Bornhorn | An Äquator | E-Book | www.sack.de
E-Book

E-Book, Deutsch, Band 2, 142 Seiten

Reihe: Trilogie der Projektion

Bornhorn An Äquator


1. Auflage 2023
ISBN: 978-3-7568-7257-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Deutsch, Band 2, 142 Seiten

Reihe: Trilogie der Projektion

ISBN: 978-3-7568-7257-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Nicolaus Bornhorn 11.7. 1950 Geburt in Dinklage, Südoldenburg, Niedersachsen - Okt. 1968 Jugendlager der Olympischen Spiele, Mexico - 1991 - 94 Marseille. Photographien, Frottagen, Gipsabdrücke und Texte im und über den Marseiller Hafen - 1992 Lesereise durch Deutschland mit dem Buch: "Eine Liebe zu Frankreich" - 2000 Reise nach Goa, Indien; Reise nach Santiago de Cuba und Havanna. Seitdem: freier Autor, Übersetzer und Fotograf

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II
Juin 98 Je déambule dans un Paris survolté par le Mondial du foot, je me perds dans des stations de métro ou je croise d’étranges individus bariolés à moitié ivres. On m’explique qu’il s’agit des supporters de chacun des pays représentés et que certains sont dangereux, des hooligans, anglais ou allemands. La France vit à l’heure du Mondial et moi, j’ai le mal du pays, le mal d’Afrique, des enfants chocolat au regard de braise. Hier, dans le métro, station République, un conducteur de rame a été abattu par une bande de voyous. Depuis, l’armée sur les dents et patrouilles dans les couloirs. Partout les hommes se battent, la Casamance2est en guerre, et les petits ont peur. Je me sens à Paris aussi mal qu’au Congo, aussi mal qu’au Gabon ou n’importe où dans le monde. La guerre fait rage en Algérie, des femmes, des enfants sont poignardés, égorgés. Je me sens mal, je me sens mal partout, et j’ai le mal du Sénégal. Je me fais insultée dans les épiceries parce que je ne peux m’empêcher de marchander le moindre kilo de fruits, au grand dam des commerçants outrés par un tel comportement de sauvage. Mais tout est si cher à Paris, même l’essentiel, le pain, le café, les légumes, les fruits, surtout les fruits. J’ai le mal du marché Kermel, de sa provision de fruits, des fleurs bradées par les marchants avant le couché du soleil. Chaque soir, je regagnais mon domicile les bras chargés de salades, de tomates, de mangues bien mûres, de bananes tigrées, de pêches veloutées, de haricots verts frais. « C’est cadeau, Madame Dakar, mille francs, mille francs! » L’enfant d’ambre me souriait de toutes ses dents blanches et étincelantes, il me tendait son cageot plein à ras bord. Je me sens mal, et je traîne ma solitude dans le quartier St. Paul, lieu privilégié de la jeunesse branchée, des homosexuels body-buildés. Les vitrines me renvoient l’image d’une femme brune, élancée, allure sportive, sans âge, mais je ne la reconnais pas. Je rase les murs parisiens telle une ombre, tout cela doit avoir un sens. Personne ne m’attend à Paris, et je vais devoir, avant d’entreprendre la recherche d’un lieu où me fixer, me replier pour quelque temps dans ce petit hôtel du Marais qui déjà depuis plusieurs années m’accueille à chacun de mes transits dans la capitale. Je ne reste jamais longtemps à Paris, il y a tant d’autres capitales dans le monde, tant de métropoles, tant de mégalopoles, des villes et des coins perdus à découvrir. Dans chacune de ces parties du monde réside une parcelle de mon cœur. Noël à New York, c’est féerique, mais le printemps à Londres est incomparable ; quant à l’automne à Montreal, il me laisse chaque fois chancelante, Venise me ravit toute l’année, et j’aime me draper dans les brumes de San Francisco ou de l’Oregon. J’aime me rouler dans les vagues de l’Atlantique, quelque part en Caroline du Nord, mais c’est à Dakar que longtemps j’ai choisi de vivre et où j’avais posé mes valises. Je marche dans le Marais, j’arpente les rues de la Seine à la recherche de je ne sais quoi. Je ne connais plus personne, je n’ai plus d’amis. Paris, ce lieu anonyme n’évoque rien qu’un assemblage de pâtées de maisons et de trot-toirs puant l’urine des chiens. Décidément, les Français aiment trop les animaux et pas assez les gens. Toutes ces crottes disséminées là, sur la chaussée, c’est répugnant. Finalement, c’est presque aussi dégoûtant à Paris qu’à Dakar, en moins folklorique. Aux images d’un Paris gris et brouillardeux, aux odeurs fétides se confondent mes images d’Afrique, l’avenue Lamingué, grouillante et poussiéreuse, encombrée de charrettes. Les rues puaient la pisse chaude et la merde fraîche, le marché Sandaga grouillant de cette foule bigarrée et criarde tout droit sortie de l’enfer ou de la cour des miracles. Cette foule malodorante et crasseuse où se mélangent les lépreux abandonnés de leur famille, quelque fous tout nus, échappés de village, les hommes araignée aux membres désarticulées, ces petits enfants de huit ou neuf ans qui mendient pour leur marabou, ces femmes, grosses fleurs déguisées comme des poupées de collection aux couleurs chatoyantes, leurs bébés attachés dans le dos, et ces mères aux formes excessives ondulant de la croupe et gloussant comme des poules. Sur ces clichés stéréotypés de l’Afrique traditionnelle, foisonnante, inlassablement, comme une obsession, se superpose l’image d’un paradis perdu. Assise sur un banc publique, je pleure sur ma vie, je pleure sur moi-même, je pleure mon présent, mon passé. Qu’est-ce que je fiche dans toutes ces histoires qui ne sont même pas les miennes mais qui m’obsèdent, m’accablent, m’engouffrent. Je marche au hasard, dans une ruelle que je ne reconnais plus. J’arrive d’Afrique où j’ai séjourné plus de quinze ans et je suis paumée, perdue. Je ne connais plus personne ici à Paris. Les dernières semaines qui ont précédé mon retour ont été particulièrement dures et solitaires. La violence d’Afrique centrale m’a terrifiée, une agression en pleine nuit dans une rue m’a laissée pantelante, horrifiée. L’irruption dans ma petite maison a été ressentie comme un viol, et pour finir en beauté, le vol de ma vieille bagnole 4/4 retrouvée quelques jours plus tard, brûlée, incendiée, dans un terrain vague de Libreville ; pillée, incendiée ma vie. Toutes ces histoires ont finalement eu raison de ma volonté. J’avais le désir de m’installer pour quelques temps en Afrique centrale. Je venais y chercher quoi d’ailleurs, en Afrique? Quelques nouveaux frissons? La preuve que j’existe? Autre chose? La solitude alliée à l’insécurité croissante m’ont convaincue qu’il ne fallait pas tenter le diable. Sur la plage désolée, soudain, j’ai vraiment pensé : il est temps de regagner la mère patrie, ma fille, il est temps, tu vieillis, tu faiblis. Aujourd’hui, je sens ce temps qui s’est enfoui comme une poignée de sable entre mes doigts et je n’en reviens pas. Je vais avoir quarante ans, quarante ans le mois prochain. Depuis vingt ans déjà, je tourne par le monde, je l’ai photographié sous tous ses angles, tous ses aspects - pas toujours réjouissants - et je suis fatiguée, si fatiguée. Je vais avoir quarante ans comme on attrape soudain une maladie honteuse, et je me sens très vieille, moche, inutile. Et mes incessants voyages, que ce soit en Europe, en Asie, en Afrique ou en Amérique ne m’ont pas jusqu’à présent apporté la sérénité, qualité qui a toujours fait défaut à ma nature exaltée ; ils m’ont drainée, épuisée. Le Sénégal, ses plages infinies, immaculées, tout cela me paraît si lointain, sans consistance. Aujourd’hui, alors que je déambule dans un Paris survolté par un Mon-dial du foot, je me perds, je me perds partout, dans les rues, dans les stations métro. Parfois, je m’assois sur le banc d’un jardin publique et j’attends. Mais j’attends quoi? J’attends qui? Un autre jour, et puis une autre nuit, et puis un autre jour encore, et puis une autre nuit. Tu sais, tu finiras bien par mourir un jour et après, il y aura encore un autre jour, une autre nuit, un autre jour, une autre nuit, et ainsi de suite. Il suffit d’attendre. C’est long, très long, une éternité en somme. Je pense à cette phrase de Cioran : « S’étendre dans un champ, humer la terre, et se dire qu’elle est bien le terme et l’espoir de nos accablements et qu’il serait vain de chercher quelque chose de mieux pour se reposer et se dissoudre. » Paris ne me prend pas dans ses bras. Je vais descendre vers la Provence. Je vais regagner Aix-en-Provence. C’est une ville que j’ai toujours beaucoup aimée. C’est la ville de ma jeunesse délurée. J’y ai peut-être encore des amis, sait-on jamais. Il me suffira de prendre le TGV et dans quelques heures : oubliée la grisaille, oubliés la pluie et les murs gris, les visages hostiles. Je serai dans le Midi, et là, je choisirai un petit hôtel, joli, avec un jardin, et je me reposerai. J’irai me promener de par les rues, je redécouvrirai les fontaines, les ruelles, les boutiques. Le matin, j’achèterai un journal et j’irai m’asseoir sur la terrasse d’un café. Je serai bien, seule, en...



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