se durcit.
— S’il est vrai, alors Rome détient entre ses mains plus qu’un vestige.
Vatican, juin 1948
Des semaines avaient passé. Les lampes dans les archives s’éteignaient une à une, laissant Antonio Ricci seul avec son puzzle de parchemins, codes araméens, grilles triangulaires et l’encre – le « sang véritable » – qui défiait le temps. Chaque nuit s’étirait au rythme des déchiffrements méthodiques, ponctués par la fatigue et la frustration, la peur de l’échec et surtout celle de décevoir son mentor, le Saint-Père, qui avait été si bon avec lui.
Ce soir-là, l’épuisement l’assaillit, mais un passage plus ancien, dissimulé dans la superposition des lettres, fit vaciller son souffle. Il murmura en déchiffrant, presque incrédule :
?al gelda d-pa?riyarka dettteba? ramya šrara ksiya, me??ul dmetk?eban ?atwa?a b-dmeh d-zaqipa Na?raya.
« Sur la peau du patriarche sacrifié est couchée la vérité cachée, car les lettres sont formées par le sang du Crucifié, le Nazaréen. Trahi par ses frères. »
Sa plume trembla, et il nota immédiatement une pensée qui lui vint :
« Si cette phrase ne se veut pas une métaphore, alors ce texte est bien plus qu’un reliquaire : composé et animé par le sang qui a incarné le Verbe. Ici dort une vérité que les siècles n’ont jamais réveillée. »
Un frisson le parcourut, au point que son reflet pâle vacilla dans le miroir ancien apposé au mur. Ce miroir lui renvoya l’image d’un homme dépassé par une responsabilité incommensurable.
Qumrân, 33 après J.-C.
Au creux des falaises désertiques, là où le vent des dunes ne portait que le murmure des étoiles, des hommes vêtus de toges en lin brunâtre s’affairait dans la pénombre. Les Esséniens, voués à l’esprit plus qu’à la chair, exécutaient les dernières volontés de leur patriarche, mort la veille. Avant d’expirer, celui-ci leur avait ordonné de recueillir le sang du Crucifié, le Nazaréen fils du charpentier, et de tracer, avec cette encre sacrée, la prophétie sur des fragments arrachés à sa propre peau, prélevée de son dos dans un ultime acte de dévotion. Ainsi, dans le silence du désert, prenait forme ce qui deviendrait l’un des secrets les plus redoutés de l’histoire. Ils dessinèrent des cercles rituels, presque sacramentels, autour du liquide précieux, répétant dans une langue ancienne :
« Le sang ne se corrompt jamais ; il vit du don de l’homme brisé. »
Les gouttes qu’ils déposèrent sur les fragments de peau humaine devinrent des lettres, des signes. Pour eux, c’était le Verbe en substance : un pacte silencieux gravé non dans le parchemin, mais dans la chair de leur chair.
Leurs chants, faits de prières sans mots, s’élevèrent contre la nuit, implorant que le temps préserve ce qui aurait dû être perdu. La falaise retint ce souffle comme un cœur, et le désert enfouit le murmure comme un secret à ne jamais profaner.
Vatican, 1948
Antonio Ricci replaça soigneusement le fragment sous la lampe tremblotante. Il ferma ses yeux fatigués, laissant la...




