Souleyka | Le Cri de l'innocence | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 464 Seiten

Souleyka Le Cri de l'innocence


1. Auflage 2025
ISBN: 978-2-322-64540-4
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 464 Seiten

ISBN: 978-2-322-64540-4
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Le29 novembre 1802, en Guadeloupe, une jeune femme de trente ans est conduite à l'échafaud, condamnée à mort pour avoir participé à une révolte contre le rétablissement de l'esclavage par la France. Aboli en 1794 pourtant, elle est enceinte de son premier enfant, la veille elle donne naissance à un petit garçon aussitôt transmis à son premier maître en guise de dédommagement. Cette femme, symbolisant des milliers de guadeloupéenne, avance en silence jusqu'à la potence, affrontant son destin avec dignité. C'est en hurlant : Vivre libre ou mourir, qu'elle fait ses adieux à ce monde. Mais il va se passer une chose inattendue, qui va lancer le récit, une porte lumineuse s'ouvre, elle est aspirée contre son gré, se retrouve dans la cale d'un navire négrier parti de Ouidah en Afrique. Ne comprenant pas la situation, elle découvre alors sa mère Ayomidé, enceinte d'une petite fille, après avoir subit les ravages de l'un des marins. Ayomidé à 14 ans, elle porte cette jeune femme que l'on connaîtra sous le nom de Solitude. Devenant spectatrice unique de sa propre histoire, de celle de sa mère, de toutes ces personnes subissant l'esclavage, de ces résistants de l'ombre formant des clans Neg Marrons. Dans ce livre, découvrez son enfance rugueuse, sa lutte, ses espoirs, son histoire d'amour impossible avec Lukengo, le valeureux africain ayant échappé à sa condition. Elle fera la rencontre de Louis Delgrès, Joseph Ignace, symbolisant la résistance. Une immersion dans la réalité d'une servitude implacable, habillée par le Code Noir. L'histoire de l'esclavage sous un nouvel angle, apportant l'humanisme à des personnes qui étaient sensées ne plus en avoir. Solitude fut maltraité par l'histoire, un mythe pour certain, juste un murmure pour d'autres, l'auteur lui rend hommage avec ce roman rigoureux.

Gabriel Souleyka est historien de formation, auteur prolifique ayant publié une dizaine de romans historique, avec toujours la même conviction : raconté les histoires que les autres ne racontent pas, et une devise : Apprendre son histoire est un acte de résistance.
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2. CASES


Le chemin était long jusqu’à l’habitation Clermontois, située à la Basse Terre, près de la commune de Petit-Bourg, dans une concentration de domaine, avalant autant de noir et mulâtre que nécessaire. Fidèle à elle-même, ma mère restait silencieuse, pendant que le Maudit faisait l’éloge de la production sucrière du jour, parlant de la qualité, d’une manière condescendante, me le faisant haïr encore plus. La majorité des cultivateurs de cette zone exploitaient la canne, des champs à perte de vue, permettant d’en extraire de délicieux breuvages, que mon ventre ne reniait pas et dont la France raffolait. Le paysage défilait, un tapis végétal de plus en plus dense, du vert, contrastant sans doute avec les plaines africaines, peu soucieuse de ce qui se dévoilait, elle fermait seulement les yeux. Les fleurs semblaient peintes par une main invisible, véritable joie visuelle, pourtant elle ne voulait rien voir de la merveille qu’offrait cette île, de ses bienfaits dont nous pouvions profiter en liberté. Son mal-être devait me tirailler, heureusement qu’on ne gardait pas souvenir de ces moments, prendre ces longs sentiers si familiers appelait la nostalgie et les regrets, devant tant d’incertitude. Me fixant sur elle, essayant de percer son masque de mélancolie, pénétrer son esprit par mon nouvel état, sans succès, l’occasion de pouvoir récréer un lien unique était bien trop belle en vérité. La carriole arrivait enfin, l’habitation n’avait pas changée depuis ces années, perchée sur une petite colline, surplombant les nombreux champs de cannes à sucre, supplantés de la résidence principale. L’on pourrait penser que les maisons de maître étaient des manoirs luxueux et confortable, mais au cours de ma vie, j’avais croisé des demeures assez modestes, ressemblant plus à des fermes austères. La leur était néanmoins gigantesque, une bâtisse coloniale, d’allure boisée, imposante et rustique, le gris dominait sa façade, agrémentée de pierre de taille et de fer. Pourvue d’un second niveau, la distribution des pièces se faisait sur toute sa longueur, l’ajout de galerie et d’annexes, donnant l’impression qu’elle était continuellement en travaux de rénovation. De larges fenêtres en persienne, sous des cadres vernis, permettant d’illuminer l’intérieur sans rien en faire voir, avec ces nombreuses pièces de vies, son cabinet d’aisance, elle était trop étendue ; seul Jean, son épouse Claudine, le rejeton Raymond, sans doute encore bien jeune à cette époque, jouissaient de l’immense demeure, disposant d’autant de domestiques que nécessaire à l’entretien. L’histoire familiale nous était régulièrement contée par les anciens, agrémentés de rumeurs et fables, d’une noblesse bien française, arrivée depuis des générations avec les premiers esclaves. Recevant le domaine de son père, le Baron Clermontois, totalement dévoué à son Roi, sa brutalité dépassait de loin celle du fils, ses errances, un train de vie dispendieux, l’avaient ruiné même humilié. Puisque l’on racontait que ses créanciers l’avaient harcelé des jours durant, jetant le discrédit sur sa progéniture, poussé à la folie, il avait sauté d’une falaise, laissant une propriété à la merci d’un héritier maniaque. Une centaine d’esclaves, un outil de production complet, faisant le meilleur des sucres selon certains, assurant un rendement tel que les dettes paternelles avaient été honorées rubis sur ongle ; Claudine, symbole de la noblesse royaliste, se mariait avec ce rustre, redonnant vie à l’habitation, dotée d’une fortune illimitée, pouvant renflouer toute la Guadeloupe. Les colons aimaient tous rivaliser entre eux, exhibant une réussite insolente, par des richesses matérielles, qu’ils n’allaient pas emporter dans la tombe, fruit de nos besognes incessantes au soleil. N’ayant aucune autre considération que leurs conforts personnels, honorant ce statut par des dîners somptueux, mobilisant toujours une véritable armée de domestiques, tous mulâtres. Cette démence, entraînait les miens dans un labeur perpétuel, permettant de maintenir l’illusion d’un paradis terrestre, où tout leur serait dû, les plaçant donc sur un sommet d’orgueil inaccessible. Le Maudit déposait son maître, tandis que Claudine prenait un thé sous son patio, administrant un accueil des plus sinistres, n’ignorant pas son goût des femmes noires, que nous connaissions toutes. Elle était la Française typique, sophistiquée, ne portant que de belles dentelles, constamment poudrée, ses cheveux blonds achevaient de lui donner une allure de « poupée » en porcelaine. Je la trouvais bien fade en vérité, à la limite de la pâleur, plus blanche qu’un nuage de coton, son époux devait sans doute s’ennuyer dans la couche, au point de fureter la présence de mes sœurs. Faisant le tour de la carriole, s’attardant sur Ayo, semblant chercher le moindre signe de séduction sur le visage de ma mère, qui ne réagissait plus à rien, enfouissant sa tête dans ses bras tout frêles. Son état, presque maladif, paraissait la rassurer, néanmoins, elle s’est adressée à son mari.

— Je t’ai connu plus sérieux dans tes acquisitions, le grand atelier 25 a besoin de force, pas d’une négrite méphistophélique. Le marché n’offrait donc pas quelques nègres du Benin, de la Cote de l’Or ? Notre commandeur sera autant déçu que moi par ton achat hasardeux.

Clermontois, exaspéré, s’est empressé de répliquer.

— Elle est grosse d’un mulâtre, j’ai fait une remarquable affaire. Le regrattier ordonnait un lot minable, rien pour faire un travailleur, l’opportunité était belle, je l’ai saisi !

Se content d’un geste de dédain.

— On dispose du plus grand nombre de domestiques dans toute l’île, la seule chose qui me rassure, c’est que tu n’iras pas la chevaucher à la nuit tombée.

— Garde tes sarcasmes, du venin inutile, son marmot renforcera les rangs de défense, elle s’occupera du sarclage dès sa délivrance !

Sa crainte de mourir de la main d’un noir, poussait ce lâche à entretenir une milice de mulâtre, formé par son valet Octave, redoutablement armé, totalement dévoué à leur maître. Sans eux, bon nombre auraient déjà tenté leur chance de le pendre à un arbre, car derrière son visage paisible, se cachait une barbarie peu commune, doublée d’une tendance à tuer facilement. Les colons maintenaient ainsi l’ordre, par une peur constante, fait de privation, châtiment et récompense, un système pernicieux nous enfermant dans une prison invisible impossible à fuir. Claudine n’en démordait pas de son insatisfaction, reprenant.

— Son engeance représente une dépense inutile, elle s’en occupera, l’abreuvant de lait jusqu’à la dernière goutte !

Clermontois dodelinait de la tête, évitant toujours les longues discussions .

— Tu sais très bien que je n’aime pas mélanger ces bêtes avec mes domestiques, j’avais pensé confier le petit à Denise pour le sevrage.

— Cette marâtre est tombée si bas, adultérine d’un nègre, le Seigneur l’a punie, je n’irais pas l’enrichir ! La négrite fera bien l’affaire, ce sera sans frais.

Claudine possédait toutes les qualités de l’exécration ultime, son dégout des noirs était redoutable, me permettant de rester près de ma mère pendant les meilleures années de mon enfance trouble. Le petit Raymond, tenant à peine debout, faisait son apparition, accompagné de sa nourrice mulâtresse, sa grosse tête blonde ne m’inspirait que de l’inimitié, ayant trop souffert de son attitude. Il s’est précipité sur son père, tandis qu’elle semblait respecter une étiquette, lui interdisant tout signe d’affection en public, pleine d’une convenance royaliste se refusant à la tendresse. D’un discret mouvement d’approbation, le Maudit comprenait qu’il lui fallait partir, s’enfoncer plus loin derrière la bâtisse, passant devant les fourneaux, le moulin, cheminant sur un sentier abrupt, vers les cases. Arrivant à l’endroit où j’étais née, toujours aussi lugubre, c’était comme un tableau resté figé, à croire que jamais cette infecte famille n’avait songé un instant à faire rénover ce dépotoir. Des habitats très modeste, d’une pièce,...



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