Colette | Gigi | E-Book | www.sack.de
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E-Book, Französisch, 146 Seiten

Colette Gigi


1. Auflage 2025
ISBN: 978-2-322-66643-0
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 146 Seiten

ISBN: 978-2-322-66643-0
Verlag: BoD - Books on Demand
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GIGI est une nouvelle écrite par Colette en 1944, un de ses derniers écrits. Le thème est celui des demi-mondaines de la Belle Époque, à Paris, vers 1900, et en particulier celui du devenir d'une adolescente qui grandit et évolue dans ce milieu. GIGI sera pendant des décennies une grande source d'inspiration pour le cinéma et le théâtre. Résumé Gilberte, dite Gigi, est une jeune parisienne de quinze ans qui vit avec sa mère et sa grand mère dans un environnement assez modeste. Ce milieu féminin est fort intéressé par le beau monde et suit de près tous les ragots mondains. Sa mère, Andrée, célibataire au caractère effacé est chanteuse à l'Opéra-Comique. Mamita, sa grand mère est une ancienne demi-mondaine aux modestes conquêtes. Déçue que sa fille Andrée n'ait pas fait carrière dans la galanterie comme elle, elle met tout en oeuvre avec l'aide de sa soeur Alicia de Saint-Efflam pour y parvenir avec sa petite fille Gigi. Bonne lecture

Colette (1873-1954), née Sidonie-Gabrielle Colette est l'une des plus célèbres romancières de littérature française. Elle a connu une entrée en particulière en littérature en tant que prête-plume de son mari Willy qui l'engage à écrire ses souvenirs d'école sous le pseudonyme "Willy", Colette étant inconnue dans le monde littéraire de l'époque : Claudine à l'école, bientôt suivi d'une série de Claudine , Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s'en va. Après leur séparation en 1906, Colette écrira et signera de son nom la fin de la série des Claudine avec La Retraite sentimentale. Elle est considérée, comme Voltaire ou Victor Hugo avant elle, comme l'un des plus grands écrivains français, symbolisant son époque et la littérature. Deuxième femme à être élue membre de l'académie Goncourt en 1945, elle en devient la présidente entre 1949 et 1954. Elle est la première femme en France à recevoir des funérailles nationales.
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L’ENFANT MALADE


L’enfant qui devait mourir voulut s’accoter un peu plus haut à son oreiller, mais il ne le put. Sa mère entendit sa prière sans paroles et le soutint. Une fois de plus, l’enfant promis à la mort eut tout près du sien le visage maternel qu’il croyait ne plus regarder, les cheveux châtains tirés sur la tempe comme ceux des anciennes petites filles, la joue longue à peine poudrée, un peu maigre, l’angle très ouvert des yeux bruns, si sûrs de maîtriser leurs inquiétudes qu’ils en oubliaient souvent de se surveiller…

— Tu es rose, ce soir, mon petit garçon, dit-elle gaiement.

Mais ses yeux bruns restaient empreints d’une fixité et d’une crainte que le petit garçon connaissait bien.

Pour éviter de soulever sa nuque faible, le petit garçon logea dans l’angle de ses paupières ses prunelles aux grands iris vert-demer, et rectifia gravement :

— Je suis rose à cause de l’abat-jour.

Madame Maman regarda son fils avec douleur, lui reprochant en elle-même d’effacer, par un mot, cette couleur rose qu’elle lui voyait aux joues. Il avait refermé les yeux, et l’apparence du sommeil lui rendait son visage d’enfant de dix ans. « Elle croit que je dors. » Sa mère se détourna du blanc petit garçon, doucement et comme si elle craignait qu’il ne sentît la brisure du fil du regard : « Il croit que je crois qu’il dort… » Parfois ils jouaient à se tromper ainsi : « Elle croit que je ne souffre pas », pensait Jean, et sur ses pommettes ses cils grésillaient de souffrance. Cependant Madame Maman pensait : Comme il sait bien imiter l’enfant qui ne souffre pas ! Une autre mère s’y tromperait. Mais moi… »

— Aimes-tu cette odeur de lavande que j’ai vaporisée ? Ta chambre sent bon.

L’enfant acquiesça sans parler, l’habitude et l’obligation de ménager ses forces l’avaient doté à la longue d’un répertoire de très petits signes, une mimique délicate et compliquée comme le langage des animaux. Il excellait à faire de ses sens un usage féerique et paradoxal.

Pour lui les rideaux de mousseline blanche, frappés de soleil vers dix heures du matin, rendaient un son rose, et la reliure d’un ancien Voyage sur les rives de l’Amazone, écorchée, en veau blond, versait à son esprit une saveur de crêpe chaude… L’envie de boire s’exprimait par trois « claquements » de paupières. Manger… oh ! pour l’envie de manger, il n’y pensait pas. Les autres besoins du petit corps mol et défait avaient leur muette et pudique télégraphie. Mais tout ce qui pouvait encore porter, dans une existence d’enfant condamné, le nom de superflu, de plaisir et de jeu, gardait une dévotion à la parole humaine, recherchait des mots justes et variés, au service d’une voix harmonieuse et comme mûrie par le long mal, à peine plus aiguë qu’une voix de femme. Jean avait choisi les mots qui convenaient au jeu de dames, au « solitaire » étoilé de billes de verre, au trou-madame, à maints divertissements désuets qui employaient l’ivoire, le bois de citronnier et la marqueterie. D’autres vocables, pour la plupart secrets, s’appliquaient au jeu de « patience » suisse, cinquantedeux petites cartes glacées, encadrées et filetées d’or comme une boiserie de salon. Les reines s’y coiffaient en bergères, chapeaux de paille relevés d’une rose, et les valets-bergers portaient houlette. À cause des rois Barbus, hauts en couleur avec de petits yeux durs de propriétaires montagnards, Jean avait inventé une « patience » qui excluait les quatre monarques rustauds.

« Non, pensa-t-il, ma chambre ne sent pas vraiment bon. Ce n’est pas la même lavande. Il me semble qu’autrefois, quand je vivais debout… Mais je peux avoir oublié. »

Il enfourcha un nuage de senteur qui passait à portée de ses petites narines blanches et pincées, et s’éloigna rapidement. Sa vie alitée le pourvoyait de toutes les délectations de la maladie, y compris la dose de malice filiale dont un enfant entend ne jamais se priver, et il ne donnait là-dessus aucun éclaircissement.

À califourchon sur la nue parfumée, il errait dans l’air de la chambre, puis il s’y ennuya, s’évada par l’imposte de vitre dépolie et longea le couloir, suivi dans son vol par celui d’une grosse mite d’argent, qui éternuait dans le sillage de la lavande. Pour la distancer, il pressa de ses genoux les flancs de la nue de senteur, avec une vigueur et une aisance de cavalier que lui refusaient, en présence des êtres humains, ses longues jambes inertes d’enfant à demi paralysé. Évadé de sa vie passive, il savait chevaucher, passer au travers des murailles ; il savait surtout voler. Le corps incliné comme celui du plongeur qui descend à travers l’onde, il perçait nonchalamment, du front, un élément dont il connaissait les ressources et les résistances. Bras ouverts, il lui suffisait de biaiser l’une ou l’autre pour modifier la direction de son vol, et d’un léger coup de reins il évitait le choc d’atterrissage. D’ailleurs il atterrissait rarement. Une fois, il s’était laissé imprudemment descendre, trop près de terre, au-dessus d’une prairie que paissaient des vaches.

Si près de terre, qu’il avait eu contre son visage une belle face étonnée de vache blonde, ses cornes en croissant, ses yeux qui miraient l’enfant volant comme deux lentilles grossissantes, tandis que les pissenlits en fleurs, à même l’herbe, venaient à sa rencontre et s’élargissaient comme de petits astres… Il avait eu le temps de prendre appui à pleins doigts sur les hautes cornes pour se rejeter à reculons dans l’air et il se souvenait encore de la tiédeur des cornes lisses, de leur pointe émoussée et comme bienveillante. L’aboiement du chien berger, mouillé de rosée, qui accourait pour protéger sa vache, s’était perdu à mesure que l’enfant volant remontait dans son ciel familier. Jean se souvenait très nettement qu’il avait dû, ce matin-là, faire force de ses brasrémiges pour rebrousser chemin à travers une aube couleur de pervenche, planer sur une ville sommeillante, et tomber sur son lit laqué au creux duquel il s’était fait très mal, un mal tenace, brûlant sur les reins, tenaillant le long des fémurs, et tel qu’il n’avait pu cacher, à la pénétrante tendresse de Madame Maman, les deux traces nacrées de ses larmes…

— Mon petit garçon a pleuré ?

— En rêve, Madame Maman, en rêve…

La nue de senteur agréable atteignit promptement le bout du corridor, buta du museau contre la porte qui donnait accès dans la cuisine.

— Ho ho ! Ho ho ! Quelle brute ! Ah ! ces lavandes mâtinées de serpolet ! Elles vous casseraient la figure si on ne les tenait pas. Est-ce que c’est comme ça qu’on traverse une porte de cuisine ?

Il serrait entre ses genoux, durement, la nue repentante et la guidait dans la région supérieure de la cuisine, parmi l’air attiédi qui séchait la lessive près du plafond. En baissant le front pour passer entre deux pans de linge, Jean rompit adroitement un cordon de tablier et le passa en guise de mors dans la bouche de la nue. Une bouche n’est pas toujours une bouche, mais un mors est toujours un mors, et peu importe ce qu’il bride.

« Où allons-nous ? Il faut que nous soyons rentrés pour le dîner, et il est déjà tard… Pressons l’allure, Lavande, pressons… »

La porte de service franchie, il se fit un jeu de descendre l’escalier tête première, puis s’aida de quelques glissades sur le dos. La nue de lavande, effarée de ce qu’on lui demandait, renâclait un peu. « Oh grosse pouliche de montagne ! » disait l’enfant, et il éclatait de rire, lui qui dans sa vie cloîtrée ne riait jamais. En descendant follement il tira au passage les poils mêlés d’un chien de la maison, celui qui savait, disait-on, descendre jusqu’au trottoir, « faire ses besoins tout seul », remonter chez ses parents et gratter la porte. Surpris par la main de Jean, il cria et se rangea contre la rampe.

— Tu viens avec nous, Riki ? Je te prends en croupe !

D’une petite main puissante il enleva le chien, le jeta sur la croupe ballonnée et vaporeuse de la lavande qui, éperonnée de deux talons nus, dégringola les deux derniers étages. Mais là le chien pris...



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