E-Book, Französisch, 510 Seiten
Reihe: Anais
Zwahlen Panique Angelique - Le livre perdu
1. Auflage 2015
ISBN: 978-2-9700927-7-3
Verlag: Ligue pour la lecture de la Bible
Format: EPUB
Kopierschutz: Adobe DRM (»Systemvoraussetzungen)
E-Book, Französisch, 510 Seiten
Reihe: Anais
ISBN: 978-2-9700927-7-3
Verlag: Ligue pour la lecture de la Bible
Format: EPUB
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Anatoth, 6e siècle av. J.-C. Un jeune homme du nom de Jérémie se croit investi d'une importante mission : retrouver un manuscrit disparu depuis des années. Il pense que ce livre perdu contient la sagesse qui permettra à son peuple de retrouver le chemin de la foi de ses pères. Mais sa quête se révélera dangereuse et exigeante. Jérémie l'ignore, mais il est au coeur d'un vaste combat qui dépasse les limites du visible et trouve son origine au-delà des frontières du temps. Or, il n'est pas seul dans cette aventure, de mystérieux personnages rôdent autour de lui...
Pierre-Yves Zwahlen, marié et père de deux enfants adultes. Auteur d'une vingtaine de livres, il est actuellement responsable des éditions de la Ligue pour la lecture de la Bible de Suisse romande.
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Chapitre 3 ETHÂN Depuis quelques jours, Ethân ne pouvait se défaire d’un sentiment de malaise comme si un danger invisible planait sur lui. Pourtant, tout s’était bien passé jusque-là. Il y avait déjà de nombreuses lunes qu’il était dans la place et il n’avait détecté jusqu’à ce jour aucun signe de méfiance à son sujet. Cependant, les choses n’avaient pas été simples, bien au contraire. Il n’est jamais facile de s’intégrer dans un nouvel environnement, mais quand en plus on se retrouve dans un bled paumé comme Anatoth, les choses en deviennent d’autant plus compliquées. Il n’avait pas été enchanté lorsqu’on lui avait confié cette mission. Il avait essayé d’argumenter, de plaider sa cause, mais on ne discute pas les ordres quand ils viennent d’en bas. On lui avait fait comprendre que cette mission était prioritaire, d’une extrême importance, et qu’il était le plus qualifié pour l’accomplir. Le baratin habituel, quoi ! Ah, s’il avait pu décrocher un objectif comme Babylone ou Thèbes à l’extrême limite ! C’est vrai que l’Égypte n’avait plus vraiment la cote et que son rayonnement diminuait d’année en année, mais à ce qu’on lui avait dit, la vie là-bas était confortable, les filles jolies, la bière excellente. De plus, dans ces villes surpeuplées, il était facile de disparaître, de se fondre dans la masse en cas de problème. Alors qu’à Anatoth… Le top du top, c’était bien sûr Babylone. Là, on jouait quasiment à domicile. C’était des missions gâteau, mais il fallait avoir de l’expérience et des appuis pour décrocher une telle destination. Peut-être que s’il réussissait à ne pas foirer son job actuel, ses supérieurs pourraient envisager de le récompenser en l’envoyant là-bas ! Ce n’est pas tellement les fameux jardins suspendus qui titillaient son envie, il y avait d’autres distractions plus croustillantes qui excitaient sa faim. C’est sûr que ce n’était pas à Anatoth qu’il risquait de se débaucher ! Quel bled pourri ! Une rue principale bordée de maisons improbables ; une cinquantaine de familles de bouseux occupés à courir derrière leurs chèvres et leurs moutons ; une taverne pathétique où l’on ne servait qu’un vin acide et de la bière tiède. Et pas moyen de se fondre dans la masse ! Le moindre mouvement était observé, scruté, commenté par les vieux assis sur les bancs devant leur maison. Il avait l’impression de passer en permanence un examen qu’il n’était pas du tout certain de réussir. À son arrivée au village, il avait raconté qu’il revenait d’Assyrie où sa famille avait été exilée un siècle plus tôt, après la grande débâcle de Samarie. Il n’en pouvait plus de vivre sur cette terre étrangère, alors il était parti. Il avait fui cette terre d’exil pour revenir au pays. Les vieux ne se lassaient pas de l’entendre raconter son voyage, le soir autour du feu. Alors, il inventait, il brodait, attentif cependant à ne pas se trahir. Peu à peu, son personnage de réfugié avait pris de la consistance. On en venait à le plaindre, à l’admirer. Il en usait parfois, expliquant ses soudaines faiblesses par des blessures terribles récoltées lors de sa fuite et qui minaient son corps, l’empêchant d’accomplir les lourdes tâches comme il aurait souhaité pouvoir le faire. C’était une excellente couverture qu’il avait trouvée là ! Un véritable coup de génie ! Tant que personne ne déboulait d’Assyrie pour venir contester ses propos, il était tranquille. Mais qui se donnerait la peine de quitter Ninive pour venir s’enterrer à Anatoth ? Sa mission était claire. Il devait se rapprocher d’un certain Jérémie, fils du prêtre local, devenir son ami, son confident, de manière à avoir une influence importante sur sa vie. Il ne comprendrait jamais la stratégie de ses chefs. Quel intérêt y avait-il à surveiller cet adolescent attardé ? Voilà qui le dépassait totalement ! Dire qu’il avait tant de compétences qu’on galvaudait bêtement dans une mission inutile et ennuyeuse. Décidément, il avait vraiment le sentiment d’être incompris. Son premier souci avait été de se faire embaucher par le père de Jérémie, un certain Hilqiyahou, un nom à coucher dehors, soit dit en passant. Mais bon, on ne choisit pas son nom ! À part lui, bien sûr ! Ethân, c’était sympa. Court, facile à retenir. Ça sonnait clair, vif, sans embrouille. Jérémie ça faisait jérémiade. Ça n’en finissait pas de s’empâter dans la bouche quand on voulait le prononcer. On devinait tout de suite à qui on avait affaire ! Tandis qu’Ethân, c’était dynamique, positif, clair, beau. Un nom qui le caractérisait parfaitement ! Il avait donc réussi à entrer dans la maison du prêtre. Il avait d’ailleurs eu de la chance que Jérémie n’ait pas été un fils de bouseux, car à Anatoth, la seule maison un tant soit peu convenable était celle du prêtre. Un vrai coup de bol dans son malheur, quoi ! Il avait donc eu doublement intérêt à y être engagé. Il avait raconté une histoire fumeuse et pas très claire d’un noviciat forcé dans un sanctuaire assyrien où il avait appris les rudiments du métier. Le prêtre l’avait écouté avec patience et un brin de compassion. Il n’avait pas vraiment besoin d’un nouvel acolyte, ses fils faisaient l’affaire, faut dire qu’il n’y avait pas foule dans leur sanctuaire de campagne ! Mais il avait eu pitié de lui. Peut-on vraiment renvoyer un jeune homme qui s’est enfui d’Assyrie pour venir officier dans un sanctuaire de Yahvé ? C’est ainsi qu’il avait pénétré dans la place. La suite avait été assez simple, sans problème particulier. La seule difficulté sur laquelle il butait était d’arriver à entrer dans l’intimité de Jérémie. Ce garçon était une énigme pour lui. Un accro de la solitude avec un penchant malsain pour la religion. Ça n’allait pas être facile d’arriver à le convaincre qu’il était lui aussi un bigot qui ne rêvait que d’ânonner des prières et de chanter des psaumes en regardant le soleil se lever. Dire qu’il aurait pu être à Babylone dans le temple d’Astarté à regarder les belles prêtresses… Et puis, depuis quelques jours, il y avait ce malaise qui l’irritait comme une piqûre de moustique qu’on ne finit pas de gratter et qui démange toujours davantage. Il ne pouvait pas dire quand ça avait commencé et encore moins ce qui l’avait provoqué, mais c’était là, à la limite de sa conscience, le sentiment d’un danger. Il savait que tôt ou tard, il allait identifier le problème. Mais serait-ce assez tôt ? Était-il vraiment menacé ? Il est vrai que ça pouvait paraître bizarre de craindre un péril à Anatoth, mais on lui avait appris que la plus grande des faiblesses était de sous-estimer son ennemi ! Mais avait-il un ennemi ou était-il en train de devenir parano ? – Ethân, tu rêves ? L’appel du vieux prêtre le fit sursauter. Il réalisa soudain qu’il y avait plusieurs minutes qu’il était là avec sa pelle, parfaitement immobile devant l’autel. – Les cendres ne vont pas partir toutes seules, tu sais ! Il faut peller mon gars ! – Je suis désolé, Maître, j’ai eu comme une absence… Le vieux prêtre le considéra d’un regard compatissant. C’était un homme voûté par les ans, mais que l’on devinait encore solide. Il portait l’éphod, signe de sa prêtrise, par-dessus son habit de lin. La règle de ce sanctuaire de province n’était pas très stricte. On n’était pas à Jérusalem dans le grand Temple édifié par Salomon. Là-bas, les prêtres suivaient les règles, la coutume était toute puissante, et même si on n’y croyait pas trop, il fallait être attentif à conserver un certain décorum. Les fidèles aiment le décorum, et sans fidèles pas de sacrifices, et sans sacrifices pas de recettes ! La religion était un business comme un autre. Hilqiyahou l’avait compris depuis longtemps, mais ici à Anatoth les gens étaient moins sensibles au protocole. Ils venaient au sanctuaire pour obtenir la protection de Dieu sur leurs récoltes, leur bétail, leur famille. Leur religion était davantage motivée par une certaine superstition que par une véritable piété. J’offre un sacrifice, la divinité me bénit ! Ce qui n’était pas très clair pour Hilqiyahou, c’était l’identité de la divinité. La demande était multiple, alors l’offre avait suivi. Il savait que dans les temps anciens, ses pères observaient une stricte fidélité au Dieu d’Israël. Mais les temps avaient changé, les influences étrangères avaient modifié la culture ainsi que la manière de penser et de prier. Il avait dû s’adapter. C’était ça ou disparaître, ce qui n’était dans l’intérêt de personne, pas même de Yahvé. Alors, il avait fait de la place dans le sanctuaire. Il avait poussé l’autel un peu de côté et érigé deux petits autels. Un pour Baal et l’autre pour Ashera. Ainsi, les fidèles avaient le choix. Certains restaient obstinément fidèles au Dieu de leurs ancêtres, d’autres allaient de l’un à l’autre en fonction des circonstances. En matière de religion, il fallait savoir mettre toutes les chances de son côté ! Hilqiyahou contempla le jeune Ethân. Ce garçon était une énigme. Il y avait un je ne sais quoi d’insaisissable chez lui. Peut-être était-ce dû à ses années de vie là-bas, en Assyrie. On...




