E-Book, Französisch, 300 Seiten
Bier La guerre des blocs
1. Auflage 2024
ISBN: 978-9916-7-4914-2
Verlag: Konsensus Network
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
La bataille pour le contrôle du protocole Bitcoin
E-Book, Französisch, 300 Seiten
ISBN: 978-9916-7-4914-2
Verlag: Konsensus Network
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Ce livre relate la guerre des blocs qui a fait rage d'août 2015 à novembre 2017 au sein de la communauté de Bitcoin. En apparence, la bataille portait sur la quantité de données autorisées dans chaque bloc de Bitcoin (la taille des blocs), mais elle a révélé des enjeux bien plus profonds, comme la question de savoir qui contrôle les règles du protocole Bitcoin. Il n'est pas possible de couvrir toutes les péripéties de ce conflit extrêmement complexe, ni toutes les querelles liées, mais je vous propose ici une chronologie des événements les plus importants. Ce livre présente quelques-unes des grandes figures qui ont marqué le conflit et couvre certaines des phases les plus aiguës de la lutte, au front comme dans les coulisses. Le récit de ce livre comprend des discussions avec les acteurs clés des deux camps impliqués dans la guerre, et explore leurs motivations, leurs stratégies et leurs cheminements de pensée au fur et à mesure que cette épuisante campagne se déroulait.
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Vers la guerre
A u début de Bitcoin, entre 2009 et début 2011, l’écosystème entier se résumait juste à un seul logiciel, le client Bitcoin. Le logiciel existait initialement pour Microsoft Windows et comprenait le portefeuille, le nœud complet et le mineur. Il n’y avait pas d’applications mobiles, pas de commerçants, pas de sites de paris, pas de marchés du , pas de produits négociés en bourse, pas de plateformes d’échange, pas d’investisseurs institutionnels ; seulement une application informatique primitive et basique. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était miner des Bitcoins, les envoyer et les recevoir. À l’époque, Bitcoin était particulièrement inutile et, à première vue, le système ne semblait pas avoir beaucoup de valeur, ni même de potentiel. Pour être intéressé par l’écosystème, il fallait avoir de l’imagination. Il fallait anticiper et conceptualiser la manière dont le système se développerait et changerait avec le temps. Il fallait émettre une succession d’hypothèses sur l’évolution de Bitcoin. Nombre de ces hypothèses n’ont jamais été testées ou discutées de manière approfondie ; elles étaient justes considérées comme allant de soi et acceptées. En 2015, Bitcoin existait déjà depuis cinq ou six ans et, pour ceux qui se consacraient à l’écosystème, cela représentait une période assez longue pour tirer des conclusions. En réalité, de nombreux membres de la communauté entretenaient des hypothèses différentes et contradictoires sur le fonctionnement de Bitcoin, et l’étendue de ces désaccords n’avait jamais été révélée. Désormais, ces désaccords remontaient à la surface et, compte tenu de l’importance de Bitcoin pour ces personnes, les résultats risquaient d’être désagréables et imprévisibles.
Également, le prix du Bitcoin s’était considérablement apprécié, passant de quelques centimes en 2010 à environ 220 dollars lors de l’été 2015. De nombreux belligérants participant au conflit avaient donc bénéficié d’un avantage financier considérable en investissant tôt dans le Bitcoin. Une conséquence malheureuse de cette situation est que certains membres de la communauté sont devenus trop confiants, voire un peu arrogants. Par exemple, supposons que quelqu’un ait décidé d’investir au début de l’année 2011, alors que le prix du Bitcoin était inférieur à 1 $. Il aurait pu fonder cet investissement sur certaines hypothèses et une vision particulière. Il aurait pu garder les Bitcoins jusqu’en 2015 et voir son investissement être multiplié par plus de 200. Cette situation était susceptible d’avoir une influence psychologique : les hypothèses formulées en 2011 étaient-elles tout de même correctes ? Après tout, elles avaient permis de réaliser des gains très importants. Cet investisseur risquait maintenant de considérer qu’il avait une très bonne compréhension de Bitcoin et qu’il savait ce qu’il y a de mieux à faire à l’avenir, croyant qu’il avait bien compris Bitcoin en 2011 parce qu’il avait réalisé des gains très importants. Malheureusement, ces gens n’avaient peut-être pas compris que d’autres personnes ayant des visions très différentes et contradictoires avaient également investi dans le Bitcoin en 2011, annulant ainsi cette logique quelque peu imparfaite et biaisée. Il s’est souvent avéré que ces gens pensaient que les autres investisseurs de la première heure étaient tous d’accord avec eux et que ceux qui faisaient partie de l’autre camp dans la guerre des blocs étaient des nouveaux venus. Cela explique en grande partie comment la guerre des blocs s’est intensifiée et est devenue si cruelle, si rapidement.
Il n’est pas inutile de rappeler ici les débuts historiques de Bitcoin. Lorsque Bitcoin a été lancé, il n’y avait pas de limite de taille des blocs, même s’il est probable que des blocs plus gros, peut-être de plus de 32 Mo, auraient perturbé le système. La limite a été introduite pour la première fois par Satoshi au cours de l’été 2010. Le 15 juillet 2010, Satoshi a ajouté la ligne de code suivante au dépôt logiciel :
static const unsigned int MAX_BLOCK_SIZE = 1000000;1
Le logiciel contenant cette mise à niveau a ensuite été publié le 19 juillet 2010. La nouvelle limite de 1 Mo n’est entrée en vigueur que le 7 septembre 2010, à la hauteur de bloc 79 400 (à savoir 79 400 blocs depuis le lancement de Bitcoin). Ce type de mise à niveau s’appelle un embranchement convergent, ou , c’est-à-dire une nouvelle règle resserrant les restrictions sur la validité des blocs. Il s’agit d’un car l’ajout ou l’abaissement de la limite resserre les règles. L’augmentation de la limite assouplirait les règles et serait donc appelée un , ou embranchement divergent. Tout le monde doit passer à un nouveau logiciel pour suivre la nouvelle chaîne dans le cas d’un embranchement divergent. Cependant, cette terminologie / n’était pas connue à l’époque et n’a été utilisée qu’à partir d’avril 20122. Cet embranchement convergent de la limite de taille des blocs a été la première nouvelle règle de Bitcoin à être assortie d’une certaine méthode d’activation, en l’occurrence une date butoir, où les nouvelles règles sont entrées en vigueur à partir d’une certaine hauteur de bloc. Satoshi n’a jamais fourni de raison claire justifiant une taille limite des blocs à l’époque. De nombreux partisans des gros blocs soutiennent que la mesure n’était que temporaire, bien qu’aucune note de l’époque que j’ai pu trouver ne l’indique.
L’événement important suivant, qui était largement mentionné par les , s’est produit le 4 octobre 2010. Un mois à peine après l’entrée en vigueur de la limite de taille des blocs, l’un des développeurs de Bitcoin, Jeff Garzik, a proposé de la retirer et d’augmenter la limite3. Il a présenté un correctif du logiciel supprimant la règle des 1 Mo et a affirmé que cela permettrait à Bitcoin de s’adapter au volume de transactions de Paypal. Même si Jeff savait qu’un tel problème ne se posait pas au début, il le jugeait important du point de vue du marketing et du discours. À peine un quart d’heure plus tard, Theymos a répondu en indiquant que « l’application de ce correctif vous rendra incompatible avec les autres clients Bitcoin ». Satoshi est ensuite intervenu dans la conversation :
« +1 theymos. N’utilisez pas ce patch, il vous rendra incompatible avec le réseau, à votre détriment. Nous pourrons introduire un changement plus tard si nous en ressentons le besoin. »
Le lendemain, Satoshi a fait un commentaire supplémentaire, qui constitue aujourd’hui l’une des déclarations les plus largement citées par les partisans des gros blocs :
« Il peut être introduit progressivement, comme suit :
if (blocknumber > 115000)
maxblocksize = largerlimit
Il peut commencer à être intégré dans des versions bien antérieures, de sorte qu’au moment où il atteindra le numéro de bloc et entrera en vigueur, les anciennes versions qui ne l’auront pas seront déjà obsolètes.
Lorsque nous approcherons du numéro de bloc limite, je pourrai envoyer une alerte aux anciennes versions pour m’assurer qu’elles savent qu’elles doivent être mises à jour. »
Il convient de noter qu’à l’époque, la hauteur de bloc était de 83 500 ; par conséquent, la hauteur 115 000 était de 31 500 blocs dans le futur, soit environ sept mois plus tard. Pour les , l’intention de Satoshi était claire. Satoshi n’a introduit la limite que comme une mesure temporaire et fournissait déjà des instructions sur la façon de l’augmenter, avec un plan clair en place.
Toutefois, en général, les partisans des gros blocs ne tenaient pas systématiquement compte de l’ensemble du contexte. On peut interpréter ce dialogue comme le fait que Satoshi s’opposait au correctif visant à augmenter immédiatement la taille limite des blocs, du fait qu’il rendrait les nœuds incompatibles avec le réseau. Satoshi adoptait ensuite une position plus prudente et poursuivait en décrivant comment on pourrait augmenter la limite si on le souhaitait, avec certains mécanismes de sécurité pour assurer une mise à niveau en douceur. Ce récit ressemble davantage à ce que disaient les partisans des petits blocs.
La citation suivante de Satoshi, largement évoquée par les , date de novembre 2008, avant même le lancement de Bitcoin, dans laquelle il parle d’un réseau capable de gérer autant de transactions que Visa, soit 100 millions par jour. Cette citation était très importante pour les partisans des gros blocs et s’alignait clairement sur nombre de leurs ambitions pour Bitcoin :
« Bien avant que le réseau n’atteigne cette taille, les utilisateurs pourront sans risque utiliser la vérification de paiement simplifiée (section 8) pour vérifier qu’il n’y a pas de double dépense, ce qui nécessite seulement d’avoir la chaîne des entêtes de blocs, soit environ 12 Ko par jour. Seules les personnes essayant de créer de nouvelles pièces auront besoin de faire fonctionner des nœuds de réseau. Au début, la plupart des utilisateurs feront fonctionner des nœuds de réseau, mais à mesure que le réseau grandira, au-delà d’un certain point, cette tâche sera de plus en plus déléguée à des spécialistes disposant de fermes de serveurs de matériel spécialisé. Une ferme de serveurs n’aura besoin que d’un seul nœud sur le réseau...




