E-Book, Französisch, 382 Seiten
Teissier Pankosmia
1. Auflage 2022
ISBN: 978-2-322-43405-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
E-Book, Französisch, 382 Seiten
ISBN: 978-2-322-43405-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
En 2125, depuis que les femmes ne donnent plus naissance qu'à des filles, aucun être humain mâle n'habite plus la Terre. Cette grande extinction des Mâles a débuté en 2025, et la science reste toujours impuissante à expliquer ce phénomène. Les femmes ont maintenant mis en place un État mondial puissant et autoritaire dont le but est d'éviter l'effondrement démographique général. C'est dans ce contexte que Oriona, brillante jeune femme curieuse et déterminée, va tenter de savoir ce qu'est devenu Catherine, l'une de ses ancêtres qui fut journaliste littéraire à Londres, puis éditrice à Paris, libraire à Marseille et enfin autrice de science-fiction, avant de disparaître mystérieusement en 1948. Cette quête de Catherine va conduire Oriona à la découverte d'Univers dans lesquels des planètes divergentes de la Terre ont eu chacune leur propre destin : Gieirini, Olotita et surtout Pankosmia, dont l'objectif de l'Intelligence Artificielle qui la dirige est exclusivement orienté vers la compréhension des ultimes secrets de l'Univers, et qui a déjà sur la Terre une formidable avance scientifique et technologique.
Jacques Teissier est né à Nîmes le 12 octobre 1945 et vit dans les Cévennes. Après avoir enseigné au Havre, puis à Saint Jean du Gard comme professeur de collège, il publie en 2010 aux éditions Le Manuscrit un roman policier « Le cauchemar de Spinoza », puis chez BoD en 2022 un roman de science-fiction, « Pankosmia ».
Autoren/Hrsg.
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CHAPITRE 1
Oriona
Cinantes, 2125 Oriona cala sa tête sur l’oreiller, face à la fenêtre et au soleil levant. Les ombres mouvantes du figuier, fouetté depuis une semaine par un vent brûlant venu du sud, dansaient sur les rideaux de tulle blanc. Perdue dans son monde intérieur, elle les regarda sans les voir et soupira d’impatience. Il était urgent de trouver un moyen de contrer la décision d’Anja. Mais comment ? Le silence était inhabituel, ses trois Mams étaient parties à l’aube et elle se retrouvait seule dans la maison. Yam, dont les horaires de travail étaient moins contraints que ceux de Lia et Clem, avait dû se lever tôt pour se rendre à Paris où elle allait participer à l’immense manifestation prévue l’après-midi pour s’opposer au projet du Gouvmond sur le clonage humain. Leur désaccord sur cette question vitale lui semblait ce matin secondaire, car la nuit n’avait pas apaisé sa colère de la veille. Comme elle le faisait dans certains moments de bouleversement émotionnel, les mots sortirent de sa bouche au moment où elle les pensait : « difficile de subir une telle injustice sans réagir ! » Le choix imposé par Anja allait engager sa vie entière, comment rester sans rien dire et ne pas se révolter ? C’était inenvisageable. Il était hors de question qu’elle cède ! La veille, Anja Magnusson n’avait elle non plus pas cédé d’un pouce dans la discussion. Comme toujours, elle semblait souriante, calme et prévenante, mais parfois, son regard devenait plus dur, les coins de sa bouche s’affaissaient et dans ces brefs instants de relâchement, sa vraie nature reprenait le dessus. Leur entretien avait débuté par un discours inutile et creux, prononcé avec une certaine gourmandise. Il était clair qu’elle s’en gargarisait. « Tu sais que notre monde a un besoin croissant de scientifiques et d’ingénieures hautement qualifiées dans certains domaines, de la génétique à la physique en passant par la chimie et les mathématiques. La décroissance régulière de la population nous contraint, pour maintenir intact notre tissu industriel, d’amener vers ces formations les meilleurs éléments des différents CFR du pays. Toutes ces compétences sont indispensables pour éviter l’effondrement qui se profilerait si nous ne parvenions pas à trouver suffisamment de candidates pour ces postes prioritaires. Celles qui seront choisies auront une place privilégiée dans la société. Tu es l’appren’s la plus brillante du centre, et ton avenir s’annonce exceptionnel. Tu dois considérer ton acceptation comme un acte civique et citoyen. Cela dit, ce sera bénéfique pour toi, puisque tu feras partie des femmes qui n’auront pas besoin de passer devant la commission de la procréation pour avoir un enfant. Elles sont une minorité, comme tu le sais. Je te conseille d’y penser avant de donner ta réponse définitive. » Comment Anja pouvait-elle espérer la convaincre avec un argument aussi pitoyable que la promesse d’un privilège social en échange de l’abandon d’une passion qui lui brulait les entrailles ? Ce n’était pas une banale maladresse qui engluait sa pensée, mais un irrémédiable défaut d’intelligence des émotions humaines. La révolte d‘Oriona éclata avec brutalité. « C’est tout réfléchi, je refuse ! Inutile de m’allécher avec les avantages que je pourrais obtenir en acceptant ta proposition, avec moi ça ne marche pas. Je veux devenir écrivaine et personne ne pourra m’empêcher d’atteindre cet objectif. D’ailleurs, si tu persistes à me refuser la formation littéraire à laquelle je postule, je passerai tout de même le plus clair de mon temps à écrire. » Le sourire mielleux d’Anja s’accentua, confirmant Oriona dans sa conviction qu’il n’était pour elle qu’une arme simpliste destinée à la faire changer d’avis. « J’ai beaucoup d’estime pour la littérature, mais elle ne constitue pas la priorité de notre monde. De nos jours, être écrivaine n’est pas un métier, tout au plus un hobby, d’ailleurs il n’y a que quatre romancières dans le pays qui peuvent vivre de leur plume. Certes, Magda en fait partie, mais c’est une exception. À ce propos, je suis persuadée qu’elle a sur toi une influence malsaine, tu aurais intérêt à y réfléchir. — Magda ne m’a jamais suggéré de devenir écrivaine, c’est un choix personnel. Quant à la prétendue influence malsaine qu’elle pourrait exercer, je pense le contraire : sur la question de mon avenir professionnel, tu es bien plus malsaine pour moi que Magda. » Le sourire s’effaça. Oriona eut le sentiment d’avoir marqué un point. Elle tenta d’en marquer un second : « Mais je ne suis pas bornée, si tu refuses que je fasse des études littéraires, tu peux accepter que je devienne agric. Et surtout, ne me dis pas que la société n’a pas besoin d’agrics ! » Cette contre-proposition n’était pas innocente. L’agriculture était un secteur aussi vital que fragile sur l’ensemble de la planète, un de ceux où les besoins en main-d’œuvre étaient les plus importants. Comme toutes les ados des centres de formation, Oriona devait consacrer une journée par semaine aux travaux agricoles. Elle avait choisi la ferme du Bois-des-Loups, qui présentait l’avantage d’être située à seulement huit kilomètres de la maison. Quinze ans plus tôt, Clem avait repris cette propriété avec trois amies en créant une structure associative pour la gérer, et la ferme s'était développée d'une façon spectaculaire. L’aide régulière apportée aux agrics de la région par les appren’s des Centres de Formation permettait pour l’instant de nourrir la population locale sans à-coups ni pénurie. Le sentiment d’être socialement indispensable était gratifiant, de plus la diversité des tâches quotidiennes empêchait la routine de s’installer, progressivement Oriona avait fini par apprécier ce travail. Avec cette proposition, elle espérait mettre Anja en porte-à-faux. Personne ne pourrait affirmer sérieusement que son désir d’être agric témoignait d’une indifférence aux problèmes du monde, mais c’était à double tranchant. Si Anja acceptait, Oriona se retrouverait coincée. Elle ne serait jamais écrivaine. « Tu ferais une excellente agric, tu es bien placée pour savoir que c’est un domaine où le manque de main-d’œuvre est alarmant. Mais la recherche scientifique bénéficie d’une priorité absolue, tout particulièrement dans les sciences de la vie, où elle est vitale pour l’avenir de l’espèce humaine. Tu as obtenu les meilleurs résultats du pays aux tests QISCI depuis qu’ils ont été créés, il serait dommage que tu gâches ton potentiel. Dommage non seulement pour toi, mais surtout pour l’ensemble des femmes. Tu devrais cesser d’avoir un comportement aussi égoïste, Oriona ! » La discussion se poursuivit pendant plusieurs minutes, mais Anja ne lâcha rien. C’était compréhensible : elle savait que son pouvoir était plus puissant que tous les arguments qui pouvaient lui être opposés, et Oriona en était réduite à affronter seule son problème. Pas totalement seule, en réalité. Elle avait eu la veille le soutien de Yam, alors que ses deux autres Mams s’alignaient sur Anja pour estimer que le cursus scientifique qui lui était proposé était une vraie chance pour elle. En se remémorant leur confrontation, qui avait tourné à la dispute, elle éprouva un bref sentiment de découragement. Le soutien de Yam était un réconfort moral, mais dans la pratique il lui serait d’un piètre secours ! Une crampe d’estomac détourna ses pensées et lui rappela que son corps avait besoin d’être nourri. Elle se dirigea vers la cuisine et savoura le plaisir de sentir ses pieds nus sur le carrelage froid. Comme chaque matin, Clem lui avait préparé son petit déjeuner avant de partir pour la ferme. Oriona imagina le regard lourd de reproches et les mots acerbes de Lia, qui reprochait à Clem de vouloir maintenir leur fille en perpétuel état d’enfance. En réalité, elle se sentait parfaitement autonome et...




