Souleyka / Éditions | Solitude | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 252 Seiten

Souleyka / Éditions Solitude

révolte
1. Auflage 2024
ISBN: 978-2-322-53155-4
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

révolte

E-Book, Französisch, 252 Seiten

ISBN: 978-2-322-53155-4
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Solitude, désormais une femme affirmée, lutte ouvertement pour sa liberté après avoir grandi dans l'oppression des colons en Guadeloupe. Elle rejoint les rangs des Marrons, tandis que la France, portée par sa révolution, abolit l'esclavage en 1794, pour le rétablir en 1802. Ces années d'indépendance éphémère ont donné naissance à une véritable résistance. Louis Delgrès et Joseph Ignace mènent un soulèvement contre cette injustice, et c'est là que Solitude rencontre Lukengo, un Africain ayant réussi à échapper à la servitude à son arrivée en Guadeloupe. À ses côtés, elle découvre l'amour et sa propre humanité. Ensemble, ils dirigent leur clan Marron dans une lutte courageuse. Mais l'armée de Napoléon est envoyée pour réprimer l'île, et la révolte éclate. Le destin de Solitude est en marche. Ce roman historique, suite du volume 1 retraçant son enfance, dévoile désormais les événements qui ont fait d'elle une légende.

Gabriel Souleyka est historien de formation, écrivain prolifique, il a déjà publié 5 romans historique. Désireux de mettre en lumière les héros anonymes, les histoires qu'on ne raconte pas. Frustré par l'absence notable de récits sur l'histoire de l'Afrique, du peuple noir, des Antilles. Il entreprend des recherches afin de proposer des ouvrages de références.
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2. MEMOIRE


Marmelade tranche la corde sans attendre, laissant mon corps inanimé s’affaler complètement. Un autre soldat ramène une couverture dans laquelle ils m’enveloppent, chargée sur une mule. Le triste convoi s’enfonce dans les ténèbres, vers l’extérieur de la ville, en direction des détritus. Composé de cinq noirs portant l’uniforme, l’un d’eux interpelle Marmelade,

— Pourquoi ils lui font cela frère ?

— La folie des blancs n’a aucune limite, les gosses ne méritent pas ce sort !

Les autres se regardent, inquiets, l’un reprend,

— Nous n’allons pas aux monticules puants ?

Marmelade fixe le chemin sans se retourner,

— Non !

— Mais ce sont les ordres, le colonel nous fera battre !

— Je ne tue pas les enfants, tu le sais !

— Elle est déjà morte, à quoi bon !

— Elle ne l’est pas !

Quelle ironie du sort, Marmelade fait honneur aux ancêtres, n’oubliant pas son origine, faisant montre d’une miséricorde sans égale. Désormais, je comprends pourquoi je me suis réveillée au bord d’une route rocailleuse. Il me dépose à terre, à l’endroit que je reconnais, m’asperge avec l’eau de sa gourde. Cet homme mérite mon affection éternelle, j’aurais voulu le rencontrer dans d’autres circonstances. Je tousse enfin, reprenant conscience, ouvrant les yeux encore étourdis par tous ces événements. L’expression de Marmelade se fige dans une grimace morbide, le Maudit vient d’enfoncer son sabre, jusqu’à la garde, dans son dos. Par sa mort, il rachète toutes ses fautes, priant que les ancêtres l’accueillent avec miséricorde, tandis que je découvre l’odieux visage du meurtrier,

— Ce n’est jamais fini avec toi décidément, Octave est plus malin que ces nègres !

Ne me laissant pas le temps de réagir, il se juche sur mon petit corps, distribuant allègrement des coups dans une sauvagerie indigne. Clermontois, en retrait, se délecte du spectacle,

— Brise sa mâchoire ! Tu as été inspiré ce soir, comment savais-tu qu’elle allait vivre ?

Finissant de frapper, baignant dans mon sang, il se redresse,

— J’ai de l’instinct, lorsque ce nègre a passé la corde, j’avais un doute, puis le colonel a bien dit qu’il l’avait sauvée non ? Alors j’ai compris qu’il allait tenter sa chance !

Clermontois, parcours du regard les corps étendus,

— Il faut les mettre à nue, brûlons tout, aucune preuve !

Incendier une personne n’est pas une mince affaire, ces lâches, fidèles à leur réputation agissent dans le dos du colonel. Par respect envers Marmelade et les siens, je me suis détournée, avançant le temps sans le vouloir. Je suis attachée, bâillonnée sur l’un des chevaux galopant à tout rompre, lâchant une longue colonne de fumée derrière. Ce souvenir laisse un goût amer. C’est en revenant à l’habitation que je prends la mesure de l’absence de ma mère, le cœur lourd en retournant près de celle qui m’a donné la vie. Faisant halte devant les cabanons, le Corbeau et sa main de bois accompagne le lever du soleil, assisté de son fidèle chien Goliath, guettant fermement mon arrivée ; sans cérémonial, en silence, on me lance un ballot de toile, comprenant un pantalon court et une chemise rapiécée.

La cloche sonne, me faisant tressaillir, mon innocence se fracasse sur ce rêve inaccessible de liberté, pendant que le commandeur hurle déjà aux ateliers. Le Maudit s’approche, ordonnant que je me change ici et maintenant, sans aucune indulgence, m’exécutant à contrecœur. La famine va devenir une amie bien trop fidèle, quelques domestiques passent sans prêter attention. Le sort de ma mère est le plus préoccupant, timidement, je demande au Maudit. Seul son rire vient frapper ma figure, un de ses hommes m’emmène au petit-atelier. Claudine ne veut pas de moi à son service ; j’essaye de croiser un visage familier, le Grand, Sabette, la consécration serait celui d’Ayo. On m’assigne au fourneau, reconnaissant l’extraction du « vésou », autrement dit le « jus de canne », que nous devons convertir en sucre.

D’autres enfants portent des bagasses, écument les chaudières, pendant qu’on m’affecte à l’alimentation du feu. Le Corbeau fait une apparition remarquée, vociférant des ordres afin que les petits aillent plus vite. Les ateliers ne transforment pas que la canne, c’est à partir de onze ans qu’on devient un « mort » en sursis. La production ne s’embarrasse pas de la jeunesse, le rôle de toutes ces habitations est d’assouvir ce besoin sucrier de la France. Un esclave noir, que je découvre, a le poste de « raffineur », en charge de la cuisson du sucre, ce qui fait de lui, un « nègre à talent ». Il me regarde mal, son nom me revient, Théophile, éclaireur du Corbeau, rapportant nos moindres paroles. Personne ne me prête attention, Théophile m’a t assigné à alimenter le feu en bagasse, c’est à lui que je demande des nouvelles de ma mère.

Sans trop d’espoir, il se contente de me renvoyer à mon labeur. La cloche sonne la fin de cette première journée, sans avoir pu parler à qui que ce soit. Raymond, toujours aussi laid, se montre, allant contrôler la qualité de production journalière, à ses côtés marche le Grand ; la noblesse de son visage m’a manqué, restant à ma place, au lieu de rejoindre les cases, son sourire est le plus beau cadeau aujourd’hui. Malgré la présence du maître, il m’enlace avec force, me couvrant de baisers, inondant mon corps d’une affection oubliée, au point de me faire pleurer. Non content de me revoir, il essuis mes larmes d’une amertume souvent refoulée,

— Tout va bien, tu es revenu chez toi, personne ne m’avait prévenu !

Je voudrais lui rendre la pareille, mais mon âme chavire de l’absence d’Ayo,

— Je veux voir maman !

Son expression revêt un masque de peine,

— Sabette sera heureuse, va donc la retrouver près du puits !

Il esquive le sujet, pour ne rien arranger,

— Et maman, elle est où ?

La voix du Corbeau vient clouer mon cœur à la porte de l’espoir,

— Au cachot, tu n’as pas entendu la cloche ? Retourne à ta case ! Allez !

Je déteste mon esprit défaillant, il a dilué mes souvenirs à trente ans seulement, à croire que les ancêtres, par une miséricorde pleine de sagesse, ont effacé ma mémoire. Savoir ma mère au cachot est une torture, ce châtiment ignoble symbolise l’écrasement de qui devait y entrer ; ne tenant plus, j’ai crié dans l’éther invisible « Woknostoul Eterfyna ». Sans attendre, littéralement aspirée vers un néant salvateur, je me retrouve devant un nouveau paysage consistant en une vaste étendue aquatique sans vagues ni houle, une mer calme aux reflets verts. L’absence de soleil me trouble, mais je m’en accommode, avançant sur ce voile limpide ; voilà que j’accomplis mon propre miracle, marchant sur l’eau sans m’en rendre compte, apercevant au loin une masse sombre formant un dôme rocheux d’une taille impressionnante, un amas d’ossements difficilement identifiable donne un aspect effrayant à ce paysage.

M’approchant encore, je distingue des crânes en quantité astronomique, n’en comprenant pas la signification, espérant seulement, être au bon endroit ; pensant voir apparaitre Olorun, c’est une voix orageuse, couvrant tout l’espace qui retentit,

— Tu te tiens à l’autel des sacrifices ma fille ! Montre du respect, la mer n’aura rien préservé de ces âmes en souffrance, mais nous rendons hommage ! Les vivants ignorent les morts, et le peuple noir n’oublie rien de son histoire ! Ces millions d’hommes, femmes, de tout âge, réclament justice, ton témoignage en est l’amorce.

N’osant plus bouger, la voix persiste,

— C’est une aumône, d’une douleur trop ancrée, que nous avons faite nôtre lorsque Ayomidé priait dans l’obscurité de cette prison de bois ! Préférant une disgrâce honteuse à une docilité pernicieuse !

— Père céleste, pourquoi morceler mes...



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