Stone | Jusqu'à La Vérité | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 341 Seiten

Stone Jusqu'à La Vérité


1. Auflage 2026
ISBN: 978-1-998357-47-5
Verlag: Tektime
Format: EPUB
Kopierschutz: 0 - No protection

E-Book, Französisch, 341 Seiten

ISBN: 978-1-998357-47-5
Verlag: Tektime
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Jusqu'à La Vérité (inspiré d'histoires criminelles réelles en Grèce !)
Se déroulant à Athènes, en Grèce, dans les années 1980 et 1990, Kostas et Nikos sont des frères jumeaux qui se retrouvent abandonnés par les adultes de leur entourage. Après une enfance traumatisante faite de solitude, de chagrin, de criminalité, de familles d'accueil, de mauvais traitements et de travail forcé des enfants, ils empruntent des chemins de vie opposés pour faire face aux douloureuses cicatrices qui leur ont été infligées.
Kostas devient policier afin de faire pencher la balance de la justice du bon côté, tandis que Nikos cherche à réparer les torts de leur enfance avec sa propre forme de vengeance. Dans ce récit ultime du débat entre l'inné et l'acquis, Nikos aspire à ressentir autre chose que la haine et le désir de revanche. Kostas, lui, veut simplement tourner la page et aider ceux qui ne peuvent pas s'aider eux-mêmes.
Jusqu'à La Vérité offre un portrait saisissant de la criminalité dans les rues d'Athènes à une période tumultueuse de la vie des jumeaux. Deux hommes - totalement opposés dans les chemins qu'ils choisissent pour eux-mêmes - et pourtant liés par une enfance commune.
Mais ce qu'il ne savait pas pourrait coûter la vie à Nikos...

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Chapitre 2


LE CONDUCTEUR NE PARLAIT PAS. Il nous observait dans le rétroviseur tout en fumant nonchalamment une cigarette. Dès le départ, je n’avais pas apprécié sa façon de nous regarder, un mélange de brutalité et d’indifférence. Il était plus âgé que Kiki et avait une moustache très fournie. Il avait une chevelure sombre et épaisse, et il cherchait toujours à dissimuler son regard derrière ses énormes lunettes, comme s’il ne voulait pas qu’on sache ce qu’il regardait.

— Les enfants, dit Kiki. Ne le regardez pas de cette façon. Ce n’est pas poli.

— Je m’appelle Takis, je suis l’ami de votre maman.

Il parlait d’un ton sec. C’est la seule chose qu’il avait dite pendant tout le trajet.

Nous avons roulé pendant longtemps, car la maison était loin de l’hôpital. Kostas et moi regardions par la fenêtre, béats d’admiration, n’étant jamais allés nulle part ailleurs. Notre vie s’était confinée à l’hôpital. Peut-être quelques fois, nous étions allés à la ville à proximité, avec une permission spéciale. L’hôpital possédait une grande cour avec des fleurs où nous jouions tous les jours. À l’occasion, nous adoptions des chiens errants pour nous rappeler que nous étions des enfants, pas des animaux de laboratoire. Donc, cette journée fut magique pour nous jusqu’à ce que nous approchions de notre quartier. Un endroit qui semblait abandonné à la fois par les pouvoirs publics et par Dieu lui-même.

Nous avons tourné sur une étroite bande de terre bourrée de nids-de-poule. C’était drôle de voir à quel point nous tremblions de nervosité, alors nous avons ri.

Takis nous avait lancé un regard glacial, alors on s’était arrêté immédiatement. Visiblement, oncle Takis ne supportait pas le bruit.

La voiture s’était arrêtée devant une vieille maison, sans peinture, avec une petite porte barrée. C’est pleins de naïveté que nous avons franchi le seuil, n’imaginant pas que notre foyer puisse être extérieurement plus délabré que l’hôpital.

À l’extérieur, des voisins curieux étaient apparus qui aux portes, qui aux fenêtres, comme si nous étions la nouvelle attraction du quartier.

L’intérieur de la maison était décrépit. Il y avait une chambre, une salle de bain, une toute petite cuisine et une petite salle à manger. C’est dans cette dernière pièce que Takis avait installé deux matelas, et c’était tout.

C’est là que commençait notre nouvelle vie, dans ce nouveau foyer.

Après nous être installés, nous avions commencé à explorer l’endroit. Même si mon frère avait préféré faire un câlin à ma mère, moi, j’avais préféré aller visiter la zone.

Le vieux papier peint avait fait des cloques à cause de l’humidité, et la moisissure au plafond avait commencé à se répandre de manière inquiétante. La moitié des ampoules était grillée, ce qui était devenu le moindre de nos soucis lorsque l’électricité avait été coupée pour non-paiement des factures. La maison sentait le moisi et la poussière, l’odeur étant exacerbée par le fait que les volets n’étaient jamais ouverts. Souvent, nous sortions pour prendre une bonne bouffée d’air frais. Quand j’y repense, cette terrible odeur continue à me suivre.

Au début, tout se passait bien. Takis était absent la plupart du temps, et Kiki essayait de rattraper le temps perdu. Elle essayait de cuisiner le peu qu’elle avait. Parfois, elle allait demander de la nourriture aux voisins. Tout en la critiquant ouvertement, ils lui donnaient quand même toujours quelque chose pour que nous puissions manger. Elle partageait en deux tout ce que les voisins pouvaient lui donner, une moitié pour nous et une autre pour Takis.

Lila me manquait tellement. Au plus profond de moi-même, j’en voulais à ma mère de l’avoir perdue à cause d’elle. Je ne voulais pas qu’elle soit ma mère ; personne ne m’avait demandé mon avis. Elle sentait la cigarette de la tête aux pieds, et quand Takis était là, lui sentait le whisky.

Takis ne voulait pas de nous, et nous le savions tous les deux depuis le début. Kostas m’avait demandé de lui adresser la parole uniquement lorsque c’était nécessaire, et de toujours le faire poliment. Il était terrifié à l’idée de se faire chasser de la maison et de perdre Kiki. Notre mère avait appris à obéir à Takis, et à le craindre. Je ne comprenais pas pourquoi elle était avec lui, pour commencer. Un jour, je lui avais demandé où étaient ses parents, elle m’avait répondu qu’elle n’en avait pas et qu’elle n’avait nulle part où aller. Kostas avait voulu savoir où était notre père, mais elle éludait toujours, elle n’aimait pas aborder le sujet. Une fois, il lui avait demandé avec tellement d’insistance qu’elle s’était mise à pleurer. Il ne lui avait plus jamais reposé la question, de peur de la contrarier, ou pire, de la perdre.

De mon côté, je me fichais de ce qui pouvait lui arriver, qu’elle vive ou qu’elle meure. Ce n’est pas d’elle que j’avais besoin. Kiki n’était pas la mère que j’avais envie d’avoir.

Pour moi, les mamans vivaient dans des maisons propres et bien entretenues. Elles étaient honnêtes et affectueuses, elles faisaient même à manger, et des gâteaux. Quand elles parlaient, elles étaient douces, elles ne pleuraient pas ou ne couinaient pas. Et puis, elles ne criaient pas dès que leurs enfants n’obéissaient pas, mais par-dessus tout, elles ne les battaient pas. Elles ne les enfermaient pas à clé dans un placard lorsqu’elles devaient aller quelque part, et les hommes ne les battaient pas.

En plus d’être mon frère, Kostas faisait office de mère et de père. Je tremblais à l’idée que quelqu’un nous sépare un jour. Je savais que ce jour finirait par arriver. C’était une question de survie.

Un jour, Takis est rentré plus tôt de son travail de routier, et malheureusement, Kiki était sortie faire des courses. Il nous avait demandé de lui faire à manger. La marmite ne contenait qu’une seule portion de soupe aux haricots, que Kostas avait déjà mangée. Il était devenu enragé lorsqu’on lui avait expliqué qu’il n’y avait rien à manger et il nous avait crié dessus.

— Qui l’a mangée ? avait hurlé Takis. Qui ? Répondez-moi, sales petits enfoirés. Si je me casse le cul toute la journée au boulot, c’est pas pour que de sales mioches engloutissent ma bouffe. Qui l’a mangée, bordel ?

Nous étions paralysés de peur suite à ce violent accès de colère.

Je m’étais forcé à bouger et avais avancé devant Kostas.

— Je suis désolé, M. Takis, mais j’avais faim. Je n’ai pas pu résister. Kiki sera bientôt de retour et elle vous préparera quelque chose. Ça ne sera plus long.

Takis avait écrasé sa grosse pogne crasseuse sur la table si fort que cela nous avait fait sursauter.

— Kiki ? avait-il répété. Après ce qu’elle vous a fait, tu continues à l’appeler comme ça ?

Il s’était levé d’un bond, fou de rage, puis avait retiré sa ceinture, libérant son gros ventre.

Je m’étais reculé et avais cogné dans mon frère.

— Elle aurait dû avorter. Elle ne nous a pas demandé notre avis pour naître…

Takis s’était jeté en avant, faisant partir ma tête sur le côté sous la violence de son coup. Ma joue me brûlait à l’endroit où j’avais été frappé, tandis que mes mains se serraient de colère le long de mon corps.

Je lui avais donné un coup de pied dans le genou et m’étais enfui. Alors que je quittais la maison, Kostas était demeuré immobile.

J’avais couru comme jamais auparavant, laissant un maximum de distance entre cette maison et moi. Si Takis me rattrapait, je n’y survivrais pas. Je savais bien qu’il ne voulait pas de nous, cela se lisait dans son regard. Ce que je ne comprenais pas, c’est pourquoi il était resté. Qu’est-ce qui le retenait dans notre misère ?

J’ai couru à travers plusieurs quartiers, puis j’ai poursuivi mon chemin. Ce que je voulais le plus au monde était de fuir ce taudis et de retrouver Lila. Peut-être retrouverais-je Katerina aussi. Quoiqu’il arrive, je ne voulais plus retourner auprès de Kiki et de Takis. Si j’y retournais, je savais que j’étais bon pour une raclée.

Malheureusement, j’ai l’impression que le sort s’acharnait contre moi. Une forte pluie avait éclaté, et j’avais dû chercher un endroit où me cacher. Mon cœur semblait prêt à éclater sous l’effet de la fatigue, de la peur et de l’adrénaline. Je me suis assis sur le seuil d’une maison jusqu’à ce que la pluie s’arrête. Je n’avais nulle part où aller, mais je n’avais pas peur. Je me souviens encore de la pluie battante qui est tombée ce jour-là ainsi que de mes larmes qui ne cessaient de couler. L’envie de partir pour ne jamais revenir était grande, mais je ne pouvais pas abandonner Kostas.

J’étais resté ainsi assis jusqu’au soir, sachant qu’il était temps de revenir. J’avais traîné des pieds comme si j’avais un boulet accroché à la cheville puis étais enfin arrivé à la maison. J’étais entré en silence, mais la maison était vide, et les lumières éteintes.

— Kostas ? avais-je murmuré. Kiki ?

Personne ne répondit.

Pendant un moment, je me suis demandé s’ils n’avaient pas quitté la maison sans moi. Je suis sorti en courant dans la rue en criant leurs noms jusqu’à ce qu’une voisine me demande de faire moins de bruit.

— Doucement, dit-elle. Pourquoi tu cries comme ça ?

Elle...



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