E-Book, Französisch, 189 Seiten
Smalls Gay Art
1. Auflage 2016
ISBN: 978-1-78525-935-7
Verlag: Parkstone International
Format: EPUB
Kopierschutz: Adobe DRM (»Systemvoraussetzungen)
E-Book, Französisch, 189 Seiten
ISBN: 978-1-78525-935-7
Verlag: Parkstone International
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Ce livre n'est pas un panégyrique surl'homosexualité. C'est une étude scientifique menée par James Smalls, professeur d'histoire de l'art. Spécialiste de l'art du XIXe siècle européen, il s'intéresse particulièrement à la représentation de l'homosexualité dans l'art pictural et la photographie. En effet, cet ouvrage analyse l'acte de création et permet d'appréhender, sans aucune complaisance, l'apport de l'homosexualité dans l'évolution de la perception des émotions. À une époque où les tabous sont tombés, cette démonstration conduit à une relecture et une nouvelle compréhension des chefs-d'?uvre de notre civilisation.
Autoren/Hrsg.
Weitere Infos & Material
07. Peintre d’Euaion, , vers 460 avant J.-C.
Assiette à figures rouges. Musée du Louvre, Paris.
Chapitre 1
L’Homosexualité dans l’Antiquité en Occident
(de la Grèce antique à l’Empire romain)
Les premiers Grecs étaient une bande de tribus rurales dispersées qui finirent par s’installer dans de petites enclaves connues sous le nom de cités-États. La pratique déclarée de l’homosexualité était déjà répandue dans les cités-États grecques dès le début du VIe siècle avant Jésus-Christ et devint partie intégrante des traditions de la Grèce archaïque et classique. L’homosexualité masculine, ou plutôt la pédérastie, était liée à l’entraînement militaire et à l’initiation des jeunes garcons à la citoyenneté. La plupart de nos informations sur l’homosexualité en Grèce proviennent de l’art, de la littérature et de la mythologie dans la cité-État athénienne. Pourquoi les Athéniens du IVe siècle avant Jésus-Christ acceptèrent-ils l’homosexualité et se conformèrent-ils si volontiers à des coutumes homo-érotiques ? C’est là une question difficile à laquelle il n’est pas aisé de répondre. Bien que chaque cité-État imposât des lois distinctes et pratiquât des mœurs différentes, Sparte, Thèbes, la Crète, Corinthe et d’autres apportent aussi dans les arts plastiques et la littérature la preuve d’un intérêt pour l’homosexualité et ses pratiques. Le premier témoignage de relations homo-érotiques dans la Grèce antique provient d’un fragment écrit par l’historien Éphoros de Kymè (v. 405–330 av. J.-C.), qui raconte l’histoire d’un ancien rituel qui avait lieu dans la Crète dorienne au VIIe siècle avant Jésus-Christ, dans lequel des hommes mûrs initiaient de jeunes garçons aux activités masculines comme la chasse, les banquets et, probablement aussi les relations sexuelles (Lambert, in Haggerty, 80).
On peut voir à quel point dans l’Antiquité l’homosexualité fut un aspect important de la culture grecque dans ses mythes, ses rites et rituels, ses légendes, son art et sa littérature, et dans les mœurs de toute la société. Les principales sources artistiques et littéraires sur l’homosexualité en Grèce se trouvent dans la poésie de la fin de l’époque archaïque et le début de la poésie classique, les comédies d’Aristophane et les pièces d’autres auteurs tels qu’Euripide, Eschyle et Sophocle, les dialogues de Platon et les scènes peintes sur les vases grecs (Dover, 9). C’est surtout dans les écrits de Platon (v. 429–347 av. J.-C.) que le thème de l’amour homosexuel fut débattu le plus vigoureusement. Dans ses dialogues, Platon s’intéressa à l’homosexualité masculine qu’il considérait comme un objectif spirituel plus élevé que le contact hétérosexuel et la procréation. Les trois célèbres dialogues de Platon – , et – rapportent des conversations imaginaries et quelquefois ironiques sur la sexualité masculine et les relations érotiques (Jordan, in Haggerty, 695). Nombre de passages de ces dialogues décrivent l’amour entre hommes comme paiderastia (pédérastie) – c’est-à-dire l’amour érotique actif d’un adulte pour un adolescent beau et passif [le mot paiderastia est dérivé de pais (jeune garçon) et eran (aimer)]. Dans le et dans , Socrate (l’un des protagonistes des dialogues) recherche activement la beauté des jeunes adolescents. Pour Socrate, l’(homo)éros était la recherche de buts nobles dans la pensée et l’action. On ne sait pas exactement comment la pratique de la pédérastie s’est développée dans la Grèce antique, mais la mythologie qui a survécu depuis l’Antiquité suggère que le roi de Crète Minos l’introduisit pour éviter la surpopulation de son île.
La société athénienne voyait dans la paiderastia le principal mode de socialisation et d’éducation des jeunes hommes libres pour les initier à la virilité et à la citoyenneté. En tant qu’institution, elle fut le complément, et non le rival, du mariage hétérosexuel. Bien que de nos jours le terme de « pédéraste » soit péjoratif, dans la Grèce antique, il n’avait pas une connotation aussi négative et était employé dans le contexte de la relation éraste-éromène. Dans cette relation, un homme mûr (l’éraste ou « celui qui aime » [« l’inspirateur » à Sparte]), généralement barbu et de rang social élevé, était censé rechercher activement puis conquérir un jeune garçon (l’éromène, ou « objet d’amour » [« l’auditeur » à Sparte] et éveiller en lui la compréhension et le respect des vertus masculines de courage et d’honneur. De tels attributs étaient, bien sûr, non seulement utiles à la stabilité sociale en Grèce, mais apportaient également la garantie d’actes de bravoure et de loyauté lorsqu’ils étaient nécessaires pour défendre la cité-État sur le champ de bataille.
08. Peintre de Brygos, vers 500-480 avant J.-C.
Coupe attique. The Ashmolean Museum Oxford.
C’est dans de Platon que l’amour homosexuel est exprimé et longuement loué entre un vieil amant barbu (éraste) et un jeune garçon imberbe aimé (éromène : entre la puberté et l’âge de dix-sept ans). fait partie de ce que l’on appelle la « littérature de banquet », ou ensemble de discussions informelles sur des sujets variés, comprenant les mérites philosophiques et moraux de l’amour et les charmes des jeunes hommes et des garçons. Beaucoup de scènes peintes sur des vases illustrent ce qui se passait dans ces banquets ou symposia, dans lesquels de jeunes garçons servaient souvent à boire aux convives. de Platon décrit les règles strictes de la séduction et de l’amour qui régissent la relation entre l’éraste et l’éromène. Il y a de nombreux tabous. Par exemple, un jeune garçon ne pouvait en aucun cas jouer le rôle de l’agresseur, du poursuivant, ou de celui qui pénètre. La séduction ou l’activité sexuelle entre deux garçons ou deux hommes de même âge ou de même rang social étaient également déconseillées. On attendait qu’elles soient inter-générationnelles et que les classes y soient respectées.
La majorité des premiers témoignages visuels sur les mœurs et coutumes de la séduction homosexuelle et des pratiques sexuelles dans la Grèce antique nous viennent des scènes peintes sur les vases. Les vases grecs, que l’on utilisait pour porter l’eau, conserver le vin et l’huile d’olive et servir les aliments et la boisson, étaient produits en grande quantité par des artisans locaux et exportés dans toute la région méditerranéenne. Beaucoup étaient vendus à une clientèle de classe moyenne – et supérieure – et portaient souvent des scènes peintes à la main représentant des dieux, des mythes, des faits héroïques ou des images de la vie quotidienne. On voit sur de nombreux vases, datant des VIe et Ve siècles avant Jésus-Christ, des hommes mûrs conversant avec de plus jeunes, leur offrant des cadeaux, touchant leurs parties génitales ou les étreignant. On trouve aussi couramment représentés des portraits d’hommes se consacrant à l’athlétisme, des scènes de séduction ou des illustrations de l’acte sexuel. Souvent, un éraste faisait faire un vase spécialement pour son éromène, afin de le lui offrir en même temps que d’autres cadeaux, tels qu’un lièvre, un jeune coq ou un cerf. Ces présents étaient la norme et ils étaient associés à la chasse, ce qui soulignait la fonction de rite de passage du rapport pédérastique. Parfois y figuraient de brèves inscriptions, ou bien le mot kalos (beau) apparaissait précédé du nom du jeune garçon ou de l’adolescent favori.
09. , fin du VIe siècle avant J.-C.
Vase attique. Museum of Fine Arts, Boston.
10. , vers 470 avant J.-C.
Céramique. Museum of Fine Arts, Boston.
11. Apollodore, , vers 500 avant J.-C.
Coupe attique à figures rouges. Museo Archeologico, Tarquinia.
12. , vers VIe siècle avant J.-C.
Staatlichen Antikensammlungen und Glyptothek, Munich.
Vers l’âge de 18 ans, un éromène devenait éraste et était censé se marier, avoir des enfants et jouer un rôle actif dans la poursuite d’hommes plus jeunes. Cependant, ces règles sociales très strictes appelaient souvent des transgressions. Celles-ci étaient souvent représentées dans les scènes peintes sur les vases et pouvaient être reliées aux fréquents avertissements de Platon et à ses mises en garde contre les abus des mâles athéniens en matière sexuelle. Bien que sujet de préoccupation pour les Anciens, ces transgressions étaient mineures comparées aux tabous les plus graves – le rapport sexuel oral et anal. Ces activités étaient considérées...




