E-Book, Französisch, 252 Seiten
Sachot / Mon Autre Librairie Les pays d'Extrême-Orient
1. Auflage 2023
ISBN: 978-2-38371-050-9
Verlag: Mon Autre Librairie
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Siam, Indochine centrale, Chine, Corée, Fleuve Amour
E-Book, Französisch, 252 Seiten
ISBN: 978-2-38371-050-9
Verlag: Mon Autre Librairie
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Octave Sachot, Montigny-Lencoup, 9 mai 1824 - Paris, 19 juillet 1905. On sait peu de choses sur Octave Sachot. Après d'excellentes études à Sens et à Paris, il se consacra à la littérature et aux voyages. Notamment chargé de missions en Angleterre, en Italie et en Orient, ses voyages lui servirent de matériaux pour ses nombreux écrits. Collaborateur de plusieurs revues, en tant qu'auteur et traducteur, il fit aussi oeuvre de peintre et de sculpteur. Il fut fait chevalier de la Légion d'Honneur le 11 août 1869.
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CHAPITRE II. – L’INDO-CHINE CENTRALE.
a. Géographie. – Ethnographie. – Mœurs.
Les voyages du naturaliste français Henri Mouhot dans les parties centrales les moins connues de l’Indo-Chine, pendant les années 1858, 1859 et 1860, ont excité à juste titre un intérêt général en Angleterre, où ils ont été récemment publiés.
M. Mouhot, né à Montbéliard, la patrie de Cuvier, eut de tout temps une grande prédilection pour les sciences naturelles. Toutefois des circonstances particulières le firent s’appliquer tout d’abord à l’étude des langues, et c’est en qualité de professeur de langues qu’il alla s’établir en Pologne et en Russie. S’étant adonné plus tard à la photographie, il parcourut en artiste l’Italie, l’Allemagne, la Belgique et l’Angleterre. Marié à une Anglaise, il était revenu à ses études favorites d’histoire naturelle et menait à Jersey une tranquille existence, quand un livre anglais sur le Siam (celui sans doute de sir John Bowring, auquel notre précédent chapitre a emprunté tant de renseignements curieux), vint l’enflammer de l’irrésistible désir de visiter ce pays. Dans ce but, il entra en communication avec la Société géographique et d’autres sociétés savantes de Londres. Ces sociétés l’encouragèrent vivement dans son dessein, et le mirent à même de consacrer les quatre dernières années de sa vie (car il tomba victime du climat à l’expiration de ce terme) à explorer l’intérieur des royaumes de Siam, de Cambodje et de Laos, en laissant derrière lui les matériaux d’un des plus remarquables ouvrages de son genre qui ait paru de longue date, et qui fera vivre dans la postérité le nom de son auteur.
La mort de M. Mouhot a été vivement sentie par les hommes de science, car c’était un infatigable collectionneur aussi bien qu’un explorateur hardi et entreprenant. Il s’écoulera probablement bien des années avant qu’il se présente un voyageur compétent assez courageux pour suivre ses traces dans ces contrées de forêts vierges et de fièvres, à l’exploration desquelles il sacrifia ses pénates, sa santé et sa vie.
C’est en anglais que M. Murray a publié les deux volumes du voyageur français. Nous allons en présenter ici l’analyse en donnant directement la parole à M. Mouhot.
I.
Je m’embarquai à Londres le 27 avril 1858. Arrivé à Singapour le 3 septembre, j’entrais, le 12 du même mois, dans la rivière Mé-nam, dont l’embouchure est défendue par le fort de Pah-nam, le Sébastopol ou, si l’on veut, le Cronstadt des rois de Siam, – ce qui ne m’empêche pas de croire qu’une escadre européenne s’en rendrait maîtresse facilement, et qu’après y avoir déjeuné, le commandant pourrait aller dîner le même jour à Bankok.
Le Mé-nam (Mère des eaux) mérite bien son beau nom, car sa profondeur permet aux plus gros navires d’aborder le long de ses rivages sans aucun danger, et si près de terre vraiment, qu’on entend les oiseaux chanter sur les branches qui surplombent, et que des essaims d’insectes couvrent le pont nuit et jour. La scène qui s’offre aux regards est d’un effet charmant. Les deux rives du fleuve sont en quelque sorte émaillées de maisons, et de nombreux villages égayent le paysage dans la distance. Les embarcations se croisent en tous sens, et de toute part on voit des troupes de jeunes enfants nager et plonger comme des canards. Sur une île, au milieu de la rivière, s’élève une pagode fameuse, mausolée des derniers rois. Au delà est la ville semi-aquatique de Bankok, dont la grande rue est un fleuve, rue incessamment sillonnée par des steamers et des bâtiments de toute espèce, et bordée de maisons et de boutiques flottantes derrière lesquelles se montrent des constructions européennes que domine la haute et magnifique pagode de Wat-Chang.
Le crayon seul peut donner l’idée de ce bizarre ensemble, et l’on ne sait ce qu’il faut le plus admirer de la vue de Bankok et de sa grande artère ou des merveilleux profils et des détails exquis de sa splendide pagode, l’une des plus belles qui soient au monde. L’Iraouaddi de l’empire birman offre sans doute au voyageur des monuments rivaux de même espèce, mais aucun d’eux ne surpasse en beauté la pagode de Bankok.
Bangkok est la Venise de l’Orient ; que vous ayez à sortir pour votre plaisir ou pour vos affaires, c’est par eau qu’il vous faut aller. Au lieu du vacarme des voitures et des chevaux, on n’y entend que le bruit cadencé des avirons, les chants des mariniers ou les cris des cipayes (les rameurs siamois). Le fleuve, je l’ai dit, est la grande rue et le boulevard, les voies secondaires latérales sont des canaux sur lesquels vous glissez mollement étendu au fond de votre barque.
Les Siamois étant une race naturellement indolente, c’est aux mains des Chinois que sont l’agriculture et le commerce, ainsi qu’il arrive en Cochinchine et à Singapour : les marchands européens réussissent à grand’peine à leur faire concurrence, si ce n’est par l’introduction des navires à vapeur. La population du pays lui-même est très hétérogène. Les recensements siamois relevaient, il y a peu d’années, pour les hommes, qui sont seuls comptés, 2 millions de Siamois, 1.500.000 Chinois, 1 million de Laotiens, 1 million de Malais, 350.000 Cambodjiens, 50.000 Pegouans et 50.000 montagnards de diverses tribus dont il sera parlé plus loin. L’État a nominalement deux rois, mais de fait il n’en est qu’un seul véritable. Le second a sa cour, ses mandarins et ses gardes, et on lui rend les honneurs royaux, mais il n’est simplement que le premier sujet de son collègue. Les deux princes, bien qu’à moitié barbares, sont, sous certains rapports, des hommes bien élevés, parlant et écrivant l’anglais (Somdetch-Phra a fourni de nombreux et estimables articles historiques aux journaux anglais de Hong-Kong), familiers avec les progrès de la civilisation moderne, aimant les livres et les recherches scientifiques.
La plaie du pays, c’est le despotisme et l’esclavage. Dix années de résidence en Russie m’ont suffisamment initié aux déplorables effets de ces deux institutions. Je constatai en Siam des résultats non moins déplorables. Les inférieurs y sont à plat ventre devant les supérieurs, les premiers reçoivent à genoux ou avec quelque autre signe extérieur de soumission abjecte les ordres des seconds. La société entière est dans un complet état de prostration.
Je remontai le Mé-nam dans une embarcation légère, pourvue de deux rameurs, et en compagnie d’un chien, d’un singe et d’un perroquet. Les rives du fleuve sont gaies et vivement colorées. La nature s’y est parée de ses plus beaux habits, mais le pays était, à cette époque, entièrement inondé, et il était impossible de trouver où aborder, au point que souvent je devais renoncer à ramasser les oiseaux que j’abattais. – Mon petit king-charles Tine-tine ne me servait absolument à rien. – C’était l’époque des fêtes religieuses des Siamois ; le fleuve était encombré de longs et beaux bateaux tout diaprés de pavillons, beaucoup d’entre eux portant plus de cinquante rameurs tous habillés à neuf et chargés de musiciens. Quelques-uns de ces bateaux se faisaient remarquer par la profusion de leurs sculptures et de leurs dorures. Le cortège du roi se compose de trois ou quatre cents bateaux contenant souvent plus de douze cents personnes. C’est un spectacle plein d’attrait que ces rameurs aux habits de nuances éclatantes, et cette multitude de pavillons multicolores ; cela ne se voit qu’en Orient.
J’étais surpris de la gaieté folâtre de ce peuple courbé sous le joug et accablé d’impôts ; mais la douceur du climat, l’aménité naturelle de la race et la longue habitude de la servitude de génération en génération, font que ces pauvres gens oublient les souffrances de toute nature inséparables du despotisme.
On se préparait à la saison de la pêche, le poisson étant le plus abondant quand les eaux se retirent et regagnent leur lit. Séché au soleil, le poisson fournit un aliment pour toute l’année, et on l’exporte aussi en quantité considérable. Je ne buvais que du thé dans l’espoir d’échapper à la fièvre, en m’abstenant d’eau froide, de vin et de toute espèce de spiritueux. À vrai dire, ma santé était alors excellente, et je me sentais très dispos, bien que déjà les moustiques, fléau qui m’a suivi dans presque tout le cours de mes explorations, livrassent à ma personne d’incessants et rudes assauts. Cette détestable engeance, associée aux puces sans nombre, aux terribles mouches à bœufs et aux sangsues terrestres, sont le désespoir du voyageur en Siam ; ces créatures maudites font de son corps une plaie et le prédisposent, dans une certaine mesure, à cette redoutable peste, la fièvre des jungles, qui, avec son cortège de maux de tête et de maux de reins, le plomb fondu qu’elle vous coule dans les veines et le feu dévorant qu’elle vous promène jusque dans le bout des ongles, finit par vous coucher dans une tombe solitaire loin de tout ce qui vous aime, de tout ce que vous aimez.
Quelle magnifique nature, cependant ! Quel contraste entre les teintes effacées de l’Europe et ce chaud climat, entre notre ciel froid et ce glorieux firmament ! Quel plaisir de se lever de grand matin, avant que le soleil ait commencé sa course de feu, et quel plaisir plus doux encore, le soir, d’écouter les mille bruits d’alentour, tous ces sons aigus et métalliques qui semblent le concert d’une armée de forgerons battant l’enclume ! Le peuple serait extrêmement heureux ici sans cette...




